« Je vais démontrer qui a tué Martinez Zogo, qui les protège, et je vais donner les noms des hommes qui tirent les ficelles. » Devant le Tribunal militaire de Yaoundé, le lieutenant-colonel Parfait Ayissi Nanga, 36ᵉ témoin du ministère public, a livré ce mercredi 28 octobre 2026 une déposition fleuve aux allures de réquisitoire. Il y accuse le Secrétaire d'État à la Défense (SED) Galax Etoga d'avoir détourné l'enquête pour régler des comptes politiques, d'avoir créé de faux assassins et de faux commanditaires, et affirme avoir été écarté de la commission d'enquête mixte précisément parce qu'il s'approchait de la vérité. Il pointe également le rôle central de Martin Savom, qu'il soupçonne d'avoir réceptionné, achevé et redéposé la victime à Yaoundé, ainsi que la responsabilité des enquêteurs Bialo et Otoulou, accusés d'avoir ignoré des preuves matérielles. Une audience suspendue et renvoyée à cet après-midi, à 12 heures, pour la suite du contre-interrogatoire.
COMPTE RENDU DE L’AFFAIRE MARTINEZ ZOGO DE CE 28 OCTOBRE 2026
Suite de l'examination in chief menée par le Commissaire du Gouvernement, le Lieutenant-Colonel Dr Atemengue Éric et début de la cross-examination par la partie civile du 36e témoin, le Lieutenant- Colonel Ayissi Nanga.
Rendu de l'audience du 27 octobre 2028 par Polycarpe Xavier Atangana
MP :« Dites au tribunal, vous avez dit avoir été menacé. Selon vous, quelles peuvent en être les motivations ? »
R/ :« J'ai eu l'impression que certains acteurs voulaient m'empêcher de témoigner. Ce sont des manigances de longue date qui ont laissé des traces. L'absence du 35e témoin aux audiences des 5 et 6 octobre dernier en est la preuve. »
Le représentant en chef du Ministère Public a recadré le témoin en précisant que le 35e témoin avait produit un ordre de mission pour se rendre à Alger.
Le Colonel poursuit : « Je ne sais pas s'il a produit un manifeste de vol. Cela a été perçu comme un prétexte pour gagner du temps et creuser le moyen de me barrer la voie. »
MP/:« Qu'est-ce qui vous a fait croire que vous n'alliez pas déposer devant ce tribunal, alors que vous étiez régulièrement cité et notifié par voie de justice ? »
R/ :« J'ai eu des alertes, notamment des différentes convocations qui m'ont été servies juste pour manifester ma disponibilité et mon besoin de témoigner. Je n'ai perçu aucun élément nouveau. Qu'on me convoque et qu'on m'arrête... Ce sont des convocations qui ont embarrassé leurs initiateurs, avec pour motif "enquête de sécurité". Quand j'ai consulté mon aîné sur ce que j'ai entendu par enquête de sécurité, il m'a dit : "Tu as raison, on va procéder autrement". Nous sommes passés d'une enquête de sécurité à une enquête administrative. Quand j'ai expliqué ce que c'est qu'une enquête administrative, on a basculé en une enquête judiciaire. »
MP :« Dites au tribunal, une enquête de sécurité fait-elle entrave à une comparution devant le Tribunal Militaire de Yaoundé ? »
R/ :« À mon avis, non. »
MP/ :« Dites au tribunal, une enquête administrative fait-elle entrave à une comparution devant le Tribunal Militaire de Yaoundé ? »
R/ :« Non. Sauf que ce sont des prétextes. Des prétextes pour m'intimider, pour me dissuader. Je pourrai mettre à votre disposition un procès-verbal où toutes ces questions ressortent. Les menaces se poursuivent avec une interdiction de sortir du territoire. C'est la deuxième. La deuxième date de 2024, une interdiction de sortir illégale, puisqu'elle a été prise par un monsieur qui s'appuyait sur une procédure dans ce tribunal, dans laquelle je suis inculpé. Selon lui, le magistrat pourrait avoir besoin de moi, pourtant le magistrat dispose de tous les moyens pour contrôler ma liberté. Ils ont tenté d'obtenir un mandat visant ma personne et mes proches. L'enquête est en cours. »
MP/ :« Une enquête judiciaire fait-elle entrave à une comparution devant ce tribunal ? »
R/ :« Je vais donner les mêmes réponses que les précédentes. »
MP :« Un extrait audio circulant sur internet entre vous et un accusé, en avez-vous pris connaissance ? »
R/ :« Je reconnais l'authenticité de cette bande. »
