Actualités of Thursday, 22 October 2026

Source: www.camerounweb.com

Guerre de succession : Ngoh Ngoh prépare ‘l’élimination’ de Béti Assomo

Les développements récents traduiraient un affaiblissement de Joseph Beti Assomo Les développements récents traduiraient un affaiblissement de Joseph Beti Assomo

Selon des informations rapportées par Jeune Afrique, Paul Biya aurait convoqué Joseph Beti Assomo, en raison de contacts présumés avec certains accusés dans l’affaire Martinez Zogo. Le chef de l’État aurait également ordonné la libération du lieutenant-colonel Ayissi Nanga, dont le témoignage potentiel pourrait éclairer certains aspects controversés du dossier, sans toutefois exiger explicitement son audition devant le tribunal militaire. Ces décisions alimentent les spéculations sur les rivalités entre Joseph Beti Assomo et Ferdinand Ngoh Ngoh.


L’AFFAIRE MARTINEZ ZOGO AU CAMEROUN : LA MÉCANIQUE DE LA NEUTRALISATION MUTUELLE SELON PAUL BIYA

Paul Biya aurait convoqué son ministre délégué à la Défense, Joseph Beti Assomo, pour des contacts présumés avec certains accusés dans l’affaire Martinez Zogo. Le chef de l’État aurait également ordonné la libération du lieutenant-colonel Ayissi Nanga, sans toutefois exiger expressément son audition devant le tribunal militaire.

Deux décisions rapportées par Jeune Afrique qui, si elles sont confirmées, pourraient éclairer les rapports de force au sommet de l’État camerounais.

Car derrière ces arbitrages présumés se dessine une méthode de gouvernement souvent attribuée à Paul Biya : préserver son autorité en empêchant qu'un seul de ses collaborateurs ne concentre trop de pouvoir.

Et dans cette affaire, deux figures majeures de l’appareil d’État se retrouvent au centre des tensions : Ferdinand Ngoh Ngoh et Joseph Beti Assomo.

LE COUP DE SEMONCE CONTRE LE SÉCUROCRATE

Selon Jeune Afrique, Joseph Beti Assomo aurait été convoqué au palais d’Etoudi après la circulation d’enregistrements audio jugés embarrassants.

Le ministre délégué à la Défense serait notamment soupçonné d’avoir entretenu des contacts avec Jean-Pierre Amougou Belinga, détenu depuis 2023 dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du journaliste Martinez Zogo.

Il lui aurait été demandé de cesser toute intervention susceptible d’interférer avec le déroulement du procès.

Dans l’un des enregistrements évoqués, Martin Savom, lui-même poursuivi dans cette affaire, parle de démarches entreprises en vue de sa libération. Il mentionne également un « ministre » qui attendrait la fin des auditions des témoins.

Jeune Afrique identifie ce responsable comme étant Joseph Beti Assomo.

Il convient toutefois de distinguer les accusations des faits établis. Les propos rapportés d’un accusé, même lorsqu’ils évoquent des soutiens haut placés, ne constituent pas en eux-mêmes la preuve d’une intervention illégale. Leur portée politique peut néanmoins être importante.

Au sommet de l’État, le soupçon de contacts parallèles entre un membre du gouvernement et des personnes poursuivies dans une affaire aussi sensible peut alimenter les rivalités institutionnelles.

Toujours selon Jeune Afrique, Ferdinand Ngoh Ngoh aurait envisagé de proposer le remplacement de Joseph Beti Assomo par Galax Yves Landry Etoga, secrétaire d’État chargé de la gendarmerie.

Une perspective qui prend un relief particulier lorsqu’on rappelle que Beti Assomo aurait suspendu, en juin, la délégation de signature de Landry Etoga, sur fond de désaccords concernant les affectations dans la gendarmerie.

La convocation présidentielle pourrait donc être interprétée comme un revers pour le ministre délégué à la Défense.
Mais cette lecture ne suffit pas à comprendre l’ensemble du mouvement.

