Dans cette tribune consacrée au bilan des premiers mois du septennat de Paul Biya, Charles Armel Mbatchou estime que la plupart des engagements présidentiels en faveur des jeunes et des femmes restent sans concrétisation. Sur huit promesses examinées, seules deux sont jugées tenues : la reprise des études doctorales et la relance des concours des Écoles normales supérieures (ENS).
Le 6 novembre 2025, Paul Biya jurait que la situation des jeunes et des femmes serait au cœur de son action tout au long du septennat. Onze mois plus tard, passons chaque engagement au crible des faits.
1. La reprise des études doctorales : PROMESSE TENUE.
Le MINESUP a autorisé l'ouverture des sélections doctorales dans les universités d'État. Il faut le reconnaître, c'est un acte.
2. La relance des concours des ENS : PROMESSE TENUE.
32 arrêtés ont été signés le 13 janvier 2026, après deux ans de suspension des concours. Deuxième point accordé. Mais deux promesses tenues sur des dizaines ne font pas un bilan.
3. Le plan spécial pour l'emploi des jeunes, « dès les premiers mois » :
PROMESSE NON TENUE.
Le discours annonçait quatre axes : facilités fiscales contre obligation de recruter, accompagnement du financement des projets, secteurs porteurs, chantiers à haute intensité de main-d'œuvre.
Sur le papier, la loi de finances 2026 plafonne à 50 milliards un fonds spécial pour l'emploi des jeunes et des femmes, mais son effectivité dépendait d'un texte du MINFI sur le décaissement.
Le 10 février, le chef de l'État parlait aux jeunes de persévérance et d'auto-emploi, l'État ne pouvant pas tout résoudre.
Dix mois après le discours, les programmes d'insertion tardent à se concrétiser. Et près de 39 % des 15-34 ans restent sans emploi stable. Un plan qui commence par un plafond budgétaire plutôt que par des embauches reste d'abord un plan de communication.
4. Le soutien financier accru aux femmes : PROMESSE NON TENUE ET SANS PREUVES PUBLIQUES.
Les femmes n'ont d'autre guichet que ce même fonds, qui partage l'enveloppe avec les jeunes. Que celles qui en ont bénéficié se fassent connaître.
5. « Un nouveau gouvernement dans les prochains jours » :
PROMESSE NON TENUE.
Cette promesse date du 31 décembre, pas du serment. C'était la première fois en 43 ans que Biya annonçait lui-même un remaniement. Fin août, neuf mois plus tard, Joseph Dion Ngute dirigeait toujours le gouvernement, après dix semaines d'absence du président à l'étranger. Un ministre déléguée avoue lui-même que le président a d'autres préoccupations que le remaniement. Les « prochains jours » durent depuis dix mois, et un gouvernement en sursis ne gouverne plus.
6. Le vice-président : le poste existe, personne ne l'occupe.
PROMESSE NON TENUE.(EN COURS DE TÉLÉCHARGEMENT)
Ce n'était pas dans le discours d'investiture, mais le pouvoir en a fait l'architecture de sa succession. La loi a été promulguée le 14 avril 2026. Aucun vice-président n'était nommé au 14 octobre. Un homme de 93 ans a verrouillé la règle de sa succession sans désigner personne. C'est ce qui s'appelle gouverner à vue.
7. « Les efforts contre la corruption seront intensifiés » :
PROMESSE NON TENUE.
Le Cameroun a perdu deux places dans le classement 2025 de Transparency International, 142e sur 182. Les « scandales financiers ahurissants » de la Une du Zénith ne relèvent pas du hasard, mais d'un système.
8. « L'ordre régnera » et l'« union sacrée » : un ordre sans union.
PROMESSE NON TENUE.
Biya a tendu la main à tous, alors que sa réélection contestée avait provoqué des manifestations violemment réprimées, avec plusieurs morts. Le porte-parole du gouvernement a lui-même évoqué plusieurs dizaines de morts et plusieurs centaines d'arrestations. Une main tendue n'efface pas des cadavres.
VERDICT : PROMESSE NON TENUE.
Deux promesses sur huit sont tenues, et ce sont les moins coûteuses. Les autres relèvent de l'annonce, du report ou de l'oubli. Le septennat des jeunes et des femmes risque de n'être, pour les unes comme pour les autres, qu'un septennat d'attente.
Par
Charles Armel Mbatchou