MP/ :« Quels sont les intervenants dans cette bande audio ? »
R/ :« Il y a trois intervenants. Je reçois le coup de fil de Martin Savom qui me passe son neveu Dany. Pendant que nous échangeons, la connexion est mauvaise. M. Savom coupe et me rappelle par un autre numéro. »
MP/ :« Dans le cadre de cet échange, où vous situez-vous ? Où se situent les autres intervenants ? »
R/ :« Moi, je suis à Ebolowa. Les autres, je ne sais pas. »
MP/ :« Est-ce la première fois que vous échangez avec eux ? »
R/ :« Non. Dany, c'est au mois de mai, Martin Savom, c'est la deuxième fois. »
MP/ :« Avez-vous déjà eu à travailler en collaboration avec l'un des accusés ? »
R/ :« Oui, le Colonel Danwe à Douala. Pour le reste, jamais. »
Q/ « Avez-vous fait partie de la commission d'enquête mixte ? »
R/ « Oui, pendant un temps. »
MP/ :« De la période à laquelle vous y apparteniez, quels en étaient les membres ? »
R/ « Pour ce qui est de la gendarmerie, il y avait le Colonel Otoloo, le Colonel Mangada, le Capitaine Alo Maxime et moi-même, le Colonel Ayissi. »
MP/ :« Comment vous êtes-vous retrouvé au sein de la commission d'enquête mixte ? »
R/ :« Au mois de février, j'étais stagiaire à l'École Supérieure de Guerre. Lors d'une visite à un aîné dans les services centraux de la Gendarmerie Nationale, je me suis intéressé à l'enquête sur l'assassinat de Martinez Zogo. Mes idées ayant convaincu mon interlocuteur, ce dernier m'a passé M. Lesset au téléphone, que j'ai également convaincu. C'est ainsi que cette autorité a décidé de m'intégrer dans l'équipe des enquêteurs de la gendarmerie. Il m'a demandé de me rapprocher du Lieutenant-Colonel Bialo pour qu'il mette à ma disposition tous les actes qu'il avait posés. J'en ai pour preuve ce titre de permission du 6 février 2023, signé par le Général Nka Valère. Concernant la scolarité, elle allait du 5 septembre 2022 au 27 juillet 2023. Étant déjà dans la commission, vu que le 9 février arrivait, il a promis de joindre le Général et que la note de service mettant sur pied la commission allait lui être envoyée. »
MP/: :« Est-ce donc à dire que c'est M. Le SED qui a bien voulu que vous fassiez partie de cette commission ? »
R/:« Oui. »
MP/ :« Qui a désigné les autres membres ? »
R/ :« Pour ma part, c'est M. Le SED. Pour les autres, je ne sais pas. »
Q/:« Cette désignation a-t-elle été formalisée par un acte ? »
R/:« Une note de service, dont j'en ai copie. »
Q/":« Quel était votre rôle au sein de cette commission ? »
R/::« L'enquête a eu cinq phases et dans chaque phase il y a des intervenants différents. La première phase commence le 17 janvier et se termine le 22 janvier 2023. C'est la phase de l'enlèvement. Le Service Central de Recherches Judiciaires, la Légion, le Groupement Territorial, la Compagnie de Yaoundé IIIb, le poste de gendarmerie de la Poste Centrale et le poste de gendarmerie de Nkol Kondi ont donc fait partie de la phase de recherche, de toutes les unités engagées. »
« La deuxième phase commence le 22 janvier et se termine le 3 février à 14 heures. On a donc pour intervenants à cette phase le Service Central de Recherches Judiciaires et la Légion de Gendarmerie du Centre. Je voudrais préciser, comme le tribunal le sait déjà, que j'avais des indices sur les acteurs de l'enlèvement, je les ai partagés avec M. Lesset. Nous n'étions que trois à avoir ces éléments, à savoir l'Adjudant-chef Ngambi, moi et M. Le SED
Étant donc stagiaire quand j'apprends qu'on a découvert le corps, je suggère que ce soit le Service Central de Recherches Judiciaires qui poursuive les investigations. C'est pourquoi je suis absent lors de cette deuxième phase. J'ai transmis tous les éléments en ma possession au Colonel Bialo. Nous ne savons pas ce qui s'est passé.
La troisième phase commence le 3 février à 14 heures et se termine le 6 février à 7 heures. Comme acteur, il y a moi et le chef du Service Central de Recherches Judiciaires. C'est pendant cette phase que j'ai procédé à l'interpellation de certains suspects.
La quatrième phase commence le 6 février à 7 heures et se termine le 12 février à minuit. C'est la commission dont je suis membre.