L’ÉPÉE DE DAMOCLÈS MAINTENUE SUR LE SGPR

L’autre volet de l’arbitrage présidentiel présumé concerne le lieutenant-colonel Ayissi Nanga.

Selon Jeune Afrique, Paul Biya aurait ordonné sa libération et demandé que le tribunal militaire poursuive normalement les auditions.

Or, le témoignage de cet officier pourrait occuper une place particulière dans le dossier.

Ayissi Nanga aurait développé une version des faits mettant en cause d’éventuelles coupures de communications et soulevant des interrogations sur le rôle des opérateurs téléphoniques.

Cette piste, si elle était étayée, pourrait conduire les enquêteurs à rechercher qui aurait demandé ces interruptions, par quels canaux et avec quelles autorisations.

Une telle recherche pourrait éventuellement concerner plusieurs niveaux de responsabilité au sein de l’appareil d’État.

Certains observateurs établissent un rapprochement avec les pouvoirs exercés par le secrétaire général de la Présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, en vertu de ses délégations.

Mais il faut être précis : aucun élément présenté ici ne permet d’établir que le SGPR aurait ordonné des coupures de communications ou participé à une quelconque opération illégale.

Cette hypothèse relève de l’analyse politique et demanderait des preuves indépendantes pour acquérir une portée judiciaire.

Le cas d’Ayissi Nanga reste néanmoins troublant.

L’officier se serait présenté de manière inattendue devant le tribunal militaire pour demander à témoigner rapidement, affirmant craindre pour sa sécurité.
À la date des informations rapportées, son audition n’avait pas encore eu lieu.

Un enregistrement lui attribue également des propos exprimant son inquiétude après avoir appris la colère du « vieux », surnom que Jeune Afrique associe dans ce contexte à Ferdinand Ngoh Ngoh.

L’officier aurait alors indiqué ne plus souhaiter comparaître.

Ces déclarations, dont les circonstances et l’authenticité doivent être appréciées avec prudence, soulèvent une question essentielle : un témoin potentiellement important peut-il s’exprimer librement et dans des conditions garantissant sa sécurité ?

UN TÉMOIN LIBRE, MAIS TOUJOURS PAS ENTENDU

C’est ici que l’arbitrage présidentiel rapporté prend une dimension politique particulière.
Paul Biya aurait exigé la libération d’Ayissi Nanga.
Mais rien, dans les éléments attribués à Jeune Afrique, n’indique qu’il aurait expressément ordonné son audition.
La distinction est importante.

La remise en liberté d’un témoin potentiel ne garantit pas automatiquement que ses déclarations seront recueillies par la juridiction.

Cette décision relève des règles de procédure applicables et des autorités judiciaires compétentes.

Sur le plan politique, toutefois, la situation peut entretenir l’incertitude.

Si Ayissi Nanga détient des informations utiles, son éventuelle audition pourrait éclairer des aspects encore contestés de l’affaire.

À l’inverse, l’absence prolongée de témoignage laisserait subsister des interrogations.

Pour les responsables politiques susceptibles d’être concernés par ses déclarations, cette incertitude peut constituer une source de pression.

C’est dans cette perspective que l’on peut comprendre l’image de l’épée de Damoclès suspendue au-dessus du SGPR.

Mais cette interprétation demeure une hypothèse sur les rapports de force, et non la démonstration d’une stratégie présidentielle délibérée.

DES ENREGISTREMENTS QUI COMPLIQUENT LE RAPPORT DE FORCE

Un autre enregistrement cité dans cette affaire ajoute une dimension supplémentaire.

L’agent de renseignement Alain Ekassi y accuserait Martin Savom et le colonel Jean-Pierre Otoulou, chargé de l’enquête, d’avoir fait disparaître une dénonciation relative à un versement de 15 milliards de francs CFA.
Ces accusations sont particulièrement graves.

Elles nécessitent une vérification indépendante, notamment concernant l’authenticité de l’enregistrement, le contexte des déclarations et l’existence éventuelle de documents corroborant les faits allégués.

En l’absence de telles vérifications, elles ne peuvent être considérées comme établies.

