Actualités of Thursday, 24 September 2026

Source: www.camerounweb.com

A Kumba, une population prise en étau entre l'armée, les indics et des groupes armés qui ont perdu sa confiance

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Au-delà du récit des combats et des attaques, une enquête de Jeune Afrique dresse le portrait d'une population civile de Kumba prise dans un système de surveillance et de défiance généralisée, où la moindre parole peut devenir dangereuse.

Une ville quadrillée par des réseaux d'informateurs rivaux

Selon Jeune Afrique, la présence de blindés de la gendarmerie et du Bataillon d'intervention rapide dans le centre-ville a fait taire les débats aux relents sécessionnistes qui animaient autrefois les conversations. Un témoin cité par l'enquête, propriétaire d'un bar local, résume la situation en quelques mots : la ville serait « truffée d'indics », qu'ils appartiennent aux services de renseignement de l'armée ou aux réseaux des groupes ambazoniens eux-mêmes — rendant risqué le moindre commentaire sur des sujets controversés.

Un soutien populaire qui s'est progressivement effondré

Jeune Afrique documente l'érosion spectaculaire de la sympathie initialement accordée aux combattants séparatistes, en raison de la multiplication des enlèvements et des assassinats visant les civils eux-mêmes. L'enquête cite en exemple l'incendie ayant ravagé une partie de l'hôpital de Kumba en février 2019, ayant coûté la vie à quatre personnes et attribué par le gouvernement aux « rebelles sécessionnistes » — un événement qui a contribué à faire émerger des groupes d'auto-défense locaux, formés pour épauler les militaires dans la lutte contre ce que l'enquête qualifie, selon une source sécuritaire citée, de « bandits qui veulent tirer profit de la situation pour se faire de l'argent à travers des kidnappings avec rançons ».

Les bavures de l'armée, un autre facteur de défiance

Mais Jeune Afrique se garde de dresser un tableau à sens unique : l'enquête rapporte également des accusations de bavures militaires, citant le cas du meurtre, en août 2018, du pasteur Tom, un évangéliste réputé confondu avec un sécessionniste. Un journaliste local anonyme cité par l'enquête estime que ce type d'incident continue d'alimenter une défiance profonde envers l'armée, compliquant d'autant la collaboration entre les populations et les forces de défense censées les protéger.

Une population prise entre deux feux, sans échappatoire simple

Ce que cette cartographie de la défiance, établie par Jeune Afrique, met en évidence, c'est la position intenable dans laquelle se trouve la population de Kumba : suspectée par l'armée de sympathies séparatistes, menacée par des groupes armés de plus en plus violents envers les civils qu'ils prétendaient pourtant défendre, et confrontée aux propres excès des forces censées la protéger — un enchevêtrement de méfiances qui explique, mieux que tout discours politique, l'aspiration profonde à la paix qui traverse aujourd'hui la ville.