La cinquième phase commence le 12 février à 1 heure du matin jusqu'à la date de clôture. Les acteurs de cette phase sont le Colonel Bialo, chef du Service Central de Recherches Judiciaires. J'ai oublié de préciser que lors de la quatrième phase, il y avait le Service Central de Recherches Judiciaires. »
MP/ :« Est-ce bien à dire que vous avez posé certains actes ? »
R/ :« Oui, j'ai posé des actes quand Martinez Zogo disparaît, c'est-à-dire du 17 au 22 janvier. »
MP:« En quelle qualité avez-vous posé les actes avant la mise sur pied de la commission ? »
R/ :« J'ai eu deux opportunités de stage, l'un à Paris et l'autre à l'École de Guerre. Mais M. Le SED demande que je suive ma scolarité à Simbock et fait un message précisant qu'aucun intérimaire n'est désigné à la tête du groupement. Je pouvais donc poser des actes. »
MP/: :« Vous avez dit avoir partagé des indices avec trois personnes. Quels sont ces indices ? »
R/ :« Mon analyse personnelle et la capture d'écran entre le Colonel Danwe et l'Adjudant-chef Gambi. D'après mon analyse personnelle, le mode opératoire et l'assurance des hommes ayant enlevé Martinez Zogo me laissaient croire qu'il s'agissait de militaires, parce que personnellement, personne d'autre n'est capable de défoncer une caserne pour une personne qui tente de se sauver. Procédant par élimination sur l'usage d'une voiture banalisée, je suis tombé sur la DGRE. Une initiative confirmée par la capture.
MP/ Qui était l'Adjudant-chef Ngambi à l'époque des faits ?
R/ :C'était le Chef de poste de la Gendarmerie de la Poste Centrale.
MP/ Quels sont les termes de leurs échanges ?
R/ :Le Colonel Danwe lui demandait de lui fournir quelques gros bras pour donner une correction à un journaliste.
MP/ Dites au tribunal quels sont les premiers actes que vous avez posés ?
R/ J'avais suggéré l'interpellation de certains éléments dont nous avions les photos et numéros de téléphone. Mais la DGRE étant une institution à part, on m'avait demandé d'attendre.
MP/ Comment avez-vous obtenu ces numéros et photos ?
R/ C'est l'Adjudant-chef Ngambi qui me les a transmis.
MP/ Quels actes ont été posés concernant l'interpellation des membres du commando ?
R/ C'est la deuxième phase. Je rejoins l'enquête après l'interpellation du commando et du DG de la DGRE.
MP/ Quels actes avez-vous posés en tant que Commandant de groupement ?
R/ J'ai posé des actes de recherche de manière fructueuse, puisque ce sont nos indices qui ont conduit à l'interpellation des militaires. J'ai procédé à l'interpellation de Amougou Belinga, Etoundi Nsoe et de Bruno Bidjang.
Q/ Donnez-nous l'identité et les noms des personnes.
R/ Non, j'ai interpellé ceux-là et ceux qui gravitaient autour.
MP/ Parlez-nous des phases.
R/ La première interpellation a eu lieu à la deuxième phase, entre le 22 janvier et le 3 février.
MP/ Pour la bonne compréhension de tous, quels sont les indices qui ont contribué à l'interpellation des militaires ?
R/ Ce n'est pas moi. J'ai transféré des captures d'écran, des photos, des numéros à Bialo devant le corps de Martinez Zogo à SOA.
Q/ Quels sont les indices ayant conduit à l'interpellation des suspects civils ?
MP/ Quels sont les indices ayant conduit à l'interpellation des suspects civils ?
R/ Ils sont nombreux, c'est un faisceau d'indices, c'était un cheminement. Quand je rejoins l'équipe d'enquête, qui est différente de la commission d'enquête mixte, la première chose que je demande à Bialo, c'est de me donner les téléphones de Martinez Zogo. Il m'a dit qu'il n'en avait qu'un seul et l'a posé sur la table, en précisant qu'il l'avait déjà analysé et qu'il n'y avait rien d'intéressant. Quant au second téléphone, il m'a dit qu'il était entre les mains de la police.
Je lui ai ensuite demandé la position des véhicules ayant participé à l'opération. Il m'a dit que le Prado était à Biemassi et qu'il ne connaissait pas la position du pick-up. Je lui ai demandé s'il avait gelé la scène de crime. Il m'a répondu non.
Nous sommes descendus à la brigade de Biemassi pour procéder aux constatations. Sur le véhicule appartenant au Colonel Danwe, à l'intérieur, j'ai fait trois constatations : premièrement, la forte odeur d'excréments, deuxièmement, de l'huile moteur noire présente au plafond du véhicule, et quelques traces de poudre blanche.
Le même jour, la nuit du samedi 4 février vers 20 heures, j'ai organisé une descente sur la scène de crime qui devait se faire en deux groupes. Le premier groupe, conduit par moi-même, avec à bord l'Adjudant-chef Ebo ; le deuxième groupe, par le Colonel Bialo avec le Caporal Lenoir. Il était question de retracer l'itinéraire et de refixer le cadre horaire de l'opération.
Arrivés au niveau de l'Université de Soa, l'Adjudant-chef Ebo m'a indiqué l'endroit où ils avaient transféré Martinez Zogo du Prado noir vers le pick-up, parce que le Prado avait été grillé suite à l'incident de la brigade de Nkol Kondi. Le pick-up, lui, n' était suivi à ce moment-là.
