Infos Business of Monday, 12 October 2026

Source: www.camerounweb.com

ITIE : Le Cameroun plaide pour la levée de sa suspension

La liberté de la société civile reste déterminante La liberté de la société civile reste déterminante

Le Cameroun a plaidé, le 9 octobre 2026 à Bruxelles, pour une levée anticipée de sa suspension de l’ITIE, en présentant plusieurs mesures correctives, notamment le renforcement du Secrétariat national, la publication de contrats pétroliers et la mise en place d’un mécanisme de traitement des plaintes de la société civile.

Suspendu depuis février 2024 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives, le Cameroun cherche à obtenir une validation anticipée. À Bruxelles, le 9 octobre 2026, Fuh Calistus Gentry a présenté des mesures correctives. Mais aucune levée de suspension n’a été annoncée.

Le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique par intérim a rencontré Maria van der Hoeven, nouvelle présidente du Conseil d’administration de l’ITIE, en marge de la conférence mondiale organisée les 8 et 9 octobre à Bruxelles. L’objectif du plaidoyer camerounais : faire reconnaître les progrès accomplis et accélérer le réexamen du dossier national.

La suspension remonte à la décision du Conseil d’administration du 29 février 2024. À l’issue de sa validation sur la Norme ITIE 2019, le Cameroun avait obtenu 53 points sur 100, un résultat global qualifié d’« assez faible ». Le motif décisif concernait l’Exigence 1.3, relative à l’engagement de la société civile, évaluée comme seulement partiellement satisfaite.

L’ITIE relevait des obstacles à une participation pleine, active et effective des organisations, des atteintes à la liberté d’expression ainsi que des faiblesses dans leur représentation et dans la gouvernance du groupe multipartite.

Cette exigence touche au fonctionnement même de l’initiative. La transparence extractive repose sur trois parties : les pouvoirs publics, les entreprises et la société civile. Publier des chiffres ne suffit pas si les organisations indépendantes ne peuvent pas les examiner, les discuter et interpeller librement les responsables.

À Bruxelles, Yaoundé a mis en avant plusieurs réponses. Selon les éléments présentés par la délégation, le Secrétariat national a été renforcé par la nomination d’un coordonnateur adjoint et le recrutement de personnel technique. Le gouvernement évoque également un travail avec la Société nationale des hydrocarbures pour établir un calendrier de publication des contrats pétroliers, des états financiers et des données sectorielles.

Un mécanisme de réception et de traitement des plaintes concernant les restrictions à la participation de la société civile figure aussi parmi les mesures annoncées, avec un questionnaire destiné aux organisations concernées. Les échanges ont précisément porté sur les corrections relatives à leur libre participation au processus.

Ces annonces devront être appréciées à travers leur application. Un mécanisme de plaintes sera notamment jugé sur son accessibilité, le traitement des signalements et les réponses apportées aux restrictions constatées.

Le calendrier mérite également une clarification. La décision de 2024 prévoyait initialement une nouvelle validation à partir du 1er avril 2027. Le calendrier officiel actuel de l’ITIE situe désormais celle du Cameroun en janvier 2028. La demande de validation anticipée vise donc à avancer cette échéance ; elle ne constitue pas une décision favorable déjà obtenue.

Pendant la suspension, le processus national se poursuit. Les rapports consacrés aux exercices 2022 et 2023 ont été publiés respectivement en mars et en décembre 2025. Leur disponibilité témoigne de la continuité du travail de divulgation, sans régler à elle seule les insuffisances concernant la société civile.

Le Cameroun demeure un pays de mise en œuvre suspendu. Le plaidoyer de Bruxelles ouvre une démarche de réexamen, dont l’issue dépendra de progrès vérifiables. Pour retrouver pleinement sa place dans l’initiative, Yaoundé devra démontrer que les acteurs indépendants peuvent participer à la gouvernance des ressources extractives et au débat public dans des conditions effectives de liberté.

Boris Bertolt