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Cameroun : Le dernier conseil ministériel de Paul Biya s'est tenu le 15 octobre 2015

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« Le dernier conseil ministériel s'est tenu le 15 octobre 2015. » Dans une analyse au vitriol, le journaliste senior Michel Michaut Moussala dresse le constat d'un pays qui ne gouverne plus, mais qui « fonctionne au miracle ». Entre un conseil ministériel réduit à un monologue présidentiel de quelques minutes, des « Très hautes instructions » qui remplacent le débat gouvernemental, un Premier ministre réduit à « faire comme s'il avait de l'autorité » et un conseil de cabinet qui n'a « jamais pris de résolution à même de changer le sort du pays », il décrit une machine institutionnelle grippée, où les programmes de développement s'enchaînent sans bilan et où la gouvernance se fait à coups de slogans creux. Une question simple traverse ce réquisitoire : dans un pays où rien ne va, où et quand arbitre-t-on ?



Par Michel Michaut Moussala.
Très peu de Camerounais s’en souviennent, mais le dernier conseil ministériel s’est tenu le 15 octobre 2015. Il intervenait après le remaniement ministériel du 2 d’avant. Un conseil ministériel, vraiment ? Il s’est, en réalité, agi d’un monologue de quelques minutes de Paul Biya, qui n’a donné la parole à personne. Il a fait sa récitation, ses interlocuteurs se sont aussitôt empressés de ranger leurs cartables et l’affaire était terminée.

Pourquoi, d’ailleurs, donner la parole à ces gens ? Que savent-ils de la gestion d’un pays ? Et puis, vouloir écouter plus de 60 personnes, les unes après les autres, ce serait tellement ennuyeux ! Affligeant, même. On leur a donc dit comment se tenir à table, expliqué ce qu’ils ne sont pas et ce qu’ils devraient être. C’est plus facile ainsi, et ça marche forcément.

Avant le conseil d’il y a plus de 10 ans, un autre s’était tenu le 9 décembre 2014, et toujours avec le même soliloque présidentiel. Personne ne s’est plaint, et la vie a continué son bonhomme de chemin comme si de rien n’était. Au moins, pendant un mois, la radio et la télé publiques ont eu de la matière pour les éditoriaux et autres fines analyses. Même les participants à ce conclave du Palais de l’Unité ont, pendant une année, eu à prélever et à réciter de précieux morceaux de la parole présidentielle pour expliquer leur tâche au quotidien.
Ailleurs rendez-vous hebdomadaire, la tenue d’une session du conseil ministériel, au Cameroun, relève du miracle. Instance de délibération, d’encadrement et de communication de l’exécutif, il est ici présenté comme un événement exceptionnel. Dans un pays où rien ne va, où les programmes de développement s’enchaînent sans le moindre bilan, où la gouvernance se fait à coups de slogans creux, où, et quand, arbitre-t-on ?
Conséquence, le ministre fait ce qu’il peut, ou ce qu’il croit bon de faire. Il tient des discours dans lesquels il célèbre , et les caméras de télé peuvent en témoigner, l’action divine de Paul Biya pour son cher et beau pays. Et, au passage, n’oublie pas d’évoquer les larges sourires de « Son Excellence la Première Dame, Madame Chantal Biya », y compris sa constante sollicitude pour les démunis, etc.

À la place des débats et conciliations gouvernementaux, on a créé les « Très hautes instructions ». C’est le seul moyen trouvé par le président de la République pour s’adresser à ses collaborateurs. Le Premier ministre en fait partie, à qui on transmet des consignes par personne interposée , encore faudrait-il vérifier si elles sont authentiques. Ou, alors, on agit en lieu et place du chef du gouvernement en instruisant les ministres. En présidant, en inaugurant , qui va se négliger ?.

À quoi sert-il donc, le Premier ministre ? À faire comme s’il avait de l’autorité. Tiens, il a, lui aussi, son espace d’expression : le conseil de cabinet. Oui, ça existe. Tous les derniers jeudis du mois, le chef du gouvernement réunit son équipe plutôt, ceux qui acceptent de venir. Ici aussi, on n’évalue pas, on n’arbitre pas. On donne la parole à un ou deux membres du gouvernement, qui, de manière studieuse, viennent exposer un pan de leur travail. Ceci n’appelle pas de débats. Juste quelques vagues recommandations du président de séance, et au mois suivant.

Le conseil de cabinet n’a la vérité si je mens ! jamais pris de résolution à même de changer le sort du pays. Il essaye de boucher un trou, laissé béant par le fantomatique conseil ministériel. Qui est fou ! Et, après, certains viennent se plaindre que le pays ronronne, que rien ne va. Ou que tout va de travers. C’est pourtant ainsi que fonctionne le Cameroun : au miracle.
Journaliste senior, directeur de publication d’Aurore Plus.
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