Puisque la victime avait reçu des tirs de Taser, l'Adjudant-chef Ebo a repris la ligne du cortège jusqu'à Ebogo III pour y torturer la victime.
« Deuxième point essentiel, ils l'ont enduit d'huile de rouge et de poudre. Ils sont repartis en deux temps. L'Adjudant-chef Ebo en éclaireur pour s'assurer qu'il n'y avait pas de barrage de police. L'écart de deux minutes a duré quinze à vingt minutes.
Et quand ils arrivent au Mess des Officiers, où un rassemblement était prévu, le Prado qui arrive avec quinze minutes de retard se gare à vingt mètres du groupe et le commando se disloque en deux blocs. Le premier bloc, conduit par l'Adjudant-chef Ebo, se dirige à Olezoa pour prendre une bière. Le second groupe prend la direction du Ministère, à bord du véhicule de fonction du Colonel Danwe, suivi par Godje qui conduisait le Prado.
Il se trouve que Lenoir avait oublié son téléphone dans le Prado et les retrouve à Olezoa. Mécontent, il lui passe le téléphone par la vitre en lui disant : "Le Colonel m'attend".
Le fait de retrouver une forte odeur d'excréments peut s'expliquer parce qu'il avait déféqué suite aux tirs de Taser. Ce n'est qu'un corps nu qui peut répandre autant d'excréments à la banquette arrière du véhicule.
Deuxième indice : le fait que les deux véhicules n'arrivent pas au point de ralliement, surtout le temps mis. Nous avons le véhicule qui se gare loin du groupe et nous avons Godje qui, en remettant le téléphone à Lenoir, lui dit : "Le Colonel m'attend".
Par hypothèse, ceux qui étaient restés avaient pu ramener la victime pour la remettre à quelqu'un d'autre à Yaoundé. Maintenant, la question est de savoir à qui donc ce deuxième commando a pu livrer Martinez? La première personne que je soupçonne comme étant l'ennemi notoire de la victime, c'est M. Amougou Belinga. Je l'interpelle parce qu'il a recueilli Martinez Zogo, bâillonné, à l'arrière du Prado.
Dans mon hypothèse, j'imagine qu'Amougou Belinga ne pouvait pas s'y prendre tout seul. J'ai procédé à ce qu'on appelle un coup de filet. »
MP/ « Avez-vous continué à poser des actes bien qu'étant parti de la commission ? »
R/ « Bien qu'étant parti de la commission, j'ai continué à poser des actes, d'une part au Service Central de Recherches Judiciaires.
L'acte principal après le Service Central de Recherches Judiciaires, c'est d'insister pour des dames qui étaient gardées à vue abusivement. La deuxième chose, j'ai insisté pour que la lumière soit faite sur la coupure d' internet .»
🔴 Me Esther Zeifman
Q/ « Pensez-vous qu'enregistrer ces échanges relève encore de la noblesse de la gendarmerie ? »
R/ :« Maître, la vie serait facile si on enregistrait tout. Pour un enquêteur, enregistrer fait partie de la recherche des preuves. Peut-être pour des crimes comme celui de Martinez Zogo, cela n'arrivera plus. »
Q/ « Comment êtes-vous arrivé au Tribunal Militaire de Yaoundé hier ? »
R/:« Je suis arrivé à bord de mon véhicule. »
Q/: Une capture d'écran qui a largement circulé, venant de la part de d"un certain Minkama qui est dans la salle, disant que vous êtes arrivé lourdement escorté par la DSP. »
R/ « Ce n'est pas exact. Il est possible que je sois suivi, mais ce n'est pas exact. Je suis arrivé à bord de mon véhicule. »
Q/ « Connaissez-vous M. Nana Kamdoum qui s'est réfugié au Kenya et qui dit que si quelque chose lui arrive, qu'on demande au Colonel Mbankui et à vous ? »
Réponse :« Oui, je le connais. »
Q/ :« Vous avez mené une enquête sur les chapitres concernant M. Sylvain Mvondo. Qui vous a remplacé ? Qui vous a désigné ? »
R/ « C'est le Colonel Bialo qui m'a remplacé et c'est M. Le SED qui m'a désigné. »
Q/ « Votre nom a été cité dans le cambriolage chez M. Sylvain Mvondo. »
R/ :« Maître, je n'aime pas les accusations. Il a aussi été dit que Martin Savom vous a remis un bouquin avec une enveloppe à l'intérieur.
Q/ Seriez-vous impliqué dans une affaire du Vice contre -Amiral avec Efoudou Olive Ngobo ? »
Objection de la part du Ministère Public qui dit que cette enquête est en cours.
