Plusieurs hauts responsables camerounais, dont Ferdinand Ngoh Ngoh, Joseph Beti Assomo, Paul Atanga Nji, Louis Paul Motaze, Laurent Esso et Samuel Mvondo Ayolo, sont cités par certains Camerounais, qui réclament des auditions et des investigations sur leur rôle éventuel dans l’assassinat du journaliste Martinez Zogo. Ils évoquent notamment la gestion des lignes budgétaires 65 et 94, les soupçons de complicités et des irrégularités présumées dans la conservation de pièces à conviction.
Affaire Martinez Zogo : La cartographie judiciaire des complicités et des silences de ce qui est incontestablement "un crime d’État"
Derrière les grilles du Tribunal Militaire de Yaoundé se joue une mise en scène commode.
En livrant à l'opinion publique les exécutants de la DGRE et un homme d'affaires en rupture de ban, l'appareil d'État tente de refermer la plaie béante de l'assassinat de Martinez Zogo.
Pourtant, une analyse froide des structures du pouvoir démontre que ce crime n'est pas un accident de parcours : c'est un séisme systémique provoqué par la collision entre la mafia financière, judiciaire, sécuritaire et la guerre de succession à la tête de la République. À presque 94 ans, Paul Biya ne gouverne plus… il n’existe plus!
Pour faire éclater une justice totale, le Tribunal Criminel Spécial (TCS) et l'instruction militaire doivent rompre l'omerta et interpeller l'ensemble des parrains politiques, budgétaires, fiscaux et militaires du régime dans le but de trouver la vérité!
Lorsque vous réagissez à mes publications, je vous invite donc à faire preuve de rigueur et de sérieux. Je souhaite que cette page reste un espace de débat constructif, préservé des pulsions tribales et des tentatives de manipulation. Ici, chaque écrit est pesé. Je mesure pleinement la portée de mes mots et je n'aborde aucun sujet sans une analyse approfondie préalable.
Sur la question précise de l’assassinat de Martinez Zogo, j'aurais pu basculer dans des postures partisanes — d'autant plus que je connais personnellement presque tous les membres du gouvernement ici évoqués. J'ai pourtant fait le choix intellectuel de pousser la démonstration plus loin, en me focalisant sur l'essentiel : mettre en lumière les acteurs, les gouvernants, et leur degré de responsabilité au sein du système qui produit de telles tragédies.
Pour dissiper toute confusion — et élever le niveau du débat au-delà des provocations, des alignements ethniques au mépris de l’éthique citoyenne, ou des manipulations qui trahissent la malhonnêteté intellectuelle de certains compatriotes —, voici une clarification conceptuelle de ce qu'est, fondamentalement, un crime d'État.
LE CRIME D’ÉTAT : DÉFINITION ET ENJEUX
Un crime d'État désigne une infraction d'une gravité exceptionnelle, planifiée, ordonnée ou exécutée par les institutions ou les agents d'un État souverain. Qu'il s'agisse des forces armées, de la police ou de l'appareil administratif, ce crime se caractérise par le détournement des moyens de la puissance publique à des fins criminelles.
1- Les piliers de la notion
La nature publique des auteurs : Contrairement aux infractions de droit commun commises par des particuliers, le crime d'État est l'œuvre d'agents publics agissant dans l'exercice de leurs fonctions ou sous le couvert de l'autorité institutionnelle.
L'abus de souveraineté : L'appareil étatique est instrumentalisé pour organiser, masquer ou tenter de légitimer des actes fondamentalement illégaux.
Des précédents historiques indiscutables :
a - L'institutionnalisation de la torture.
b - Les disparitions forcées et les exécutions extrajudiciaires.
c - Les répressions sanglantes et planifiées, à l'instar du massacre du 17 octobre 1961 à Paris, de l'affaire Maurice Audin en Algérie, des neuf disparus de Bépanda au Cameroun, ou encore des massacres du Beach de Brazzaville au Congo.
2- Les complexités juridiques et mémorielles
L'écueil de la responsabilité : En droit pénal comme en droit international, incriminer directement l'État en tant que personne morale reste un défi technique. C'est pourquoi la justice cible prioritairement les individus — dirigeants, ministres, préfets ou exécutants — qui ont activé ces leviers.
