Le Bénin a placé le caporal-chef camerounais Évariste Mfoula en détention provisoire à la prison civile de Missérété, après sa présentation devant le procureur spécial de la CRIET, le 2 novembre 2026. Ancien membre du BIR et ex-agent de la sécurité présidentielle au Cameroun, il devra comparaître le 17 décembre 2026 à Porto-Novo. Cette procédure judiciaire écarterait, à ce stade, l’hypothèse d’une extradition immédiate vers Yaoundé.
L’affaire secoue les états-majors et les chancelleries de Yaoundé à Cotonou. En plaçant le caporal-chef Mfoula Evariste en détention provisoire et en rejetant toute idée d’extradition immédiate, le Bénin vient d’opposer un non catégorique au Cameroun. L'ancien membre d'élite du BIR et de la sécurité présidentielle camerounaise attend désormais son procès dans une prison béninoise, transformant un dossier militaire opaque en un bras de fer diplomatique majeur.
L’ARRESTATION QUI CONTRARIE YAOUNDÉ
Le profil de l’homme arrêté par la Brigade criminelle béninoise à Cotonou explique à lui seul la nervosité du régime camerounais. Le caporal-chef Mfoula Evariste n'est pas un soldat ordinaire : ancien élément du Bataillon d’intervention rapide (BIR) — l’unité d’élite de l’armée camerounaise —, il a surtout été la garde rapprochée du tout-puissant Secrétaire général de la Présidence de la République du Cameroun.
Alors qu’il se trouvait au Bénin pour préparer sa transition clandestine vers l’Europe, sa course s’est arrêtée net. Présenté au Procureur spécial de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), une juridiction d’exception béninoise spécialisée dans la criminalité organisée, le sous-officier a été écroué le lundi 2 novembre 2026 à la Prison Civile de Missérété.
COTONOU IMPUISSANTE ? NON, SOUVERAINE
Alors que les observateurs spéculaient sur un renvoi discret et expéditif du militaire vers le Cameroun par le biais d'un arrangement de caserne, le gouvernement béninois a choisi de faire parler le droit positif. En fixant officiellement la date de son procès au 17 décembre 2026 à Porto-Novo, le Bénin enterre définitivement l’option d’une extradition politique ou d’une expulsion administrative de complaisance.
Pour faire face aux pressions de Yaoundé, Cotonou a blindé son dossier en s'appuyant sur un arsenal juridique international inattaquable :
Le droit du sol d'abord : En vertu de la Convention de Vienne et du principe de territorialité, le Bénin réaffirme sa compétence exclusive pour juger toute personne ayant commis des infractions sur son territoire, dès lors que l’ordre public ou la CRIET sont saisis.
Le rempart des droits humains : En invoquant l’article 9 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, les magistrats béninois rappellent que la protection contre la détention arbitraire impose une procédure judiciaire publique, transparente et contradictoire, plutôt qu'une remise clandestine de police à police.
La clause de sauvegarde africaine : La convention de l’Union Africaine sur la coopération judiciaire offre au Bénin la latitude souveraine de refuser l'extradition si les charges revêtent un caractère purement militaire (comme la désertion) ou si l’État requérant ne réunit pas les garanties d'un procès équitable.
UN SPRINT DE SIX SEMAINES AVANT LE VERDICT
En refusant de céder le caporal-chef Mfoula aux émissaires camerounais, Cotonou politise et judiciarise une affaire de sécurité intérieure qui fait trembler les hauts sommets de l’État à Yaoundé.
Quels secrets détient cet ancien pivot du BIR et de la Sécurité Présidentielle ?
Quels sont les mobiles réels de sa fuite ?
La date du 17 décembre est désormais cochée en rouge par toutes les diplomaties de la sous-région et les organisations de défense des droits de l’homme. D'ici là, le Bénin vient de rappeler une règle fondamentale : sur son sol, c'est la loi béninoise qui dicte le tempo.
Les prochaines semaines s'annoncent riches en rebondissements.
Loïc Kodjay