Maître Ashu :« Il doit répondre. »
Ministère Public :« Nous sommes en information judiciaire. »
Maître Ashu :« L'information judiciaire et l'enquête préliminaire sont les mêmes choses. »
Ministère Public :« Ce n'est pas la même chose. Je souhaite vraiment que le secret du dossier et des débats judiciaires soit respecté. »
Q/ :« Comment quelqu'un qui a essayé de vous assassiner - parlant ici de Martin Savom vous vous agenouillez à ses pieds pour tenter de plaider votre cause auprès du SGPR ? »
R/ « Maître, tout ce que je faisais tout au long de cet échange, c'était d'obtenir les aveux, puisqu'il y a un précédent. »
Q/ « Avez-vous mené l'enquête avec le Colonel Otoulou? »
Réponse :« Ce n'était pas une enquête, c'était la flagrance. Je n'ai pas posé d'acte. Ce qui s'est passé, c'est que les six jours passés à la commission, le Colonel Otoulou en faisait partie. »
Q/ :« Étiez-vous membre de la commission ? Sur quelle autorité étaient menés les actes ? »
R/ « J'étais membre de la commission. Maintenant, d'un côté il y avait le Commissaire du Gouvernement et de l'autre côté il y avait Monsieur le SED. »
Q/ :« Avec combien d'éléments avez-vous arrêtés chez Amougou Belinga ? »
R/ « Il y avait un problème légal et un problème opérationnel. Côté opérationnel, j'ai rassemblé cinquante éléments parce qu'ils étaient protégés par une dizaine de gardiens de prison lourdement armés, plus une dizaine de personnes d'une société de gardiennage et le soutien de la population, sans oublier que Amougou Belinga était détenteur d'armes. Le rapport de force étant généralement de un contre trois, nous avions réuni un certain nombre de mesures et j'ai réussi cette mission.
Q/ Donc pas cinquante gendarmes et non deux cents comme cela a été dit et publié dans les réseaux sociaux?
R/ Je peux en apporter la preuve. »
Q/ :« Donc c'était une enquête de flagrance ? »
Réponse :« Oui. »
Q/ Donc pas besoin de mandat ? »
R/ :« Non. »
Q/ :« Combien de perquisitions avez-vous effectuées à son domicile ? »
R/ :« La première perquisition visait à récupérer les serveurs. Les serveurs, parce que je le soupçonnais d'avoir recueilli le corps de Martinez Zogo à son domicile le 17. Le but était de capter ses mouvements dans ladite nuit. La deuxième perquisition, c'était le 7 février, à la recherche des mêmes éléments. »
Q/ :« Comment était l'ambiance lors de cette perquisition ? »
R/ :« Il y avait une parfaite collaboration avec le suspect. »
Q/ :« Avez-vous vu, lu le SMS de Bruno Bidjang à Paul Daisy disant que le moment venu, on sera sans pitié ? Est-ce qu'ils ont vraiment été sans pitié ? »
R/ « J'ai reçu ce SMS par le biais du Colonel Otoulou. »
Q/ :« Pouvez-vous dire que la prédiction de Bruno Bidjang s'est réalisée, qu'ils ont été sans pitié ? »
R/ « Il faut dire que les sévices et les lésions ne peuvent pas être imputés aux seuls soldats. Le médecin légiste a dit que le corps a été jeté, mais traité ailleurs. Vous ne pouvez pas imputer à une partie ce que l'autre a fait. »
🔴 Me Ashu
Il y a eu suspension à 13h55 et l'audience a repris à 16h40.