L'exigence du devoir de mémoire : Obtenir la reconnaissance officielle de ces exactions exige souvent des décennies de lutte. Elle se heurte invariablement au secret d'État et à la réticence des gouvernements successifs à assumer le poids d'une faute historique collective.
LES MAÎTRES DU RENSEIGNEMENT ET DE LA SÉCURITÉ : L'ANGLE DE LA COMPLICITÉ PASSIVE ET DE LA FAILLITE D'ÉTAT
L’opération commando qui a coûté la vie au directeur d’Amplitude FM a été menée avec les moyens logistiques, technologiques et humains de l’État camerounais. À ce niveau de la hiérarchie sécuritaire, l’ignorance vaut complicité.
FERDINAND NGOH NGOH : LE PILOTE DE L'OMBRE ET LE DESTINATAIRE DES ALERTES
Niveau d'analyse : Froid, politique et hautement stratégique.
Responsabilité : En tant que SGPR, il co-dirige de facto l'appareil d'État et contrôle l'accès direct aux arbitrages présidentiels. C'est lui qui, au lendemain de la découverte du corps, a ordonné « sur hautes instructions » la création de la commission d'enquête mixte. Mais cette posture de justicier en chef ne résiste pas à l'analyse de ses responsabilités antérieures au crime :
1- Le destinataire privilégié des dossiers de Zogo
Les rapports révèlent que Martinez Zogo transmettait régulièrement ses dossiers de dénonciation financière (notamment sur le siphonnage des lignes 94 et 65) directement au Secrétariat Général de la Présidence. Ferdinand Ngoh Ngoh était donc parfaitement informé, bien avant le drame, de l'imminence des révélations et du danger mortel qui planait sur le journaliste. Son inaction préventive pose question.
2- L'instrumentalisation de l'enquête dans la guerre des clans
Au cœur de la guerre de succession féroce qui secoue Étoudi, Ferdinand Ngoh Ngoh est le chef de file du clan politique rival de celui de Louis Paul Motaze et de Jean-Pierre Amougou Belinga. La justice doit impérativement analyser si le meurtre de Martinez Zogo n'a pas été sciemment anticipé ou utilisé par le SGPR comme une arme de destruction politique pour abattre le clan adverse, en laissant le journaliste s'exposer en première ligne sans protection étatique.
3- Le contrôle de la DGRE
Bien que les services secrets soient rattachés à la Présidence, l'autonomie dont a bénéficié le commando de Justin Danwe sous le nez du Secrétariat Général démontre soit une complicité par omission pour laisser le scandale éclater, soit une rupture totale de la chaîne de commandement que le SGPR est censé coordonner.
JOSEPH BETI ASSOMO : LA LÉGÈRETÉ EXÉCUTIVE AU SOMMET DES ARMÉES
Niveau d'analyse : À charge sur le plan de la rigueur hiérarchique.
Responsabilité : En tant que patron politique de la Défense et autorité de tutelle directe du Tribunal Militaire de Yaoundé, Joseph Beti Assomo brille par une passivité coupable. L'utilisation d'officiers supérieurs de l'armée, de structures de contre-espionnage et de moyens de défense nationale pour torturer à mort un civil témoigne d'un relâchement dramatique de la discipline militaire sous son mandat. Sa « légèreté exécutive » a permis à des commandants de zone et des directeurs d'opérations de transformer les outils de souveraineté en instruments de crime privé. Il doit répondre de son incapacité à s'assurer de la loyauté républicaine des troupes sous ses ordres.
GALAX LANDRY ETOGA : LE CHAOS DE L'INTERVENTION DES GENDARMES
Niveau d'analyse : Opérationnel et structurel.
Responsabilité : Le Secrétaire d'État doit impérativement s'expliquer sur les dysfonctionnements chaotiques, les interventions contradictoires et les rumeurs de complicités internes ayant entouré ses hommes. Martinez Zogo a été enlevé de force juste devant un poste de gendarmerie, un espace censé incarner la sécurité absolue. De plus, la gendarmerie nationale s'est retrouvée embourbée dans des tensions internes féroces lors de l'enquête mixte, marquée par la manipulation ou la disparition de scellés numériques essentiels (téléphones portables). Galax Landry Etoga doit éclairer la justice sur la passivité de ses éléments le soir du drame et sur l'anarchie qui a régné au sein de ses services durant la traque des coupables.
LE GÉNÉRAL IVO DESANCIO YENWO : LA COLLUSION PAR LA MENACE EXPLICITE
Niveau de suspicion : Direct et immédiat.
