Il suffit de moins de 25 000 francs CFA, soit environ 40 euros, pour obtenir d'un agent de la Direction générale de la recherche extérieure des informations exhaustives sur les communications d'une personne visée. C'est l'un des chiffres les plus parlants avancés par Jeune Afrique pour décrire la privatisation de l'appareil de renseignement camerounais, lors d'une analyse diffusée dans « La Semaine de Jeune Afrique » sur RFI.
Un « marché noir clandestin » des rapports et des bulletins
Selon François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique, qui s'exprimait au micro de Catherine Potet, la DGRE est devenue un véritable marché noir clandestin des rapports et des bulletins de renseignements, « où l'on vient s'approvisionner contre rémunération ». Jeune Afrique précise que l'exemple retenu est saisissant de banalité : un mari jaloux peut, pour ce prix, obtenir d'un agent des informations complètes sur les communications de son épouse.
Une clientèle qui ne se limite pas aux particuliers
L'analyse de Jeune Afrique, appuyée sur l'enquête de son envoyé spécial à Yaoundé Yves Plumey Bobo, souligne que ce marché est accessible à quiconque est prêt à y mettre le prix : hommes d'affaires, militaires, journalistes, activistes politiques. Chacun peut y puiser des informations, parfois très intimes, susceptibles de servir à faire pression sur un adversaire, voire à lui nuire directement.
Des « petites mains » précaires au cœur du système
Jeune Afrique décrit, dans son enquête, un univers dans lequel les agents de terrain, précarisés, monnaient ce qu'ils savent. Vidée de ses moyens, la DGRE n'a plus rien de l'institution naguère redoutée par les opposants camerounais, selon le magazine, qui parle d'une privatisation « de plus en plus crue » de l'appareil de l'État.
Ce que cela implique pour les citoyens
Ce que révèle cette analyse de Jeune Afrique, c'est que la question dépasse les querelles de sérail : lorsque le prix d'une surveillance ciblée tombe à quelques dizaines d'euros, chaque citoyen devient potentiellement exposé, non plus seulement à la surveillance politique de l'État, mais à celle de n'importe quel acteur privé disposant du bon contact.









