Actualités of Saturday, 19 September 2026

Source: www.camerounweb.com

Affaire martinez Zogo : graves révélations et fin d’audition plutôt confortable du colonel Jean Pierre Otoulou

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L'audition du colonel Jean-Pierre Otoulou, 34e témoin de l'accusation dans l'affaire Martinez Zogo, s'est achevée ce 14 septembre 2026 sur un goût d'inachevé. En deux mois et demi de déposition, l'ancien patron de la Légion de gendarmerie du Centre aura passé l'essentiel de son temps à rejeter sur le commissaire du gouvernement les manquements de l'enquête préliminaire. Mais la confrontation tant attendue entre le témoin et le ministère public n'a jamais eu lieu : la mutation précipitée du lieutenant-colonel Cerlin Belinga, le 31 août 2026, en pleine audience, a privé le tribunal de cette reexamination décisive. Résultat : trente minutes d'échanges laconiques, contre six heures d'examination in chief. Entre-temps, des révélations troublantes ont émergé : une salle de monitoring « désossée » à la DGRE, des véhicules aux fausses plaques suivant Martinez Zogo, un « projet de coup d'État » évoqué dans une salle de fêtes, et un téléphone de Justin Danwé placé sous surveillance à distance avant, pendant et après l'opération. Le dossier Zogo n'a pas fini de livrer ses secrets.





AFFAIRE MARTINEZ ZOGO : GRAVES RÉVÉLATIONS ET FIN D’AUDITION PLUTÔT CONFORTABLE DU COLONEL JEAN PIERRE OTOULOU… Par MOUSSA NJOYA.
« Le 14 juillet 2026 s’ouvrait une autre audience de l’affaire Martinez Zogo, et consacrée à la suite des auditions du 34e témoin, en la personne du colonel Jean pierre Otoulou.
𝐏𝐚𝐬 𝐝𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐟𝐫𝐨𝐧𝐭𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐁𝐫𝐮𝐧𝐨 𝐁𝐢𝐝𝐣𝐚𝐧𝐠 𝐞𝐭 𝐏𝐚𝐮𝐥 𝐃𝐚𝐢𝐳𝐲 𝐁𝐢𝐲𝐚
Depuis le début de son audition, le colonel Jean Pierre Otolou a toujours fait savoir que ce qui l’avait poussé à faire interpeller et faire détenir Bruno Bidjang, c’est le message qu’il avait adressé au journaliste Paul Daizy Biya, et dans lequel il faisait savoir que « le jour j, nous serons sans pitié ».
Après avoir établi que c’est Paul Daizy Biya qui avait été l’initiateur de ladite discussion, il est ressorti de la cross examination menée par Bruno Bidjang qui a ouvert cette audience que non seulement il a été entendu en tout et pour tout une seule fois durant toute l’enquête préliminaire menée par la commission mixte d’enquête, mais qu’en plus, il n’a jamais été confronté à Paul Daizy Biya.
La question que toute personne serait alors en droit de se poser est celle de savoir, comment peut-on interpeller et inculper une personne sur la base des échanges qu’il aurait eu avec une autre personne, qui plus est le dénonciateur, sans jamais les confronter, ceci pour saisir l’essence et le sens de leurs propos. Ceci est d’autant plus important que Paul Daizy Biya lui-même a été auditionné par la commission d’enquête mixte. Pourquoi n’avoir profité pour les confronter ?
La nécessité de cette confrontation devient davantage cruciale lorsqu’on prend en considération le fait que Paul Daizy Biya avait déclaré lui-même devant le tribunal, lors de son audition en tant que témoin, qu’il ne pensait absolument pas que les propos de Bruno Bidjang faisaient allusion à une quelconque volonté de donner la mort à Martinez Zogo ; mais que sa démarche visait plutôt à éviter la prison à Martinez pour une deuxième fois. Cette confrontation aurait alors permis de savoir pourquoi est-ce malgré cette « conviction », il était allé dénoncer Bruno Bidjang chez le Lieutenant-colonel Bialo.
𝐏𝐚𝐬 𝐝’𝐢𝐧𝐟𝐢𝐥𝐭𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐢𝐬𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐝’𝐞𝐧𝐪𝐮𝐞̂𝐭𝐞 𝐦𝐢𝐱𝐭𝐞
Contrairement à ce qu’a affirmé Me Calvin Job, l’un des avocats de la partie civile, sur les antennes de la radio RFI, à aucun moment il n’a été établi devant la barre que Bruno Bidjang avait infiltré la commission d’enquête mixte. La raison étant simple : lorsque celle-ci est mise sur pieds, il était déjà en détention et son téléphone sous scellé.
