Dans l'affaire Fouda-Mbapou, un nom revient avec insistance sans jamais être suivi de poursuites : celui de Nyandjock Judith Marionne, nièce de la Première Dame Chantal Biya et employée à la Présidence de la République. Selon des documents judiciaires, elle aurait reconnu avoir reçu 17 millions de FCFA du homme d'affaires Jean Gakam pour faciliter une audience avec la Première Dame et le SGPR Ferdinand Ngoh Ngoh. Pourtant, alors que d'autres protagonistes sont détenus, convoqués ou visés par des mandats d'arrêt, Nyandjock reste intouchable.
L'affaire qui oppose le vice-amiral Joseph Fouda à Hervé Parfait Mbapou et consorts secoue les hautes sphères du pouvoir camerounais depuis 2024. Au cœur des accusations : l'usurpation de l'identité et du titre du conseiller spécial du président Paul Biya, utilisée pour extorquer des sommes importantes à des hommes d'affaires et des personnalités politiques en échange d'une prétendue « protection institutionnelle ».
Mais un nom, dans ce dossier, brille par son absence dans les actes de procédure.
Selon les éléments du dossier, Nyandjock Judith Marionne aurait formellement reconnu sa participation aux faits lors de ses auditions. Elle aurait avoué avoir reçu M. Jean Gakam à la résidence de la Première Dame Chantal Biya, située à proximité de l'ambassade des États-Unis au quartier Golf-Bastos à Yaoundé, en présence et accompagné de MM. Alain Ekassi, Kelly Ndalle et Serge Bidima .
Jean Gakam lui aurait versé une somme de 17 millions de francs CFA afin qu'elle facilite une audience avec la Première Dame et le ministre d'État, secrétaire général de la Présidence de la République, M. Ferdinand Ngoh Ngoh, en vue d'obtenir une protection institutionnelle. Cette somme aurait été répartie comme suit : 2 millions de francs CFA pour la logistique (le carburant) de ses accompagnateurs, et 15 millions de francs CFA directement empochés par Nyandjock Judith Marionne à titre de commission personnelle .
L'absence de poursuites contre Nyandjock s'explique par un faisceau de protections qui remontent au sommet de l'État. La mise en cause est directement liée à la Première Dame, dont elle est la nièce. Mais les ramifications sont plus profondes.
Nyandjock est originaire du Sud-Nkam, dans la région de l'Ouest, tout comme le président Paul Biya lui-même. Son père, Évariste Medoulou, a été pendant des années le régisseur du domaine agricole présidentiel. Sa mère, Jeanne, est présentée comme la lingère personnelle de Chantal Biya. Un de ses cousins, Cléopas Medoulou Mengolo, est sous-directeur chargé des finances à la Présidence de la République. Un autre membre de la famille, le colonel Évina Ndou, occupe le poste de chef adjoint de la sécurité présidentielle. Le colonel Jean Alain Ndongo, commandant de la Légion de gendarmerie du Centre, qui a supervisé les premières investigations avant de libérer Nyandjock après son audition, est également issu de la même région .
Ce maillage explique pourquoi les enquêteurs ont rapidement refermé la piste menant à Nyandjock, malgré ses aveux présumés.
Selon plusieurs sources concordantes, la Première Dame Chantal Biya aurait personnellement intercédé pour empêcher la mise en cause de sa nièce. En septembre 2024, Nyandjock aurait été brièvement détenue à la prison de Kondengui. Sa libération aurait été obtenue grâce à l'intervention directe de la Première Dame auprès des plus hautes autorités judiciaires.
Cette séquence aurait également précipité la disgrâce temporaire du vice-amiral Joseph Fouda. Lors d'un séjour à Genève, en Suisse, Chantal Biya aurait exigé de Fouda qu'il fasse libérer Nyandjock. Devant son refus, elle aurait obtenu son rappel à Yaoundé et la réduction drastique de ses prérogatives .
« Je ne serai jamais votre moins chère »
Face à ce qu'elle considère comme une justice à deux vitesses, le Dr Olive Ngobo Elok, elle-même poursuivie dans ce dossier, a adressé une interpellation directe à la magistrate instructeur. « Mme Nyandjock Judith Marionne, nièce de la Première Dame, pourtant directement mise en cause dans l'affaire, a-t-elle fait l'objet d'un mandat d'arrêt ou subi le moindre harcèlement judiciaire depuis notre libération en 2024 ? Ou existe-t-il, au sein de notre République, des citoyens au-dessus des lois et plus Camerounais que d'autres ? » s'interroge-t-elle.
Le Dr Ngobo rappelle qu'elle n'a « jamais rencontré ni échangé avec M. Jean Gakam » et dénonce une « acharnement » sur sa personne alors que « les véritables bénéficiaires de ces transactions restent impunis » .
Selon elle, la résidence de la Première Dame à Bastos aurait également servi de « lieu d'extorsion et d'escroquerie ».
Une question devenue centrale
L'affaire Nyandjock pose une question qui dépasse le cadre judiciaire : dans un pays qui poursuit avec zèle les auteurs présumés d'escroquerie, comment expliquer que la nièce de la Première Dame, dont les aveux sont consignés dans les procès-verbaux, ne soit jamais inquiétée ?
Pour le Dr Ngobo, la réponse est claire : « Si vous vous révélez incapables d'assumer la charge de votre mission, de faire toute la lumière sur le rôle exact du vice-amiral Joseph Fouda dans l'usurpation de son nom, de son titre et de ses fonctions, et de faire triompher la vérité stricte des faits, alors clôturez sans délai ce dossier et cessez d'asphyxier et d'empoisonner la vie de citoyens innocents ».
Sollicités pour réagir, ni la Présidence de la République ni l'entourage de la Première Dame n'ont souhaité s'exprimer. Nyandjock Judith Marionne n'a pas non plus répondu aux sollicitations de la presse.









