Actualités of Wednesday, 14 October 2026

Source: www.camerounweb.com

EXPLOSIF : Comment Maxime Eko Eko a trahi son ami Mebe Ngo’o et obtenu sa tête

Une trajectoire sanglante et ironique qui illustre à merveille la méthode Paul Biya Une trajectoire sanglante et ironique qui illustre à merveille la méthode Paul Biya

Les rivalités au sommet de l’État camerounais entre Edgar Alain Mebe Ngo’o et Léopold Maxime Eko Eko, sont connues. Mebe Ngo’o a contribué à la nomination d’Eko Eko à la tête de la DGRE en 2010, dans l’objectif de renforcer son influence et ses ambitions politiques. Mais leur alliance se serait brisée après des accusations de préparation d’un coup d’État visant l’ancien ministre de la Défense, qui a ensuite été écarté du gouvernement, arrêté en 2019 et condamné à 30 ans de prison.

Le 31 août 2010, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2011, Edgar Alain Mebe Ngo’o, alors puissant ministre de la Défense, réussit un coup de maître : il fait limoger le même jour Emmanuel Edou, patron de la Police, et Bienvenu Obelabout, directeur général de la DGRE, le service de contre-espionnage camerounais. Pour les terrasser, il orchestre une redoutable campagne de rumeurs de coup d’État, habilement relayée par la presse dès le mois de juillet. À la place d’Obelabout — qui remplace à ce poste le Général Claude Laurent Angouand depuis 2000 —, Paul Biya nomme un homme de confiance : Léopold Maxime Eko Eko, l’ami intime de Mebe Ngo’o.

Avant d’hériter du fauteuil stratégique de ministre délégué à la Présidence chargé de la Défense (MINDEF) en 2009 — poste qu’il occupera jusqu’en 2015 —, Mebe Ngo’o tenait déjà d'une main de fer la Délégué générale à la Sûreté nationale dès 2004, après avoir dirigé le Cabinet civil de la Présidence de 1997 à 2004. Grand commis de l’État formé à l’ENAM jusqu’en 1985, il doit son ascension fulgurante à sa proximité intime avec le président Paul Biya, qui le considérait comme son « fils », ainsi qu'au soutien indéfectible du défunt Jean Foumane Akame, influent conseiller juridique du chef de l'État.

À mesure qu'il gravissait les échelons du pouvoir, Mebe Ngo’o accumulait une puissance colossale et nourrissait un rêve à peine voilé : succéder à Paul Biya. Démarche altière, stature présidentiable, il incarnait le dauphin naturel, capable de faire et de défaire les carrières au sein du sérail. En positionnant Eko Eko à la tête des services secrets — après l’avoir déjà propulsé au secrétariat général de la DGSN —, l'objectif était limpide : verrouiller le renseignement pour sceller son destin présidentiel.

Ensemble, les deux alliés font tomber les mastodontes du régime : Yves Michel Fotso puis le puissant Marafa Hamidou Yaya. Persuadé d’avoir éliminé tous ses rivaux dans la course au pouvoir, Mebe Ngo’o ne se cache plus. Il roule désormais dans un cortège ostentatoire qui rivalise avec celui du chef de l'État, mime la garde-robe présidentielle et se fait recevoir en Chine avec les honneurs d'un empereur. Le Cameroun tout entier retient son souffle.

Mais la chute viendra de là où il l'attendait le moins. En coulisses, son « ami » Eko Eko prépare sa mise à mort. Dans un rapport au vitriole adressé directement à Paul Biya, le patron de la DGRE l’accuse ouvertement de préparer un coup d’État avec la complicité de puissances étrangères. Le piège se referme. En 2015, Mebe Ngo’o est éjecté de la Défense et relégué aux Transports, avant d'être définitivement débarqué du gouvernement lors du remaniement de mars 2018. Un an plus tard, en mars 2019, il est arrêté et incarcéré à la prison centrale de Kondengui, puis condamné à 30 ans de prison dans le cadre de l’Opération Épervier.

Mais dans le théâtre d'ombres du pouvoir camerounais, les bourreaux finissent souvent par rejoindre leurs victimes. En janvier 2023, trahi par le destin dans l’affaire du sauvage assassinat de Martinez Zogo, Maxime Eko Eko est à son tour arrêté et jeté dans une cellule de Kondengui.

Aujourd’hui, Mebe Ngo’o maudit le jour où il a croisé la route d'Eko Eko. Pourtant, l'histoire n'est qu'un éternel recommencement : en mars 2008, alors qu’il était chef de la police, Mebe Ngo’o avait lui-même orchestré la chute du ministre Urbain Olanguena Awono, allant jusqu’à l’humilier en le faisant filmer sur un vulgaire matelas de la Police judiciaire pour être diffusé au 20h de la CRTV.

Une trajectoire sanglante et ironique qui illustre à merveille la méthode Paul Biya : utiliser les ambitions des uns, broyer la loyauté des autres, les opposer puis les lyncher à tour de rôle pour régner en maître absolu.

Paul Chouta