Moïnam crie à la spoliation. Malgré un avis défavorable de l'autorité administrative locale, un dossier d'attribution de 1400 hectares au profit d'une élite venue d'ailleurs continue de prospérer.
C'est une bombe à retardement foncière qui explose à Moïnam, petit village situé à une trentaine de kilomètres de Mandjou, dans le département du Lom et Djérem. Les populations, soutenues par leur chefferie traditionnelle, dénoncent ce qu'elles qualifient de "prédation foncière organisée".
Au cœur du scandale : une note du Ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières (MINDCAF), instruisant son délégué départemental du Lom et Djérem d'attribuer 1400 hectares de terres villageoises à Mme Fotsa Mbouya Emilie, sans consultation préalable, ni consentement des autochtones.
UNE OCCUPATION PROVISOIRE QUI CACHE UN TITRE FONCIER ?
Si la note ministérielle parle d'occupation provisoire, sur le terrain, les rumeurs sont plus alarmistes. Selon nos sources, la bénéficiaire envisagerait de transformer cette occupation en titre foncier définitif. Une perspective qui terrifie les habitants de Moïnam qui y voient la perte pure et simple du patrimoine de leurs ancêtres et du futur de leurs enfants. «Comment un citoyen venu d'une autre région peut-il bénéficier de 1400 hectares loin de ses origines, avec le soutien de Yaoundé, au détriment des populations locales ? Est-ce d'utilité publique ou privée ? Pourquoi toujours l'Est quand il s'agit de brader nos ressources ?», s'interroge un notable du village, visiblement remonté.
Le bras de fer est désormais total. D'un côté, l'intérimaire à la chefferie de Moïnam et ses populations déterminées à conserver leurs terres. De l'autre, Mme Fotsa Mbouya Emilie et ses soutiens tapis dans l'administration centrale.
LA RÉACTION FORTE DU SOUS-PRÉFET : "JE BLOQUE CE DOSSIER DE TOUTES MES FORCES"
Face à la polémique qui enfle sur les réseaux sociaux, Mme Angèle Maïwola, Sous-préfet de l'Arrondissement de Mandjou, est sortie de son silence et clarifier sa position. Une réaction ferme qui change la donne.
Jointe par la rédaction d'Actualités de l'EST, l'autorité administrative locale assure être du côté des populations : « C'est encore quel scandale ça ! Dès le départ de cette histoire, je ne fais que défendre les intérêts de ce village. C'est un dossier que je suis en train de bloquer de toutes mes forces. Je n'ai pas signé les PV de la descente qui visait à confirmer l'acquisition des terres parce que justement, à l'occasion de la descente dont on vous montre les images, je n'ai pas trouvé des cultures sur cet espace convoité mais plutôt une pépinière. J'ai émis un avis défavorable et ma hiérarchie a partagé cet avis quand j'ai rendu compte. Nous continuons de bloquer l'acquisition de ces terres, mais alors pourquoi en faire un scandale dans les réseaux sociaux ? Les gens pourraient mal interpréter et penser que c'est l'autorité administrative qui a mal fait son travail alors que ce n'est pas le cas.»
Des propos qui attestent que l'administration locale a bien joué son rôle de protectrice des intérêts des populations, en émettant un avis défavorable.
Mais alors, qui force la main à Mandjou depuis Yaoundé ?
Si le blocage est acté au niveau de l'arrondissement et même au niveau de la hiérarchie du sous-préfet, comment expliquer que le dossier continue son bonhomme de chemin au MINDCAF ?
Cette affaire pose une fois de plus la question lancinante de la gouvernance foncière au Cameroun. La région de l'Est, immense réserve foncière, est-elle devenue le supermarché où les élites capitalistes viennent se servir librement ?
Par Bossis Ebo'o