Q/:« Vous avez peur de quoi ? De qui ? »
R/ :« Je réitère que je faisais et je fais l'objet de menaces. Tous ceux qui ont suivi les événements après mon passage savent que ce n'est pas une mise en scène. Il y a un groupe d'officiers à la gendarmerie qui se sont coalisés pour me détruire. Je vais montrer les preuves de leur acharnement. »
Q/ :« Est-ce qu'on peut connaître les noms ? Est-ce que cette frayeur a un lien avec Martinez Zogo ? »
R/ « Le fait d'avoir évoqué la peur ne veut pas dire que j'ai peur. Vous avez quatre convocations émises par le Colonel Inspecteur Général Numéro 1 pour différentes enquêtes. Après, vous avez le Colonel Nana qui émet un avis de recherche. Enfin, vous avez le Commandant de la Légion du Centre. C'est très rarissime. Un Lieutenant-colonel signe un avis de recherche et un Colonel exécute. Entre le Colonel Nana et le Colonel de Légion du Centre, ce sont deux services qui ne se rencontrent pas. Le but de cette persécution, c'est de m'empêcher de témoigner et de me présenter un avenir sombre. Ce que vous voyez n'est que la suite logique depuis qu'on m'a enlevé de la commission d'enquête mixte. Avant l'affaire Martinez Zogo, j'étais l'un des meilleurs officiers du Cameroun. J'ai été sollicité au-delà de mes fonctions. Cette lune de miel s'est brusquement arrêtée. J'ai été débarqué de la commission, affecté comme Commandant en second à Ebolowa. Puis un groupe d'enquêteurs m'a impliqué dans l'affaire Mpapou . J'étais bloqué au niveau de mon avancement. J'ai été ajourné pour mon avancement à l'échelon. Le 12 août dernier, j'ai été interdit par M. Le SEDde mettre mes pieds à Yaoundé. »
Q/ :« Quels sont les indices que vous avez, qui peuvent permettre à notre enquête d'avancer ? »
R/ :« Je vais démontrer qui a tué Martinez Zogo, qui les protège, et je vais donner les noms des hommes qui tirent les ficelles. »
Q/::« Est-ce que vous pouvez dire au tribunal et produire les preuves ? Qui a tué Martinez Zogo ? »
R/ « Soyez patient. »
Q/ :« Est-ce que vous pouvez démontrer le moment venu ? Est-ce qu'il vous est arrivé de faire un avis de recherche ? »
R/ :« Oui. »
Q/":« Et dans le cadre de la convocation ? »
R/::« Oui. Elle-même, la convocation en elle-même est une menace. »
Q/ :« Comment pouvez-vous expliquer que quelqu'un qui vous convoque pour vous protéger, vous dites que c'est une menace ? »
R/ :« La menace est une perception. »
Q/ :« Qui a enlevé et tué Martinez Zogo ? »
R/::« Je vous répondrai.
Q/ Quand ?
R/ Ça fait trois ans que vous êtes dans l'affaire Me usez la même patience.
R/ je vais illustrer .« En général, le criminel cherche d'abord à garantir son impunité. Même dans le monde biologique, c'est prouvé. Elle a davantage peur qu'on l'identifie. Si on l'identifie, elle s'arrange pour qu'on ne l'arrête pas. Et si on ne l'arrête pas, elle s'arrange pour qu'on ne trouve pas que c'est lui qui a commis les faits. C'est ça pour les gens intelligents.
Les experts, eux, s'arrangent pour qu'on ne retrouve pas les traces. Là encore, c'est un autre niveau. Le génie, lui, s'arrange pour qu'on arrête quelqu'un d'autre. La Justice tient un coupable et la société est apaisée. »
« Deuxième volet des génies, c'est leur impunité, mais au centre de cela se trouve l'enquêteur. L'enquêteur qui sera soit incompétent, soit complice. Et pour déterminer sa position, il faut ouvrir l'enquête des enquêtes et demander à chacun.
Après donc cet exposé, je voudrais dire que l'enquête sur la mort de Martinez Zogo est un regrettable exposé.
Inégalité, parce que les premiers enquêteurs ont créé des assassins et des commanditaires. Inégalité de pouvoir, parce qu'ils ont servi le pouvoir. Inégalité de chance, parce que mes propositions n'ont pas été prises en compte.
Le 3 février, un groupe de soldats a été présenté au parquet comme les assassins. Je parle de Bialo et d'Otolo. Mais parce qu'il n'était pas intelligent, contre l'avis du médecin légiste, c'est lui le premier enquêteur. Le médecin légiste a conclu que le corps de Martinez Zogo avait été déposé entre douze heures et dix-sept heures. Elle a également précisé les causes, c'est-à-dire la strangulation. Ses conclusions sont scientifiques. Les premiers enquêteurs ont reconnu leur valeur scientifique. Comment se fait-il qu'on arrête les militaires qui n'ont rien fait ? À aucun moment je n'ai entendu les membres du commando dire qu'ils sont allés déposer le corps. Quelles preuves avaient-ils ? Est-ce qu'ils étaient complices ou incompétents ? Seul le tribunal peut établir un lien de responsabilité.
Q/ Pendant les travaux de la commission d'enquête mixte, qu'est-ce que vous avez constaté ? Dans le soit fait retour, je ne sais pas ce qu'il y avait. Il y n' avait le nom de Amougou Belinga comme si on avait peur, je propose qu'on l'interpelle, qu'on lui pose les questions basiques : Où étiez-vous ? Que ce soit fructueux ou pas fructueux. On me demande des garanties d'opération. J'en donne et on me demande de l'interpeller.
Q/ Vous proposez à qui ?
R/ À Monsieur Le SED. »
Q/ :« Celui qui vous ménace ?
R/ oui
Q/ Vous le faites par écrit ou par téléphone ? Il vous répond comment et quand ? »
R/ « Déjà le vendredi soir, j'avais fourni la garantie de la flagrance et les éléments opérationnels.
Le deuxième point, ce sont les actes de l'enquête. Dès l'interpellation d'Amougou Belinga et de Bruno Bidjang, je me rends compte que c'est M. Le SED qui est le véritable directeur de l'enquête, qui s'oppose à l'audition des personnes interpellées.
