Infos Business of Thursday, 24 September 2026

Source: www.camerounweb.com

Pénurie de gaz au Cameroun : Gaston Eloundou tape du poing sur la table

Le gouvernement impose un parc minimum de 10 000 bouteilles aux distributeurs Le gouvernement impose un parc minimum de 10 000 bouteilles aux distributeurs

Une circulaire du 23 septembre 2026 impose notamment aux distributeurs agréés de disposer d’un parc minimum de 10 000 bouteilles, aux importateurs de respecter les calendriers de livraison et de régler leurs factures à temps, tandis que la SCDP devra assurer une répartition conforme aux contrats et privilégier les importations destinées au marché national.

Face aux ruptures de gaz domestique observées à Yaoundé, Douala et dans plusieurs autres villes, le gouvernement reconnaît officiellement de graves dysfonctionnements dans la chaîne d’approvisionnement. Dans une lettre circulaire signée le 23 septembre 2026, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, fixe cinq nouvelles obligations aux importateurs et distributeurs de gaz de pétrole liquéfié (GPL).

Le document ministériel évoque des retards, voire des défauts de paiement des importateurs par certains marketeurs, le non-respect des parts de marché ainsi que des enlèvements privilégiant les industries au détriment des points de vente. Plus grave, le MINEE dénonce la vente illégale aux entreprises de produits pourtant subventionnés pour les ménages.

Ces pratiques provoquent des tensions sur les stocks, de longues files d’attente et des déplacements répétés de consommateurs à la recherche d’une bouteille. Le ministère estime même que les ruées et bousculades observées dans certaines stations-service sont susceptibles de menacer l’ordre public.

La mesure la plus spectaculaire concerne désormais le nombre de bouteilles. Toute société agréée pour la distribution devra disposer d’un parc d’au moins 10 000 bouteilles avant de pouvoir enlever du GPL destiné aux consommateurs. Les importateurs devront respecter le calendrier mensuel des livraisons et payer leurs factures dans les délais. La SCDP devra répartir les cargaisons selon les contrats commerciaux, tandis que les importations destinées au marché camerounais devront être reçues en priorité.

Cette reprise en main intervient sur un marché fragilisé. En 2025, la consommation nationale de gaz domestique aurait progressé de 13 %. Les importations sont passées de 145 163 tonnes en 2024 à 150 420 tonnes en 2025, pour une facture estimée à 56,1 milliards de FCFA. L’État aurait parallèlement consacré près de 49 milliards de FCFA aux subventions afin de maintenir la bouteille de 12,5 kg au prix officiel de 6 500 FCFA.

La production locale demeure insuffisante. L’unité de traitement de Bipaga doit fournir environ 30 000 tonnes de GPL par an, tandis qu’une opération d’importation de 60 000 tonnes a été engagée pour le second semestre 2026. Ce volume représente près de 40 % des importations enregistrées en 2025.

La capacité de stockage de GPL à Bonabéri a pourtant été portée de 2 500 à 3 500 tonnes, soit une hausse de 40 %, après la mise en service d’une nouvelle sphère de 1 000 tonnes. Mais l’augmentation du stockage ne suffit pas lorsque les factures restent impayées et que les cargaisons ne parviennent pas normalement aux points de vente.

Sur les sept premiers mois de 2026, Tradex aurait écoulé 18 772 tonnes, soit 14,12 % du marché, contre 17 692 tonnes et 13,31 % pour la SCTM. Cette dernière, longtemps dominante, est confrontée à des difficultés financières ayant fortement réduit la disponibilité de ses bouteilles.

Le ministre prévient désormais que toute violation de ses prescriptions entraînera la suspension, voire le retrait de l’agrément. Reste à savoir si ces sanctions seront effectivement appliquées. Car derrière la pénurie actuelle apparaît moins un manque absolu de gaz qu’une crise de paiement, de répartition et de contrôle d’un marché pourtant lourdement subventionné par l’État.

Boris Bertolt