Cependant, le colonel Otoulou lors de son audition à fait savoir que l’un des « indices » qui l’avait déterminé à la mettre Bruno Budjang en détention, c’est que lors de la fouille de son téléphone pour vérifier la conversation qu’il avait eue avec Paul Daizy Biya, il avait aussi constaté que Bruno Bidjang était en train « d’épier les enquêteurs » de l’affaire Martinez Zogo. Ce qui voudrait dire qu’il avait des choses à se reprocher.
Et justement, le passage de l’expert Bell devant le tribunal a révélé qu’avant l’arrestation de Jean Pierre Amougou Belinga, Bruno Bidjang et certains collègues avaient créé un groupe WhatsApp dénommé « Task Force », et dans lequel ils s’échangeaient les informations et essayaient de vérifier les rumeurs quant à l’éventualité de l’interpellation de leur patron. C’est ainsi que l’un d’eux avait fait savoir qu’il avait rencontré le colonel Samnick, l’ancien chef de division adjoint de la SEMIL, ainsi qu’un haut responsable de la police judiciaire.
Mais des échanges entre Bruno Bidjang et Jean Pierre Otoulou, il en est ressorti que ce n’est pas Bruno Bidjang qui avait rencontré ces hauts responsables de la police et de la SEMIL, mais plutôt l’un de ses collègues. En plus, le colonel Jean Pierre Otoulou n’a jamais cherché à savoir quel était les liens entre les membres de ce groupe WhatsApp. Ce qui est pour le moins problématique venant d’un enquêteur de ce niveau.
𝐔𝐧𝐞 𝐬𝐚𝐥𝐥𝐞 𝐝’𝐞𝐧𝐫𝐞𝐠𝐢𝐬𝐭𝐫𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐞́𝐬𝐨𝐬𝐬𝐞́𝐞 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐃𝐆𝐑𝐄
Lors de son passage pour la cross examination du témoin, le Lieutenant-colonel Justin Danwé a opté pour une stratégie en bien de points semblable à celle qu’avait utilisée Jean Pierre Amougou Belinga, en posant essentiellement des questions rhétoriques. Ce qui a fait en sorte que l’essentiel des réponses du colonel J Jean Pierre Otoulou était soit « 𝐽𝑒 𝑛’𝑎𝑖 𝑝𝑎𝑠 𝑑’𝑒́𝑙𝑒́𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑑𝑒 𝑟𝑒́𝑝𝑜𝑛𝑠𝑒 », soit « 𝑗𝑒 𝑛’𝑒́𝑡𝑎𝑖𝑠 𝑝𝑎𝑠 𝑎𝑢 𝑐𝑜𝑢𝑟𝑎𝑛𝑡 », soit « 𝑗𝑒 𝑚’𝑒𝑛 𝑟𝑒𝑚𝑒𝑡𝑠 𝑎̀ 𝑙’𝑎𝑝𝑝𝑟𝑒́𝑐𝑖𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑑𝑢 𝑡𝑟𝑖𝑏𝑢𝑛𝑎𝑙 ». Et ce souvent avec raison, car dans bien de cas, il s’agissait des questions d’opinion.
Qu’à cela ne tienne, lors des échanges il est apparu que lors de la descente du juge d’instruction Ndzié Pierrot à la DGRE, il avait été constaté que la salle de monitoring des cameras de la DGRE qui se trouvait au cabinet du DG Eko Eko avait été « désossée ». Et que pour cela le responsable de ladite salle était sous le coup d’une enquête pour « destruction des preuves ».
𝐉𝐮𝐬𝐭𝐢𝐧 𝐃𝐚𝐧𝐰𝐞́ 𝐦𝐚𝐢𝐧𝐭𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐬𝐞𝐬 𝐭𝐫𝐨𝐢𝐬 𝐥𝐢𝐠𝐧𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐝𝐞́𝐟𝐞𝐧𝐬𝐞
Ceci a conduit le Lieutenant-colonel Justin Danwé à maintenir grosso modo ses trois lignes de défense, à savoir :
1- Le DG Eko Eko était au courant de l’opération, car les préparatifs se sont faits dans les locaux de la « salle des opérations » qui était sous vidéosurveillance, et que par ailleurs Madame Moudié de la Division de la surveillance électronique avait fait savoir à certains collègues avant l’interpellation de Danwé que Martinez avait été enlevé, sans l’aval du « patron ».