Première preuve : Le SED m'envoie une liste de personnes à interpeller dans le cadre des malversations financières. Je vais vous lire nos échanges. »
Il y a eu objection de Maître Claude Assira qui a dit que l'accusé doit demander la permission avant de lire cette liste.
Pour Maître Tchoungang , « il faut lire »
lecture de la liste :
« Madame Olga, pour le mouvement des fonds.
Madame Mélanie Bibanga, prédécesseur de Madame Olga.
Jean-Claude Foudabega, conseiller et N°2 du groupe et point focal dans les transactions avec le MINFI.
Inès Belinga, porte-parole du groupe et point focal dans les relations avec le MINJUSTICE.
Monsieur Mbella, point focal dans les transactions avec la DSP.
Le SED a conclu : Mon Colonel, pour la suite concernant le volet des malversations financières. »
Et la pièce a donc été presentée par le témoin et observée par toutes les parties.
Maître Kenmoe:« Sur la forme, l'article 245 du Code de procédure pénale est suffisamment clair, cette pièce n'est pas régulière à la forme, donc elle n'est pas recevable. Ce témoin est précieux pour nous tous. Si c'est une preuve pour lui, elle n'est pas requise à la forme. »
Maître Bambia:« Le témoin n'est pas jugé. Il a le droit de dire la vérité parce que la liberté de ses clients en dépend. La forme importe peu, c'est la vérité qui compte. »
Maître Ngoumou :« Les noms ne posent aucun problème. Leur audition existe ainsi que leur convocation. Une procédure d'Habeas Corpus avait été organisée par nos soins et M. Lesset a pris peur. Ils ont été libérés. »
Maître Mbuny:« Je ne vois pas l'intérêt primordial de cette pièce, ce qui nous intéresse c'est la vérité. »
Maître Seri Zekou :« Le Colonel Dina Bell et le Lieutenant Gambi ont lu des contenus dans leur téléphone. Ça n'a pas posé problème. »
Décision du Président du Tribunal :Le Président est revenu sur l'objection en disant que l'objection porte sur la forme du document. Elle est rejetée pour non-respect de la loi.
Colonel Ayissi Nanga« Je détiens un enregistrement audio qui a été réalisé involontairement, parce que j'avais utilisé l'enregistreur. Ce jour-là, j'ai oublié de couper l'enregistreur. Nous avions dit que nous n'avions pas de preuves contre M. Amougou Belinga. Il devait être libéré en même temps que les autres.
Je vais lire un extrait de ma conversation avec le Colonel Bialo. » Il a donc lu cet extrait.
« Premier élément d'acharnement contre M. Amougou Belinga que j'ai dénoncé : concernant le fameux dossier des malversations financières, M. Le SED a profité de l'affaire Martinez Zogo pour régler ses comptes à ses adversaires. J'avais le sentiment d'être le cheval de Troie pour atteindre leur objectif. Pendant que je perquisitionnais le bureau du Colonel Danwé de laisser tomber pour me concentrer sur les malversations financières.
Autre élément : la politisation de l'affaire. C'était une enquête destinée à provoquer un remaniement ministériel, selon le Colonel Bialo. Le SED lui avait demandé de tout faire car les résultats de l'enquête pourraient provoquer un remaniement. Le Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, devait devenir Vice-Premier Ministre en charge du Tourisme.
Pour la phase technique, malgré ces perturbations, je continuais de chercher les assassins de Martinez Zogo. Ma main s'étant rapprochée des assassins de Martinez Zogo, c'est de là que j'ai été débarqué.
Dans la nuit du 12 février 2023, je suis descendu sur les lieux avec les autres membres du commando. Il était question de savoir qui a fait quoi. Au cours de cette descente, les démonstrations des militaires étaient cohérentes jusqu'à l'arrivée du Caporal Bakaiwe. Il nous a montré le sens la position du corps de Martinez Zogo, tandis que Ebo indiquait qu'il l'avait laissé assis et parlant. »
Colonel Ayissi Nanga :« Le carnet de bord du médecin, c'est l'autopsie. Alors, comment fait-il pour savoir la position du corps telle qu'on l'a découvert ?
Un noyau du commando s'était séparé du reste du groupe et a amené la victime à Yaoundé, avec les éléments que j'ai présentés précédemment.
Puisque le lieu de la découverte du corps. Ceux qui ont découvert le corps, selon les conclusions du médecin légiste, devaient avoir bénéficié de l'aide de ceux qui l'ont torturé. Il y a eu un second groupe.
Le compte rendu que j'ai fait à Monsieur Le SED mentionnait que, d'après l'avis général de la commission, la victime serait décédée sur place. Mais il se posait le problème de la coupure d'Internet et surtout de l'attitude de Bakaiwe.
