Actualités of Wednesday, 7 October 2026

Source: www.camerounweb.com

Affaire Céline Ngoh Ngoh vs Caporal-chef Mfoula : La réaction de Ferdinand Ngoh Ngoh et de son entourage

'Devant une situation aussi opaque, une seule attitude était tenable : la réserve' 'Devant une situation aussi opaque, une seule attitude était tenable : la réserve'

Beaucoup de Camerounais appellent à la prudence dans l’affaire du caporal-chef Mfoula Évariste. Certains refusent de prendre position avant l’établissement des faits et souligne plusieurs zones d’ombre, notamment l’absence de témoignages des autres gardes, les interrogations sur le lieu des faits, l’accusation de détournement de 4 millions de FCFA et l’absence de réaction publique de la partie mise en cause. Ils estiment également que les précédentes accusations évoquées dans l’affaire Martinez Zogo ne permettent pas, à elles seules, de confirmer le nouveau témoignage.

NI VERDICT NI MEPRIS : L'AFFAIRE DU CAPORAL-CHEF MFOULA

Un militaire accuse l'épouse du secrétaire général de la présidence. Un journaliste, Morgan Palmer, lui tend le micro. Un titre réplique : « Un soldat en panique accuse dame Ngoh Ngoh ». Calixthe Beyala dénonce un mensonge et des « journalistes crapuleux ». En quelques heures, chacun a choisi son camp. Nous n'en choisirons pas. Comme Calixthe Beyala, nous ne connaissons pas les acteurs. Comme elle, nous ignorons les manipulations possibles. Mais de cette ignorance, nous tirons la conclusion inverse de la sienne.

Le récit

Il se présente comme le caporal-chef Mfoula Évariste, du BIR, 28 ans, affecté en 2021 à la garde de Ferdinand Ngoh Ngoh et de son épouse. Dans son témoignage diffusé par Le Fauteuil Rouge TV, il raconte une nuit d'avril 2026, à Bastos. L'épouse du SGPR aurait confisqué les téléphones des cinq gardes, renvoyé trois d'entre eux et l'aurait isolé au quatrième niveau. Elle lui aurait alors demandé une relation, en lui rappelant qui était son mari. Il affirme avoir obéi sous la menace, puis avoir fui le lendemain.

Selon la rédaction, des responsables du BIR lui auraient conseillé de ne pas revenir. Selon le militaire lui-même, l'épouse du SGPR l'accuserait d'être parti avec quatre millions de francs. Il le nie.

Ce que l'on peut vérifier, et ce que l'on ne peut pas

Le récit de la nuit est précis. Trois gardes et un chauffeur pourraient le confirmer ou le démentir. Une contradiction a déjà été avancée : selon certains commentateurs, la résidence de Ngoh Ngoh à Bastos n'aurait pas quatre niveaux. Le militaire, lui, ne précise pas dans quel bâtiment la scène aurait eu lieu. Si le lieu était identifié et la contradiction confirmée, son récit en serait sérieusement ébranlé.

Sur Ferdinand Ngoh Ngoh, le témoignage reste vague. Relancé deux fois, le militaire répète « il n'est pas humain » sans citer un seul fait. L'accusation de vol n'a pas été examinée non plus.

Quant à la version du SGPR, elle est hors d'atteinte. Ferdinand Ngoh Ngoh ne s'exprime pas, son entourage non plus. Ce n'est pas une faute de la rédaction. C'est la règle d'un système qui ne répond jamais. Et un pouvoir qui ne répond jamais laisse la rumeur parler à sa place.

Un contexte qui se lit dans les deux sens

En 2024, la presse a fait état d'une expertise judiciaire versée au dossier Martinez Zogo, portant sur des échanges entre le journaliste assassiné et Céline Ngoh Ngoh. En juillet 2026, le capitaine Effoudou a présenté des « relations coupables » avec l'épouse du SGPR comme l'un des mobiles de l'assassinat. L'avocate de la famille Zogo a rejeté ces accusations. Rien n'est jugé.

Le soldat a parlé le 11 septembre, après Effoudou. Son récit peut corroborer une piste. Il peut aussi s'en nourrir, ou être utilisé par d'autres. Dans une guerre de succession, une épouse est une cible commode pour atteindre un mari. Un soldat en détresse est un instrument commode. La riposte qui le dit « paniqué » peut elle aussi être orchestrée. De l'extérieur, personne ne peut trancher.

Il n'y a pas de hiérarchie des victimes

La déclaration de Calixthe Beyala repose sur une hiérarchie qu'elle ne nomme jamais. D'un côté « une femme, une mère, peut-être une grand-mère ». De l'autre « un caporal ». Or un homme peut être victime d'abus, et un rapport d'autorité peut s'exercer d'une femme puissante sur un subordonné soumis aux ordres. Si le récit était vrai, le sexe des protagonistes n'y changerait rien. S'il était faux, le grade du menteur n'y changerait rien non plus. La souffrance ne se classe pas.

Elle demande qu'on critique cette femme sans toucher à son intimité. Mais le récit ne décrit pas une intimité. Il décrit des gardes de l'État renvoyés sur ordre et une menace adossée au pouvoir d'un mari. S'il est vrai, c'est un abus d'autorité. S'il est faux, c'est une diffamation. Dans les deux cas, c'est l'affaire d'une enquête.

La protection n'attend pas la vérité

Si ce soldat dit vrai, il a droit à la protection. Si l'on ne peut pas savoir s'il dit vrai, il y a droit quand même, car la protection est la condition de toute vérification. Un témoin réduit au silence ne se vérifie plus. La même exigence vaut pour l'épouse du SGPR, qui a droit à la présomption d'innocence. Seule une enquête indépendante peut servir les deux.

Même écoute, autre lecture

Calixthe Beyala a écouté l'interview, comme nous. Elle a entendu les mêmes mots, les mêmes hésitations, les mêmes silences. Elle dit y avoir capté, avec « l'oreille aguerrie d'une romancière », « toutes les nuances de ses mensonges ». Son jugement répond à ses propres codes : ceux d'une écrivaine qui lit les personnages, ceux d'une femme qui voit d'abord une femme attaquée. Ces codes sont respectables. Ils ne sont pas des preuves.

Devant une situation aussi opaque, une seule attitude était tenable : la réserve. Une voix reconnue oriente l'opinion. Quand elle transforme son intuition en verdict, elle ne défend pas seulement une femme. Elle désigne aussi celui qu'on peut écraser.

La même règle s'impose au journaliste, au titre qui ridiculise avant d'examiner, et à nous. La réserve n'est pas de la lâcheté. C'est la forme que prend l'honnêteté quand on ne sait pas.

John Lawson