Actualités of Friday, 16 October 2026

Source: www.camerounweb.com

Affaire Martinez Zogo : Le rôle de Chantal Biya révélé

'La mère a déjà demandé que je sois libéré' 'La mère a déjà demandé que je sois libéré'

Une fuite audio de Martin Savom, ancien maire de Bibey détenu dans l’affaire de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo, suscite des interrogations sur d’éventuelles ingérences dans la procédure judiciaire. Dans cet enregistrement diffusé sur les réseaux sociaux, Savom affirme que Chantal Biya a demandé sa libération et que Joseph Beti Assomo lui a conseillé d’attendre la fin des audiences.

Une fuite audio sème le trouble au plus haut niveau de l’État camerounais. Dans un enregistrement diffusé sur les réseaux sociaux, Martin Savom, l’ancien maire de Bibey incarcéré dans l’affaire Martinez Zogo, affirme que la Première Dame, Chantal Biya, a exigé sa libération. Le ministre de la Défense, Joseph Beti Assomo, lui aurait conseillé d’attendre la fin des audiences pour obtenir sa remise en liberté. Une révélation qui soulève une question vertigineuse : qui, au sommet de l’État, peut ordonner la libération d’un prévenu dans une affaire d’assassinat ?

C’est une révélation qui pourrait bien ébranler les certitudes au sommet du pouvoir. D’après des messages vocaux publiés sur les réseaux sociaux et relayés par plusieurs médias camerounais, Martin Savom, l’ancien maire de Bibey détenu à la prison centrale de Kondengui pour son implication présumée dans le meurtre du journaliste Martinez Zogo, se vante de ses relations au plus haut niveau de l’État.
« La mère a déjà demandé que je sois libéré. »

Dans l’enregistrement, Martin Savom affirme que « la mère » — une allusion évidente à la Première dame Chantal Biya — aurait exigé sa libération. Il ajoute que le ministre de la Défense, Joseph Beti Assomo, lui aurait conseillé d’attendre la fin des audiences pour obtenir son assouplissement de peine. Une promesse qui, selon lui, viendrait directement du sommet de l’État.

Savom ne s’arrête pas là. Il se vante d’avoir fait entrer trois personnes à l’École militaire interarmées (MIA) par l’intermédiaire de ce même ministre de la Défense, depuis sa cellule de Kondengui. Il promet même au lieutenant-colonel Ayissi Nanga, son interlocuteur dans l’enregistrement, de lui « décrocher » le poste de son choix : « Dis-moi où tu veux être affecté, et on s’occupe du reste. »

Ces révélations soulèvent une question fondamentale : qui est Chantal Biya pour ordonner la libération d’un prévenu dans une affaire d’assassinat ? Et Beti Assomo est-elle juge pour assurer à Martin Savom qu’il sera libéré après les audiences ?

D’un point de vue juridique, la réponse est simple : aucun des deux n’a ce pouvoir. La Première Dame n’exerce aucune fonction judiciaire. Le ministre de la Défense, bien qu’il soit membre du gouvernement, n’a aucune autorité sur les décisions de justice. Seul le tribunal militaire de Yaoundé, saisi de l’affaire, est habilité à statuer sur la mise en liberté ou le maintien en détention de l’accusé.

Toutefois, si ces propos sont authentiques, ils révèlent une réalité inquiétante : celle d’un système où des personnalités dépourvues de mandat judiciaire pourraient promettre des libérations et exercer des pressions sur le cours de la justice.

Un contexte de pressions avérées

Cette fuite intervient alors que des pressions sur les magistrats dans cette affaire sont déjà avérées. En janvier 2026, l’avocate de Martinez Zogo, chargée de défendre les droits des ayants droit, Félicité Esther Zeifman, avait dénoncé des tentatives visant à faciliter la mise en liberté provisoire de Jean-Pierre Amougou Belinga. Selon Jeune Afrique, une lettre aurait même été adressée aux magistrats de la chambre criminelle de la Cour d’appel dans le but d’obtenir cette libération.

Le 15 janvier 2026, la Cour d’appel a rejeté une nouvelle demande de mise en liberté provisoire déposée par Amougou Belinga. M. Zeifman s’est félicité de cette décision, rappelant que le Code de procédure pénale camerounais interdit toute mise en liberté provisoire pour les infractions passibles de la peine de mort ou de la réclusion à perpétuité.

Le rôle central de Martin Savom

Martin Savom n’est pas un prévenu comme les autres. Des experts en téléphonie ont établi qu’il était la dernière personne à avoir eu des contacts avec Martinez Zogo avant son enlèvement, l’ayant appelé le 17 janvier 2023 à 19 h 54. D’après les données de géolocalisation, il a coordonné avec le lieutenant-colonel Justin Danwe la deuxième phase de l’opération, celle qui a conduit à la mort du journaliste.

Lors de sa déposition à la barre en novembre 2025, Alain Ekassi, officier des services de renseignement, avait désigné Savom comme l’un des principaux suspects, affirmant avoir dissimulé ses informations à l’oncle de la personne concernée. Il avait également évoqué un rôle éventuel de Savom dans la disparition de Mgr Jean-Marie Benoît Balla, évêque de Bafia, retrouvé mort dans la Sanaga en 2017.

Les avocats de Martin Savom ont catégoriquement rejeté ces accusations, qualifiant le témoignage d’Alain Ekassi d’« indirect et non pertinent ». Ils ont souligné que le témoin n’avait jamais affirmé que Savom était l’auteur du meurtre, mais qu’il tenait ses informations de tiers.

Cette affaire soulève une question qui dépasse le cas particulier de Martin Savom. Elle remet en cause la capacité du système judiciaire camerounais à résister aux pressions politiques dans une affaire où des intérêts considérables sont en jeu. Si les propos attribués à Savom sont authentiques, ils révèlent une réalité que beaucoup soupçonnaient sans pouvoir la prouver : celle de promesses de libération faites par des personnalités qui n’ont aucun mandat pour les formuler.

Gari Boy