L’on assiste à une rivalité entre Nathalie Moudiki et Louis-Paul Motazé autour de deux projets de raffinerie au Cameroun : C-STAR à Kribi et la reconstruction-modernisation de la SONARA à Limbé. Une alliance de circonstance entre Louis-Paul Motazé et Ferdinand Ngoh Ngoh vient de se créer pour soutenir le projet de Limbé, face à l’initiative portée par Nathalie Moudiki à Kribi.
LA GUERRE EST DECLARÉE ENTRE NATHALIE MOUDIKI ET LOUIS PAUL MOTAZE
Au bout du bout, Madame Moudiki aura donc sa raffinerie à Kribi et Louis-Paul MOTAZE la sienne à Limbé : chacun trouvera son argent pour la construire, chacun établira ses alliances, chacun vendra son pétrole et à la fin, le Cameroun seul sera perdant. Les survivants viendront arranger le pays, avait dit un homme politique.
C’est en quelque sorte l’artillerie lourde que Louis-Paul Motaze, Ministre en charge des finances, a déployée le 29 juin dernier au Yaoundé Hilton, à l’occasion de la cérémonie de présentation du projet de reconstruction et de modernisation de l’usine SONARA de Limbé au groupe d’investisseurs et partenaires potentiellement intéressés. En tout, quatre Ministres en dehors de lui-même, en plus du Représentant du Secrétaire général de la Présidence, venu clairement apporter son soutien à l’initiative.
Présence en rang serrés donc de tous ces hommes venus faire front non pas nécessairement en faveur d’une usine de Limbé aux contours financiers et industriels somme toute encore assez flous, mais d’une certaine façon aussi contre l’architecture proposée à 350 Km d’ici, dans la cité balnéaire de Kribi, par une dame qui a, de façon subreptice, fini par prendre le contrôle de la Société nationale des hydrocarbures et qui se nomme Nathalie Moudiki. Laquelle Femme, lancée en roue libre, a mijoté un projet concurrent à celui de la SONARA et portant à la construction d’une autre raffinerie à Kribi, sous le nom de C-STAR. Deux projets sur la même temporalité, dans le même pays et présumément portés par le même gouvernement, mais aux ingénieries de financement opposées.
A Kribi donc, 120 milliards déjà posés sur la table par une banque commerciale, alors que Limbé s’appuie sur un partenariat public-privé.
Une différence qui n’est donc pas que méthodologique, mais aussi celle de deux camps qui s’opposent au plan stratégique et donc, politique. La raffinerie C-STAR qui est portée en solo par une Femme dont beaucoup se demandent d’où elle reçoit ses ordres et donc, sa force ; et la raffinerie de Limbé qui s’affiche davantage comme le reflet de la vieille garde du gouvernement. Dans le cas d’espèce, Nathalie Moudiki contre Louis-Paul Motaze.
Lequel Ministre des Finances s’est, à l’occasion rabiboché avec Ferdinand Ngoh Ngoh avec qui les relations sont notoirement fraîches, afin de faire front commun contre cette Dame qui a jusqu’à présent eu l’outrecuidance de continuellement humilier le Secrétaire général de la Présidence. Lequel, pourtant, occupe nominalement le poste de président du Conseil d’administration de la SNH.
Alliance de circonstance donc entre Messieurs Motaze et Ngoh Ngoh, qui justifie la présence de cet homme à la cérémonie du Hilton, mais aussi, les mots utilisés par le Ministre des Finances pour décrire la démarche de présentation et de valorisation de ce projet SONARA.
Dans le chaos institutionnel et politique né de l’absence d’un chef à la tête de l’Etat et de la paralysie qui en découle, de tout le système de partage d’information et de délibération autour de certaines décisions critiques, chacun se trouve donc à devoir mobiliser les coalitions qu’il peut pour faire avancer son propre agenda.
A Nathalie Moudiki de s’appuyer sur sa relation privilégiée avec la Première Dame et à Louis-Paul Motaze de devoir prendre pied sur sa position charismatique au sein du gouvernement – en tant qu’argentier national – afin de faire contre-pied à l’autre camp.
En trame de tout cet ensemble, la guerre de succession à cet homme de grand âge, sur la tête de qui volent désormais toutes les flèches, sans qu’aucun des combattants ne soit cependant jamais en mesure de l’emporter totalement. Au bout du bout, Madame Moudiki aura donc sa raffinerie à Kribi et Louis-Paul Motaze la sienne à Limbé. Chacun trouvera son argent pour la construire, chacun établira ses alliances, chacun vendra son pétrole et à la fin, le Cameroun seul sera perdant. Les survivants viendront arranger le pays, avait dit un homme politique.
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