Leur circulation publique contribue néanmoins à multiplier les interrogations autour du dossier.

Elle montre également combien la procédure judiciaire est devenue un enjeu sensible dans les relations entre différents responsables de l’appareil sécuritaire et politique.

L’ART DE LA PARALYSIE ORGANISÉE

Si les décisions rapportées par Jeune Afrique sont confirmées, elles pourraient s’inscrire dans une pratique politique fréquemment associée aux longues années de pouvoir de Paul Biya : l’arbitrage entre des centres d’influence concurrents.

Depuis plus de quatre décennies, le fonctionnement du pouvoir camerounais a souvent été analysé à travers la coexistence de plusieurs réseaux administratifs, politiques et sécuritaires dont les intérêts ne convergent pas toujours.

Dans cette configuration, Ferdinand Ngoh Ngoh et Joseph Beti Assomo occupent des positions institutionnelles particulièrement importantes.

Le premier exerce des responsabilités centrales au sein de la Présidence. Le second dirige le département ministériel dont relève notamment l’administration de la justice militaire.

Les tensions présumées entre ces deux responsables peuvent donc avoir des conséquences sur le fonctionnement des institutions.

Une intervention présidentielle visant à limiter les initiatives de l’un, tout en préservant les prérogatives de l’autre, pourrait être interprétée comme une volonté de maintenir un équilibre.

Mais une autre lecture demeure possible : celle d’une intervention destinée à préserver le fonctionnement normal de la justice et à empêcher des ingérences dans une procédure sensible.

Les informations disponibles ne permettent pas de départager définitivement ces interprétations.

LE PROCÈS MARTINEZ ZOGO AU CŒUR DES RIVALITÉS DU POUVOIR

L’affaire Martinez Zogo dépasse désormais, dans le débat public, le seul cadre de la procédure pénale. Elle est aussi devenue un révélateur des tensions au sein de l’appareil d’État camerounais.

Chaque nouvel enregistrement, chaque témoignage annoncé et chaque décision administrative suscitent des interprétations politiques.

Pour certains, les développements récents traduiraient un affaiblissement de Joseph Beti Assomo. Pour d’autres, ils pourraient maintenir une pression sur Ferdinand Ngoh Ngoh.

Mais ces rivalités supposées ne doivent pas occulter l’essentiel.
Le procès concerne avant tout l’enlèvement et l’assassinat d’un journaliste.

La priorité judiciaire reste l’établissement des faits, l’identification des responsabilités individuelles et la tenue d’une procédure respectueuse des droits de toutes les parties.

Aucune rivalité politique ne devrait déterminer le sort d’un témoin ou orienter l’appréciation des preuves.

CONCLUSION : QUAND L’ARBITRAGE POLITIQUE RENCONTRE L’EXIGENCE DE JUSTICE

Les informations publiées sur une éventuelle convocation de Joseph Beti Assomo et sur la situation du lieutenant-colonel Ayissi Nanga ouvrent plusieurs pistes de lecture.

L’une d’elles est celle d’une neutralisation mutuelle des principaux centres d’influence du régime, sous l’arbitrage de Paul Biya.

Cette hypothèse est cohérente avec certaines analyses historiques du fonctionnement du pouvoir camerounais, mais elle ne saurait être présentée comme une intention présidentielle démontrée.

Une question demeure cependant entière. Pourquoi un témoin présenté comme potentiellement important n’a-t-il pas encore été entendu, et quelles garanties entourent sa liberté de déposer ?

La réponse appartient d’abord à la justice.

Car au-delà des calculs politiques, des rivalités administratives et des rapports de force au sommet de l’État, une exigence doit prévaloir : faire toute la lumière sur l’assassinat de Martinez Zogo.

DANS CETTE PARTIE D’ÉCHECS PRÉSUMÉE, LA VÉRITÉ SUR LA MORT D’UN JOURNALISTE NE DEVRAIT JAMAIS DEVENIR UNE PIÈCE DE NÉGOCIATION POLITIQUE.

John Lawson