Soldats, gendarmes, policiers, éléments du BIR : depuis près de dix ans, les forces camerounaises paient un lourd tribut à la guerre dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Certaines sources avancent aujourd'hui un bilan proche de 1 800 morts. Mais derrière ce chiffre spectaculaire se cache une difficulté majeure : l'État n'a pas publié récemment de bilan officiel consolidé permettant de le confirmer.
Tout commence en 2016 par les revendications d'avocats et d'enseignants anglophones. La crise politique se transforme progressivement en insurrection armée, avec l'apparition de groupes séparatistes réclamant l'indépendance des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Les affrontements avec les forces gouvernementales s'intensifient à partir de 2017.
Les premiers chiffres donnent rapidement la mesure du coût humain pour les forces de sécurité.
En juin 2018, un bilan gouvernemental faisait état de 84 membres des forces de défense et de sécurité tués : 32 militaires, 42 gendarmes, 7 policiers, 2 gardiens de prison et un éco-garde.
Quelques mois plus tard, International Crisis Group estimait déjà à près de 200 le nombre de soldats, gendarmes et policiers tués, auxquels s'ajoutaient environ 300 blessés.
De 84 morts à une estimation de 800 à 1 000 en moins de deux ans
La progression est brutale.
En février 2020, The New Humanitarian rapportait une estimation comprise entre 800 et 1 000 membres des forces gouvernementales tués depuis le début du conflit.
Et la guerre ne s'est évidemment pas arrêtée en 2020.
Les années suivantes sont marquées par des embuscades, attaques contre des postes de sécurité et surtout par l'utilisation d'engins explosifs improvisés, qui deviennent l'une des armes privilégiées de certains groupes séparatistes.
Des soldats et gendarmes continuent ainsi de mourir chaque année dans les deux régions.
Le conflit reste meurtrier en 2025. Le 5 septembre 2025, par exemple, une bombe placée en bordure de route près de Malende, dans le Sud-Ouest, tue sept militaires camerounais. L'attaque est revendiquée par les Fako Unity Warriors. Au moment où Associated Press rapporte les faits, l'armée camerounaise n'a pas encore communiqué officiellement sur cette attaque.
D'autres attaques ont encore été rapportées au cours de la même année, notamment dans le Nord-Ouest. Amnesty International constate que les affrontements entre forces gouvernementales et groupes séparatistes se poursuivent.
Des décomptes circulant actuellement avancent près de 1 800 membres des forces de défense et de sécurité tués depuis le début de la crise.
Ce chiffre est plausible au regard du niveau de pertes déjà estimé en 2020 et de la poursuite des attaques pendant les six années suivantes. Mais il ne peut pas, en l'état des informations publiques disponibles, être présenté comme un bilan officiel du gouvernement camerounais.
Nous disposons d'un bilan gouvernemental précis pour 2018. Nous disposons ensuite d'estimations indépendantes faisant état de plusieurs centaines de morts, puis de 800 à 1 000 membres des forces gouvernementales tués dès février 2020.
Mais il manque aujourd'hui une statistique consolidée du ministère de la Défense donnant le nombre exact de soldats, BIR, gendarmes et policiers morts entre le début du conflit et 2026.
Derrière les chiffres, des familles
Le bilan militaire ne raconte d'ailleurs qu'une partie de la tragédie.
La guerre anglophone a également tué des milliers de civils et de combattants séparatistes et déplacé des centaines de milliers de personnes. En septembre 2025, Associated Press évoquait plus de 6 000 morts au total et plus de 600 000 déplacés depuis le début du conflit.
Et derrière chaque militaire tué se trouvent également une famille, des enfants, des parents et des collègues.
Après près d'une décennie de guerre, une question élémentaire reste donc sans réponse publique précise : combien de membres des forces de défense et de sécurité le Cameroun a-t-il réellement perdus dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest ?
Si le chiffre proche de 1 800 morts aujourd'hui avancé par certaines sources doit encore être officiellement confirmé, une chose est déjà établie : dès février 2020, alors que le conflit allait encore se poursuivre pendant plus de six ans, les pertes des forces gouvernementales étaient déjà estimées entre 800 et 1 000 hommes.
Publier un bilan officiel actualisé permettrait non seulement de mesurer avec précision le coût militaire de cette guerre, mais aussi de mettre des chiffres sur près d'une décennie de sacrifices humains dans un conflit qui, en 2026, continue de tuer.









