Actualités of Friday, 30 October 2026

Source: L’Indépendant n°176

Jeux de hasard : Ferdinand Ngoh Ngoh ordonne une décision

Les jeux de hasard au Cameroun Les jeux de hasard au Cameroun

Une correspondance de la présidence de la République, datée du 16 octobre 2026, émet un avis de « non-objection » à un accord entre le Minat et CinetPay, après concertation dans les antichambres du pouvoir. L’objectif étant de fournir un appui technologique au Minat pour la supervision administrative des jeux de hasard au Cameroun. Le choix de la startup CinetPay est d’autant plus sujet à caution que cette société de paiement numérique est citée dans une affaire judiciaire au Sénégal, mêlant « association de malfaiteurs, exercice illégal d’une activité bancaire et blanchiment de capitaux ».

Dans une lettre signée le 16 octobre dernier, le ministre d’État, secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, notifie au ministre de l’Administration territoriale (Minat), Paul Atanga Nji, la « non-objection » à la signature d’un accord entre le Minat et CinetPay, à la suite des concertations avec le ministère des Finances. Objectif annoncé, apporter une assistance technique à la supervision administrative des jeux de hasard, compétence qui incombe au Minat.

Le dispositif envisagé couvrirait la surveillance des autorisations et de la conformité, l’identification des plateformes et opérateurs clandestins, le contrôle des points de vente, la vérification de l’âge des joueurs, la détection des pratiques à risque et le suivi des circuits non supervisés. Dans les salons huppés, certains observateurs ne manquent pas d’interroger le choix d’un acteur privé, dans un secteur maffieux où s’entremêlent flux financiers, recettes publiques et risques criminels. Ces observateurs s’appuient sur les révélations du quotidien sénégalais Libération.

Pour ce média, en effet, la startup serait citée dans une affaire judiciaire mêlant « association de malfaiteurs, exercice illégal d’une activité bancaire et blanchiment de capitaux ». Dans un article intitulé : « La fintech CinetPay en eaux troubles », Libération fait savoir que la chargée du développement commercial de CinetPay Sénégal aurait été arrêtée et déférée devant le parquet suite à une enquête menée par la Division des spécialistes en criminalité financière (DSC).

Selon les informations relayées, CinetPay servirait de plateforme à Nectar Microcrédit Technologie, une structure au cœur d’une organisation qualifiée de ''vaste entreprise mafieuse'', laquelle proposerait des prêts en ligne assortis de pratiques de chantage contre les clients. Des liens controversés avec une autre entité, Sunutech Ltd, seraient également évoqués, impliquant CinetPay dans une affaire d’escroquerie supposée, estimée à plus de 10 milliards de francs CFA.

Toujours d’après le journal, un autre pan de l’enquête viserait l’implication présumée de plateformes de paris sportifs en ligne. Des transactions associées à CinetPay et Sunnetdick Ltd Sarl auraient servi de relais à ces activités, ce qui aurait poussé les enquêteurs à élargir le spectre des accusations à « l’exercice illégal d’activités bancaires » et aux flux financiers douteux liés aux jeux d’argent. SeneNews et Osiris ont relayé ces accusations.

Contexte réglementaire exigeant

En réaction, CinetPay a nié toute responsabilité directe, affirmant qu’un tiers avait détourné ses services, qu’elle avait résilié le contrat concerné et qu’elle coopérait avec les autorités. Ces éléments ne constituent pas une preuve de culpabilité, mais imposent, compte tenu de la sensibilité de la mission envisagée au Cameroun, une évaluation documentée préalable de la conformité, des références techniques et des dispositifs de contrôle interne de l’entreprise.

Or, dans un contexte réglementaire exigeant, la lettre du 16 octobre ne mentionne aucune expérience spécifique de CinetPay en matière de supervision administrative des jeux d’argent, ni les critères ayant conduit à sa sélection. Dans un secteur exposé au blanchiment, le risque n’est pas théorique. La lettre du ministre d’État SG/PR se contente seulement de préciser que le projet de convention devra d’abord être validé par la présidence.

Dans son rapport de 2022, le Groupe d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique centrale (Gabac) soulignait la vulnérabilité du secteur des jeux d’argent au blanchiment, pointant notamment les lacunes de vigilance et de contrôle. Du coup, pour certains sceptiques, confier un rôle central en matière de collecte ou d’analyse des données de transaction, à un acteur privé, pourrait créer une dépendance opérationnelle et concentrer des informations sensibles. Le débat ne saurait se limiter au seul cas de CinetPay.