2- C’est Amougou Belinga qui a financé l’opération lors de leurs différentes rencontres à son domicile et dans ses bureaux. Cependant, il fera aussi savoir qu’en allant rencontrer Amougou Belinga à son domicile le 29 décembre 2022, il avait déjà reçu l’ordre de mission de Maxime Eko. Toute chose qui ébranle quelque peu sa théorie, si l’on s’en tient à ses déclarations antérieures, dans lesquelles il faisait savoir que c’est Amougou Belinga qui avait pris l’initiative de la mission, en contrepartie de l’avance solde de 25 millions qu’il sollicitait du ministère des Finances. Bien plus, dans une autre version, il dit que l’opération a été financée par les « fonds de fonctionnement » de la DGRE. (Bref, je reviendrai sur les différentes versions de Justin Danwé sur les commanditaires de cette affaire).
3- Il y a eu un second commando qui a achevé Martinez Zogo, avant de venir déposer le corps là où il a été découvert. S’appuyant sur le fait que selon les méthodes d’opération de la DGRE, ils ne peuvent pas tu.er une personnalité comme Martinez Zogo et laisser son corps à découvert sur une piste champêtre très fréquentée ; et que le médecin légiste avait aussi déclaré devant la barre que le lieu où le corps de Martinez Zogo avait été découvert était juste « une scène secondaire de crime », c’est-à-dire qu’il avait été tu.é et gardé ailleurs pendant des jours, avant qu’on ne vienne l’y déposer. Une version aussi confirmée par le chef du village d’Ebogo III.
𝐋𝐞 𝐭𝐞́𝐥𝐞́𝐩𝐡𝐨𝐧𝐞 𝐝𝐞 𝐃𝐚𝐧𝐰𝐞́ 𝐬𝐨𝐮𝐬 𝐬𝐮𝐫𝐯𝐞𝐢𝐥𝐥𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐚̀ 𝐝𝐢𝐬𝐭𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐚𝐯𝐚𝐧𝐭, 𝐩𝐞𝐧𝐝𝐚𝐧𝐭 𝐞𝐭 𝐚𝐩𝐫𝐞̀𝐬 𝐥’𝐨𝐩𝐞́𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧
Bien plus le principe d’un second commando avait été évoquée par le Colonel Jean Pierre Otoulou lui-même dans son avant dernier rapport d’enquête.
Le Lieutenant-colonel Justin Danwé est d’autant persuadé de l’existence d’un second commando qu’il va faire savoir au tribunal que le 08 février 2023, lors d’une de ses auditions, les enquêteurs lui ont fait savoir qu’ils ont découvert que son téléphone était « surveillé à distance » par des inconnus, avant, pendant et après l’opération.
Pour Justin Danwé, ce sont surement ces personnes qui sont à la base de la coupure ciblée de la connexion internet dans le groupe WhatsApp des membres du commando entre 21h et 23h le jour de l’opération.
À la question de Danwé de savoir pourquoi le colonel Jean Pierre Otoulou n’avait pas cherché à creuser pour connaitre les auteurs de cette « surveillance à distance » et de cette coupure de connexion, le Colégion du Littoral a fait savoir qu’il n’avait pas jugé cela important.
Et pourtant lui-même avait déclaré dans son rapport que cette coupure d’internet était probablement l’œuvre d’une « intervention hautement qualifiée » !
𝐃’𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞𝐬 𝐯𝐞́𝐡𝐢𝐜𝐮𝐥𝐞𝐬 𝐧𝐨𝐧 𝐢𝐝𝐞𝐧𝐭𝐢𝐟𝐢𝐞́𝐬 𝐬𝐮𝐢𝐯𝐚𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐌𝐚𝐫𝐭𝐢𝐧𝐞𝐳 𝐙𝐨𝐠𝐨
Lors de la cross examination menée par le Maréchal de logis Tongue Nana, l’agent de la « Liaison clandestine » (LICLAN) qui dirigeait l’équipe de filature de Martinez Zogo, il a fait savoir au tribunal que durant les jours qu’ils filaient l’animateur d’Amplitude FM pour connaitre ses habitudes, ils avaient constaté qu’il y avait d’autres véhicules banalisés qui le suivaient constamment.