Responsabilité : La veille de son enlèvement, Martinez Zogo lançait en direct à l'antenne : "IVO demain je serais sur toi". Cette interpellation publique prouve que le journaliste détenait des dossiers hautement compromettants touchant directement les circuits de la DSP. En tant que gardien ultime du Palais de l’Unité, le Général Desancio Yenwo doit être contraint de s'expliquer sur la nature de ces dossiers et sur son inaction flagrante alors qu'une cible médiatique désignait nommément ses services avant d'être exécutée.
PAUL ATANGA NJI : LA FAILLITE RADAR DE LA COORDINATION SÉCURITAIRE
Niveau d'analyse : Institutionnel et politique.
Responsabilité : En centralisant tous les services de renseignement de la République au Secrétariat Permanent du Conseil National de Sécurité (CNS), Paul Atanga Nji ne peut prétexter l'aveuglement. Qu'une faction de la DGRE ait pu planifier, filer et torturer à mort un citoyen en plein Yaoundé sans qu'aucune alerte ne remonte à son niveau démontre soit une complicité par omission, soit une perte totale de contrôle de l’appareil sécuritaire au profit de factions claniques.
LE CŒUR DE LA MACHINE D'ÉTOUDI : SAMUEL MVONDO AYOLO ET L'OPACITÉ DES FONDS SOUVERAINS
L'enquête ne peut faire l'économie d'une plongée au cœur de la gestion financière du Cabinet Civil, là où s'articulent l'influence politique et la manipulation des budgets de souveraineté.
SAMUEL MVONDO AYOLO : LE CARREFOUR DES INFLUENCES ET DES CAISSES NOIRES
Niveau de suspicion : À charge sur le plan financier et des réseaux d'influence.
Responsabilité : Le DCC doit être urgemment interpellé pour clarifier la nature exacte de ses liaisons de l'ombre avec le Ministre des Finances Louis Paul Motaze, le fils du Chef de l'État Franck Biya, et l'entrepreneur incarcéré Jean-Pierre Amougou Belinga. Plus grave encore, le TCS doit enquêter sur l'usage des colossaux fonds hebdomadaires alloués au Cabinet Civil. Le Président de la République n'utilisant presque jamais ces enveloppes de souveraineté en raison de sa rareté publique, Samuel Mvondo Ayolo doit justifier la destination finale des reliquats non consommés. Servent-ils à alimenter des réseaux d'influence, à financer la guerre des clans pour la succession, ou à subventionner le silence médiatique ?
LES PARRAINS ET LES ARCHITECTES DE LA MAFIA BUDGÉTAIRE : LE MOBILE DU CRIME AU TCS
Martinez Zogo n'a pas été assassiné pour ses opinions, mais pour ses documents. En s'attaquant au siphonnage des caisses publiques, il a signé son arrêt de mort auprès de ceux qui signent les chèques d'État.
LOUIS PAUL MOTAZE : L'ORDONNATEUR DE LA LIGNE 65
Niveau d'analyse : Froid et comptable.
Responsabilité : C'est sous sa signature et sa supervision directe que des dizaines de milliards de FCFA de la Ligne 65 (Charges communes) ont été débloqués au profit de réseaux d'intérêts privés via des mécanismes de surfacturation. Louis Paul Motaze ne peut rester un spectateur de ce procès. Le TCS doit établir si les fonds qu'il a ordonnés ont servi, directement ou indirectement, à rétribuer la campagne de terreur contre le journaliste.
JEAN SYLVAIN MVONDO : LE TECHNICIEN DE LA LIGNE 94
Niveau d'analyse : Technique et structurel.
Responsabilité : En tant que maître d'œuvre de la Programmation des Investissements Publics au ministère de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du Territoire (MINEPAT), il est l'homme qui valide l'opportunité et le dispatching des fonds de la très opaque Ligne 94. Son audition est indispensable pour comprendre la traçabilité des subventions accordées aux entreprises écrans dénoncées par Martinez Zogo.
LAURENT ESSO : LE PARRAIN DE L'APPARAT JUDICIAIRE
Niveau d'analyse : Politique et de réseau.
