Un an après la disparition de l’activiste Hadja Haoua, le dossier refait surface. Dans une correspondance adressée le 14 septembre 2026 à Paul Biya, Hassana Tchiroma, président de l’Association pour la Défense des Droits des Opprimés (ADDO) et frère cadet d’Issa Tchiroma Bakary, dénonce un « kidnapping d’État » et réclame des réponses sur le sort d’une femme dont la trace s’est perdue depuis l’été 2025.
Le 23 juillet 2025, la vie publique d’Hadja Haoua Aboubakar s’arrête net. Ce jour-là, un « Message Radio Porté » signé du Lieutenant-Colonel Dieudonné Bialo ordonne une interdiction de sortie du territoire et des recherches actives à Yaoundé, Douala et Maroua. Motif invoqué : « appels à l’insurrection » . Depuis, plus rien. Aucun communiqué officiel. Aucune preuve de vie. Aucune information judiciaire .
Un courrier qui lève le voile sur une impasse judiciaire
Dans sa lettre à Paul Biya, Hassana Tchiroma écrit avoir longtemps hésité avant de saisir le chef de l’État. « Nous sommes restés longtemps dans l’impasse, dans le silence assourdissant », confie-t-il . Il pointe du doigt une autorité « très haut perchée, très bien placée dans les arcanes du pouvoir, insensible aux soubresauts de l’appareil judiciaire » .
L’auteur reconnaît que Hadja Haoua a tenu des propos virulents contre plusieurs personnalités de l’État. Ancienne épouse de Jean-Pierre Amougou Belinga et militante de longue date du RDPC, elle avait largement commenté les coulisses du pouvoir dans des vidéos diffusées avant la présidentielle de 2025 . Elle s’en était notamment prise à Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la Présidence, l’accusant de « prendre Paul Biya en otage » .
Mais pour Hassana Tchiroma, ces déclarations, aussi controversées soient-elles, ne sauraient justifier une disparition. « Serait-elle coupable d’un délit quelconque pour avoir tenu un langage ordurier et des propos téméraires à l’endroit de ses vis-à-vis ? » interroge-t-il, avant d’ajouter : « Ainsi se manifeste la cour dans un État de droit » .
Au fil des mois, plusieurs versions ont circulé sur le sort de l’activiste. Des informations non confirmées, publiées en mai 2026, évoquaient une arrestation, une détention au Secrétariat d’État à la Défense (SED), des tortures, puis une libération et un exil au Tchad . Contactée, l’ADDO n’a pas confirmé cette version. Aucune de ces informations n’a pu être vérifiée de manière indépendante .
Le SED n’a jamais communiqué sur une éventuelle détention. Aucune plainte visible de la famille directe n’a été rendue publique. Le parquet de Yaoundé est resté silencieux .
Dans son courrier, l’ADDO établit un parallèle avec d’autres affaires qui ont marqué le Cameroun. « L’enquête ouverte est désormais un terme usité chaque fois pour la clôturer définitivement ce jour même, pour ranger les dossiers compromettants dans les placards de l’indulgence condamnable et l’impunité abjecte », écrit l’association . Elle évoque le « syndrome » des disparitions jamais élucidées, citant les précédents de Martinez Zogo et Samuel Wazizi .
L’ADDO demande à Paul Biya, en sa qualité de président du Conseil supérieur de la magistrature, de « dissiper le brouillard de l’arbitraire » . « Ses parents, ami(e)s et connaissances ont le droit de savoir tout de même sous quel toit réside leur fille, quelle est la sentence retenue contre elle et pourquoi », insiste le courrier .
Depuis le 14 septembre 2026, aucune réponse publique n’a été apportée à cette correspondance. Une question demeure, lancinante : où est Hadja Haoua ? La lettre de l’ADDO est un document politique, émanant d’une organisation de défense des droits humains et non d’une instance judiciaire. Ses accusations relèvent de la dénonciation, pas d’un constat établi . Mais elle pose une exigence minimale dans un État de droit : qu’une famille sache ce qu’il est advenu de l’un des siens.