J'ai donc demandé au Colonel Bialo d'isoler Bakaiwe. Je lui ai dit qu'il nous fallait prouver l'identité des gens qui ont coupé Internet.
Le lendemain, dimanche 12 février, il m'annonce que Le SED a décidé que je ne fais plus partie de la Commission d'Enquête Mixte. Marquant ainsi ma surprise, je lui ai demandé ce que j'avais fait de mal. Il m'a dit que j'avais interdiction de communiquer aux autres membres de la commission ce que je sais.
Concernant la coupure Internet, je possède une lettre du Directeur Général de l'ANTIC qui le confirme, en date du 08 février 2023, qu'il y a bien eu coupure d'Internet. En me basant sur cette lettre, afin que les opérateurs donnent une suite, voilà pourquoi j'avais demandé que les deux responsables régionaux de MTN et d'Orange Cameroun soient interpellés, car leur réponse était déterminante pour la suite. »
« J'avais suggéré au Colonel Otoulou que l'on arrête ces gens, lui et son chef d'état-major, et moi. Il m'a dit de me libérer le lendemain pour procéder à leur interpellation.
Quand je reviens de son bureau, le Colonel Otoulou me présente les réponses que j'attendais. Elles ne correspondaient pas à la logique. Elles n'étaient pas identiques, précisant que certains téléphones n'étaient pas Android, que d'autres n'avaient pas de crédit. Je lui ai dit que c'était faux. Il m'a rappelé que je ne faisais plus partie de la commission, en me disant encore : "Petit frère, fais attention".
Monsieur le Président, à présent, je vais faire des déductions.
Les deux téléphones de Martinez Zogo ont été saisis par le chef de poste de gendarmerie de Nkolkondi. Et le chef de poste de Nkolkondi avait remis ces deux téléphones au Colonel Otoulou. À son tour, ce dernier les aurait remis à Bialo, Chef du Service Central des Recherches Judiciaires.
Quand j'ai demandé à cet officier supérieur où se trouvaient les téléphones, il ne m'en a présenté qu'un seul, en disant que l'autre se trouvait à la police. Celui qu'il m'a présenté ne contenait aucune information intéressante. Bien plus, les deux téléphones bornaient à l'intérieur de la Gendarmerie Nationale.
Il se trouve, Monsieur le Président, que les derniers appels de la victime étaient dirigés vers l'un des accusés, Martin Savom. Il se peut que le téléphone qu'on m'a caché ait fait l'objet d'un traitement pour effacer son contenu.
Je suis curieux de savoir pourquoi Martin Savom n'a fait l'objet d'aucune interpellation par les enquêteurs. Comment se fait-il que ce sujet ait été ménagé pour être repérer à l'information judiciaire.
Selon moi, Monsieur Savom est celui-là même qui a reçu la victime à Yaoundé, qui l'a achevée et qui l'a redéposée, selon les conclusions du médecin légiste. Il y a eu, tout au long de la nuit du 17 janvier, une intense activité de ce dernier, telle que le révèle son téléphone sur l'itinéraire. Bien plus, des contacts étranges entre lui et le Colonel Danwé. Son implication est certaine. »
Le Colonel Ayissi Nanga poursuit:« Son implication est certaine, mais n'ayant pas eu le temps de rassembler les preuves, j'émets l'hypothèse selon laquelle la coupure d'Internet a joué en sa faveur pour déjouer les membres du commando.
Je prie très respectueusement le Tribunal d'examiner le rôle des deux enquêteurs et de ne pas ignorer que ces deux officiers supérieurs ont choisi d'ignorer l'historique téléphonique du défunt, ce qui aurait pu être le point de départ pour solliciter l'appui des compagnies de téléphonie mobile.
Que ces deux téléphones portables se sont retrouvés au... et que ces téléphones ont fait l'objet d'un formatage.
Le fait gravissime sur lequel je voudrais conclure, c'est que des officiers supérieurs embarquent des militaires et leur imputent un crime qu'ils n'ont pas commis. C'est également inhumain que des commanditaires soient créés à la volée pour leur faire porter ledit crime.
Voilà ce qu'on voulait m'empêcher de dire.
Q/ Vous avez laissé le soin au Tribunal d'en déduire : les commanditaires, les assassins, c'est qui ? Quels sont les mobiles ?
R/ Le rôle de l'enquêteur, c'est de rapporter des preuves matérielles. Et pour prouver l'assassinat, il faut prouver le commanditaire. Le commanditaire est un auteur intellectuel. »
L'audience a été suspendue pour être reprise de ce mercredi , 28 octobre 2026, à 12 heures, pour la suite de la cross-examination par la partie civile du 36e témoin.
Cette suspension intervient à la demande expresse de Monsieur le Commissaire du Gouvernement en accord avec toutes les parties.
Agréable journée à tous .
Par Polycarpe Xavier Atangana
Le TGV de l'info









