Politique of Friday, 23 October 2026

Source: www.camerounweb.com

Élections : Avec quel(s) argent(s) prépareront-ils les municipales et législatives à venir ?

Les caisses, elles, se remplissent bien avant que quiconque ne soit convoqué aux urnes Les caisses, elles, se remplissent bien avant que quiconque ne soit convoqué aux urnes

Les sources de financement des prochaines élections municipales et législatives au Cameroun fait polémique dans un contexte de reports successifs du calendrier électoral. Les inégalités entre le RDPC et les partis d’opposition en matière de ressources financières sont critiquées

Les mécanismes d'une collecte de fonds qui ne dit pas son nom
Au Cameroun, une élection se prépare toujours deux fois :
- Dans les textes & Dans les caisses.
- Les textes fixent des dates.
- Les caisses, elles, se remplissent bien avant que quiconque ne soit convoqué aux urnes.

À quelques semaines d'un double scrutin dont personne ne connaît officiellement la date, la question mérite d'être posée sans détour :
- Qui finance la machine ?
- Avec quel argent ?
- Et par quels circuits ?

I. Un calendrier devenu secret d'État

Les législatives et municipales devaient se tenir en février 2025.
— Un décret du 24 juillet 2024 a prorogé le mandat des conseillers municipaux jusqu'au 31 mai 2026, soit 15 mois, et celui des députés jusqu'au 30 mars 2026.
— En janvier 2026, le pays attendait la convocation du corps électoral.
— Le 10 février 2026, dans son message à la jeunesse, le chef de l'État évoquait un « léger réajustement » du calendrier en raison de « certaines contraintes ».
— Le 4 mai 2026, le décret n° 2026/166 a prorogé le mandat des conseillers municipaux jusqu'au 28 février 2027. Cette seconde prorogation n'était possible que parce que le Parlement avait auparavant levé le plafond légal de 18 mois.

La loi a donc été modifiée pour permettre au pouvoir de gagner du temps. Ce flou est utile à ceux qui détiennent les leviers de l'État.

II. Le terrain est inégal avant même le premier bulletin

Le financement est le premier facteur d'inégalité.
- Pour la présidentielle de 2025, les candidats ont versé 30 millions de FCFA de caution et reçu 15 millions de financement public, pour couvrir une quinzaine de grandes villes et plus de 31 000 bureaux de vote.

Comment comprendre cette asymétrie totale qui se situe dans les financements privés, entre le RDPC et l'opposition.

Les statuts du RDPC parmi ses ressources les cotisations et « les contributions de toutes sortes versées par les membres ».
Question :
- Où s'arrête la contribution militante,
- Où commence la ponction sur quelqu'un qui n'a pas le choix ?

III. Les circuits : ce que les chiffres de l'État permettent de comprendre

1. La commande publique et les « interventions ».

Savez-Vous que l'audit des chapitres 65 (interventions de fonctionnement) et 94 (interventions en investissement) a mis en lumière l'évaporation de près de 1.000 milliards de FCFA sur la décennie, au profit d'entreprises écrans ou pour des interventions sans justificatifs probants.

C’est à dire : Une entreprise écran fait l'affaire : elle encaisse, elle rétrocède, et personne ne livre rien. (l’argent va dans une caisse noire détenu par un baron du système)

2. La masse salariale.

L'opération COPPE a révélé des dizaines de milliers d'agents fictifs ou irréguliers, avec jusqu'à 600 milliards de FCFA de rémunérations indues sur la décennie.

À l'Assemblée nationale, un audit ordonné le 14 avril 2026 a identifié 150 agents fictifs, dont 97 rattachés au cabinet de l'ancien président.
Un salaire fictif est un virement mensuel qui peut être capté en cours de route.

3. Les « dons » sollicités auprès des entreprises.

En décembre 2025, le commandant de la deuxième région militaire a sollicité auprès d'ENEO le don de dix véhicules Toyota Land Cruiser.
La presse y a vu une zone grise dans les méthodes de financement indirect.

Quand une autorité demande, l'entreprise répond, et la demande n'a pas besoin de mentionner le mot « campagne ».

II. Les huit mécanismes de collecte

1. Les concours en rafale. Le 4 juin 2026, 36 arrêtés ont ouvert 2.305 postes dans la fonction publique. Chaque concours crée une demande, timbre, frais d’inscription au concours et la promesse d'une place peut devenir monnaie d'échange.

2. Les annonces de nomination. Une nomination annoncée ou suspendue vaut promesse, un poste vacant..: celui qui l'attend sait ce qu'on attend de lui.

3. Les radars et contrôles routiers. Contrôle abondant sur les axes lourds, prévention on flash tout les véhicules sans exception, contrôle spontané, contrôle des numéros de portières chez les taximen, des chasubles chez les motos-taxis : le conducteur en défaut est pris en otage de son irrégularité, et la fourrière pèse plus lourd que l'arrangement. (L’argent)

4. Les brigades de fraude, de commerce et de transport. Scellés dans les marchés, rafles le matin et soir (liberté contre paiement d’une caution fixé par le CHEF), fermeture de snacks-bars et d'établissements clandestins : le commerçant qui veut rouvrir sait ce qu'il doit payer.

5. La fermeture des églises de réveil. Le 8 juillet 2026, le ministre de l'Administration territoriale a annoncé la fermeture prochaine de 1.400 lieux de culte irréguliers.

La presse relève près de 1.500 églises déjà fermées en un an et demi et se demande pourquoi les bars, eux, ne sont jamais inquiétés. La sécurité est un motif légitime, mais combien de fermetures sont définitives, et combien sont levées contre arrangement ?

6. Les 30 %. Selon les pratiques que nous documentons,
- 30 % seraient exigés pour l'avancement rapide d'un dossier,
- 30 % prélevés sur les rappels.
Avancement et rappel sont des droits, pas des faveurs.

7. La convocation des élites. Notables, forces vives, cadres et opérateurs économiques (les commerçants…) sont sollicités pour « soutenir ».
On va tous les appeler pour cotiser afin qu’on se souvienne d’eux…

8. Les enchères d'investiture. Les potentiels candidats à la mairie, aux conseils municipaux ou à l'Assemblée sont convoqués, et l'investiture irait au plus généreux.

L'élu qui a payé pour être candidat devra se rembourser une fois en poste.
1/ 1.000.000 frs et plus pour le poste de maire
2/ 100.000 frs et plus pour le poste de conseiller municipal

Dans chaque cas, un pouvoir public devient un droit de péage : l'État contrôle, menace ou promet, et c'est la peur ou l'espoir qui paie.
Tout se joue avant la convocation, quand ELECAM et la CONAC n'ont pas encore de mandat électoral visible.

La CONAC connaît pourtant le risque : elle a mené en 2020 deux campagnes « Élections sans corruption », et son rapport 2013 pointait déjà la cupidité de fonctionnaires d'ELECAM.
TOI TU CHOISIS QUOI ?

Par
Charles Armel Mbatchou, journaliste, analyste politique, Chroniqueur et Historien d’art