Responsabilité : Cité dans les toutes premières dépositions et dénonciations liées à l'affaire, le Garde des Sceaux est au centre des interrogations concernant la protection institutionnelle dont bénéficiaient certains clans. Son audition s'impose pour évaluer si l'appareil judiciaire n'a pas été instrumentalisé afin de retarder la manifestation de la vérité et de maintenir une omerta politique protectrice.
LES COMPTABLES DE LA "MAFIA FISCALE" ET LES RESSORTS INTERNES DE L'ENQUÊTE
Il est presqu’impossible d’élucider les faits de ce dossier sans comprendre ce qui s’est passé à la Direction des impôts du Cameroun, ou dans les services sécuritaires du Cameroun !
MODESTE MOPA FATOING : LE TÉMOIN EXFILTRÉ
Niveau d'analyse : Factuel et de protection.
Responsabilité : Ayant initié le redressement fiscal historique de 10,8 milliards de FCFA contre le groupe de l'homme d'affaires incarcéré, il était en contact régulier avec Martinez Zogo pour démanteler la « mafia fiscale » et les circuits opaques.
Exfiltré en urgence vers le FMI juste après le meurtre face à des menaces de mort directes, son audition par commission rogatoire internationale est vitale pour valider les pièces économiques du crime.
LE LIEUTENANT-COLONEL PARFAIT AYISSI NANGA : LE FUSIBLE EN DANGER
Niveau d'analyse : Sécuritaire interne.
Responsabilité : Ancien commandant du groupement de gendarmerie du Mfoundi ayant dirigé les premières interpellations majeures, il a courageusement brisé l'omerta devant le Tribunal Militaire en dénonçant des tentatives d'assassinat et des intimidations à son encontre. Sa déposition est la preuve par le sang que des réseaux criminels au cœur de l'État tentent activement de saboter le procès.
MARTIN STÉPHANE SAVOM : LE MAILLON EXÉCUTIF ET L'AGENT DE LIAISON
Niveau d'analyse : Opérationnel et logistique.
Responsabilité : Déjà inculpé et incarcéré, il se trouve au carrefour des communications secrètes de l'affaire. La justice exige qu'il s'explique sur ses échanges téléphoniques intenses et suspects avec Martinez Zogo le jour même de son enlèvement, ainsi que sur les documents stratégiques qu'il manipulait en coulisses pour faire le pont entre l'appareil d'État et les intérêts privés mis en cause.
LÉOPOLD MAXIME EKO EKO ET JUSTIN DANWE : LES BRAS SÉCURITAIRES DE L'OPÉRATION
Niveau d'analyse : Poursuite militaire et financière.
Responsabilité : Déjà sous les verrous judiciaires militaires, l'ex-patron du contre-espionnage et son directeur des opérations doivent impérativement être soumis au feu des questions du TCS. Ils doivent révéler l'origine des fonds, les promesses de promotions et l'architecture exacte des lignes budgétaires détournées ayant servi à financer et rétribuer le commando opérationnel.
LE LIEUTENANT-COLONEL DIEUDONNÉ BIALO ET LE COLONEL JEAN-PIERRE OTOULOU : LES SURVEILLANTS DE LA PROCÉDURE
Niveau d'analyse : Procédural et de régularité.
Responsabilité : Ces officiers de la commission d'enquête mixte doivent être auditionnés pour répondre des graves accusations de dysfonctionnements soulevées à la barre par la défense et la partie civile. Ils doivent s'expliquer sur la gestion des pièces à conviction et clarifier les allégations de falsification ou de disparition de scellés numériques (téléphones portables effacés), des éléments qui auraient pu sceller définitivement la culpabilité des cerveaux de l'affaire.
LE PLAFOND DE VERRE DE YAOUNDÉ
Tant que la justice camerounaise refusera d'associer le Tribunal Criminel Spécial à la Justice Militaire pour lier le crime de sang au crime d'argent, le procès de Yaoundé ne sera qu'une illusion de justice.
Juger le commando de la DGRE sans juger la chaîne de commandement politique, financière et militaire — incarnée par les ministres Motaze, Beti Assomo, Esso et Atanga Nji, le secrétaire d'État Etoga, le secrétaire général Ngoh Ngoh, les directeurs Mvondo Ayolo et Sylvain Mvondo, ou le général Desancio Yenwo — revient à amputer la vérité.
Pour Martinez Zogo, pour la dignité de la justice et pour le peuple camerounais, ce plafond de verre doit être brisé. Maintenant.
Loic Kodjay








