Les révélations du colonel Bialo ont semblé être une bombe à gros impact au tribunal militaire lorsqu'elles ont été faites. Mardi le 15 septembre, lorsque les mots ont été lâchés, l'atmosphère était devenue lourde et électrique dans la salle d'audience. Alors que le procès sur l'assassinat barbare du journaliste Martinez Zogo entre dans une phase cruciale, le témoignage de ce haut gradé à la barre met en cause Mélissa Amougou Belinga.
Dieudonné Bialo a formellement validé un scénario digne d'un film de cartel : la destruction délibérée d'une preuve capitale par l'épouse du magnat de la presse, Jean-Pierre Amougou Belinga. Il s'agit du téléphone désormais appelé le « téléphone de l'horreur ».
Les déclarations du colonel devant l'assistance pointent du doigt la réalité selon laquelle un appareil, contenant la vidéo insoutenable des tortures infligées à l'animateur radio Martinez Zogo avant son exécution en janvier 2023, a été extrait du lot des preuves pouvant aider les enquêteurs à savoir qui a fait quoi, comment et pourquoi. Bialo parle de la séquence macabre que le lieutenant-colonel Justin Danwe, chef du commando et de la mission d'assassinat gérée depuis les bureaux de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE), avait lui-même transférée directement sur le téléphone d'Amougou Belinga pour rendre compte de l'opération.
Alors que les enquêteurs du Service central des recherches judiciaires de la gendarmerie nationale (SCRJ) tentaient de mettre la main sur ce terminal crucial, une opération d'effacement des traces se jouait en coulisses. Paniquée après avoir été minutieusement briefée, Mélissa Amougou Belinga aurait intercepté le précieux smartphone afin de soustraire son époux à une preuve irréfutable, a glissé le témoin.
Pour s'en débarrasser définitivement, elle aurait profité d'un passage au complexe de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) à Yaoundé. C'est dans l'anonymat des toilettes de cette institution financière que l'appareil aurait été méthodiquement détruit, puis jeté dans les conduits d'évacuation. Un acte qui est qualifié de sabotage majeur par les avocats de la partie civile, qui dénoncent l'obstruction systématique à la manifestation de la vérité depuis le début de l'enquête.
Le procès dans l'affaire Martinez Zogo est sous haute tension depuis des mois. La nouvelle déposition change donc radicalement la donne. Si la diffusion d'extraits de la vidéo de torture en juin dernier avait déjà plongé le tribunal dans la stupeur, la confirmation officielle de la destruction de l'iPhone par un membre du premier cercle familial d'Amougou Belinga fragilise considérablement la ligne de défense des accusés.
Jusqu'à aujourd'hui, le mystère reste entier sur d'éventuelles complicités internes qui auraient permis à l'épouse du suspect de devancer la justice. Ce dont tout le monde est convaincu, c'est que les révélations ne sont pas à leur terme dans cette affaire qui tient tout le Cameroun en haleine.