Ils avaient alors filmé lesdits véhicules et avaient envoyé les images de plaques d’immatriculation aux services du ministère des Transport, afin d’identifier leurs propriétaires. Les services des Transports leur auraient en retour fait savoir que toutes ces plaques étaient fausses, et ne renvoyaient à aucun véhicule immatriculé au Cameroun.
La question est alors : quelle branche de l’armée camerounaise a l’habitude de l’usage des « double plaques » d’immatriculation ?
𝐔𝐧 𝐜𝐨𝐮𝐩 𝐝’𝐄́𝐭𝐚𝐭 𝐞𝐧 𝐩𝐫𝐞́𝐩𝐚𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐞𝐧𝐜𝐨𝐫𝐞 𝐞́𝐯𝐨𝐪𝐮𝐞́ !
Le même Nana Tongue a fait savoir au tribunal que durant la même période de filature, ils avaient infiltré la salle de fêtes jouxtant la radio Amplitude Fm, et dans laquelle Martinez Zogo avait l’habitude de recevoir des amis et connaissances.
Et lors d’une discussion entre Martinez Zogo et certains hommes, ainsi que deux « jolies femmes », les éléments de la DGRE les auraient entendu parler d’un « projet de coup d’État » à implémenter à l’occasion d’une pénurie de carburant. Et pour cela, ceux-ci avaient promis à l’animateur radio de lui apporter des documents en provenance de la présidence de la République, et de lui faire parvenir des images des « bureaux saccagés et abandonnés » de la Présidence.
Les agents de la DGRE auraient filmé ces messieurs et dames, et auraient fait un rapport à Justin Danwé, qui est resté sans suite.
Cette révélation est très importante dans la mesure où d’autres sources font état de ce que le rapport de Maxime Eko sur une conspiration de coup d’État orchestré par des « plus proches collaborateurs » du président de la République, et qu’il a déposé juste la veille de son arrestation, portait sur « les présomptions de prise de contrôle des segments économiques et administratives sensibles dans la vie nationale et leur impact sur la sécurité de l’État ».
Par ailleurs, il convient de rappeler que c’est à la suite d’un appel des populations à « se défendre », à descendre dans la rue, suite à l’augmentation des prix du carburant, dans un contexte de pénurie, que Bruno Bidjang avait été interpellé en février 2024, et condamné plus tard par le tribunal militaire à 6 mois d’emprisonnement ferme pour « propagation de fausses nouvelles ».
𝐔𝐧𝐞 𝐫𝐞𝐞𝐱𝐚𝐦𝐢𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐪𝐮𝐚𝐬𝐢-𝐢𝐧𝐞𝐱𝐢𝐬𝐭𝐚𝐧𝐭𝐞 !
Durant les deux mois et demi qu’aura duré son passage devant le tribunal, le colonel Jean Pierre Otoulou avait passé le clair de son temps à rejeter sur le commissaire du gouvernement la quasi-totalité de ses manquements lors de l’enquête préliminaire, notamment celle menée dans le cadre de la commission d’enquête mixte police-gendarmerie.
L’assistance attendait alors avec impatience la reexamination au cours de laquelle le témoin devant affronter une nouvelle fois le commissaire du gouvernement, pour apporter les preuves de ses allégations.
Mais du fait de la mutation du Lieutenant-colonel Cerlin Belinga, la « bataille » tant attendue n’a plus eu lieu. Nombre d’observateurs estimant même que le débarquement brusque de Cerlin Belinga le 31 aout 2026, en pleine audience, visait justement à éviter cette nouvelle confrontation avec le 34e témoin ; surtout eu égard au déroulement de l’examination in chief, qui avait été pour le moins très inconfortable pour le colonel Jean Pierre Otoulou, qui en était sorti totalement déboussolé.
Ainsi, avec l’arrivée du Lieutenant-colonel Atemengue, l’on a eu droit à une reexamination quasiment inexistante, au cours de laquelle ses substituts (qui avaient pourtant été très offensifs lors de l’examination in chief) et lui se sont limités à quelques questions laconiques visant juste à permettre au colonel Jean Pierre Otoulou de confirmer ses « indices » qui l’ont conduit à l’interpellation de Justin Danwé, des membres du commando, de Amougou Belinga, de Maxime Eko et de Bruno Bidjang.
En guise de comparaison : alors que l’examination in chief du parquet mené par le Lieutenant-colonel Cerlin Belinga avait mis près de 6 heures de temps, la reexamination menée par le Lieutenant-colonel Atemengue aura fait peine… 30 minutes !»
Ainsi va la République