Dans la chefferie Mvam-Eko, un problème se pose. La famille Evina Elle conteste, résume le lanceur d’alerte Boris Bertolt que nous citons, la désignation de Cyrille Sylvain Elomo. Elle dénonce également de graves irrégularités. Pour tout comprendre, lisons l’intervention de la source susmentionnée sur le sujet.
La succession à la tête de la chefferie traditionnelle de 2ᵉ degré de Mvam-Eko, dans le Dja-et-Lobo, tourne au bras de fer. La famille Evina Elle conteste la consultation organisée le 2 septembre 2026 sous la présidence du préfet Damien Owono.
Documents et dates à l’appui, elle invoque un arrêté datant de 1983, un acte de succession signé en 2020 et dénonce désormais un possible conflit d’intérêts ainsi que la disparition de pièces dans un autre dossier administratif.
Pour comprendre cette affaire, il faut remonter au 26 avril 1983. Ce jour-là, l’arrêté n°43/A/MINAT/DOT/DA désigne Evina Elle Apollinaire comme chef de 2ᵉ degré de Mvam-Eko. Pour ses descendants, ce texte constitue la première pièce déterminante : il établirait historiquement la famille Evina Elle comme famille appelée à exercer la fonction traditionnelle.
Trente-sept ans plus tard, un deuxième document vient organiser la succession. Le 14 novembre 2020, Evina Elle Apollinaire aurait établi un acte de succession désignant son fils, Mboutou Evina Pamphile Clotaire, comme son successeur. Selon les documents présentés par la famille, cet acte aurait recueilli les signatures de huit des dix chefs de 3ᵉ degré.
C’est donc avec ces deux pièces, l’arrêté du 26 avril 1983 et l’acte du 14 novembre 2020, que la famille Evina Elle affirme aborder la succession.
2 septembre 2026 : la consultation qui met le feu aux poudres
Le mercredi 2 septembre 2026, une consultation est organisée à Ngoulmekong, sous la présidence du préfet du Dja-et-Lobo, Damien Owono. Selon les contestataires, le préfet avait préalablement annoncé sur une radio locale qu’il convoquait la « famille régnante » pour procéder aux consultations.
Mais le jour venu, la procédure prend une tournure que la famille Evina Elle affirme ne pas comprendre. Elle soutient que des personnes appartenant à d’autres familles sont autorisées à se porter candidates. À l’issue de la consultation, Cyrille Sylvain Elomo est donné vainqueur.
Et c’est son profil qui place immédiatement la procédure au centre de la controverse. Les auteurs de la dénonciation présentent Cyrille Sylvain Elomo comme chef de protocole du préfet Damien Owono. Ils indiquent également qu’il est le petit frère du député de Sangmélima.
La famille y voit un possible conflit d’intérêts : le représentant de l’État aurait ainsi présidé une consultation aboutissant à la désignation de l’un de ses propres collaborateurs. Cette proximité, à elle seule, ne permet évidemment pas d’établir une irrégularité. Mais les contestataires demandent que les conditions dans lesquelles la consultation a été organisée soient examinées.
Un décret du 15 juillet 1977 au centre de la bataille
Pour contester la procédure, la famille invoque également le décret n°77/245 du 15 juillet 1977 portant organisation des chefferies traditionnelles. Elle se réfère particulièrement à ses articles 8 et 11, considérant que le chef doit être choisi en tenant compte des familles appelées à exercer traditionnellement cette fonction.
Son argument est donc simple : si l’arrêté du 26 avril 1983 établit la continuité de la chefferie autour d’Evina Elle Apollinaire, comment une personne qui, selon elle, n’appartient pas à cette famille a-t-elle pu être admise à concourir puis être désignée ?
À cette interrogation s’ajoute celle de l’acte de succession du 14 novembre 2020, désignant Mboutou Evina Pamphile Clotaire. Les contestataires veulent savoir quelle valeur l’administration a accordée à cette pièce et pourquoi elle n’aurait pas empêché l’organisation d’une nouvelle consultation.
Ebale Evina Raoul : l’autre dossier qui alimente les soupçons
Mais l’affaire Mvam-Eko comporte un deuxième volet. Il concerne Ebale Evina Raoul, également présenté comme un fils du défunt chef, et une procédure pour le poste d’officier d’état civil du Centre de Ngoulmekong.
Selon la dénonciation, Ebale Evina Raoul avait constitué un dossier comportant notamment deux pièces considérées comme essentielles : l’arrêté de création du Centre d’état civil et l’acte de décès du défunt chef.
La famille affirme que ces deux documents auraient ensuite disparu du dossier, le rendant incomplet et conduisant à son rejet. Elle accuse directement Cyrille Sylvain Elomo, en raison de ses fonctions au protocole de la préfecture, d’avoir eu accès au dossier et d’en avoir soustrait les pièces avant d’obtenir lui-même la fonction d’officier d’état civil.
Cette accusation est extrêmement grave mais demeure, à ce stade, une allégation de la famille. Les éléments communiqués ne permettent pas d’établir qui aurait retiré les documents, à quelle date précise ils auraient disparu, ni dans quelles circonstances. Ces points nécessitent une enquête administrative ou judiciaire.
Quatre dates au cœur du dossier
La contestation repose donc sur une chronologie que la famille demande aux autorités de réexaminer : le 15 juillet 1977, avec le décret organisant les chefferies traditionnelles ; le 26 avril 1983, avec l’arrêté désignant Evina Elle Apollinaire ; le 14 novembre 2020, avec l’acte de succession attribué au défunt chef et désignant Mboutou Evina Pamphile Clotaire ; et enfin le 2 septembre 2026, date de la consultation présidée par le préfet Damien Owono et ayant abouti à la désignation contestée de Cyrille Sylvain Elomo.
La famille Evina Elle réclame désormais l’annulation du procès-verbal du 2 septembre 2026, une enquête sur la disparition alléguée des pièces du dossier d’Ebale Evina Raoul, ainsi que l’examen de la situation de Cyrille Sylvain Elomo au regard de ses différentes fonctions.
Elle demande surtout que l’administration se prononce clairement sur la portée de l’arrêté n°43/A/MINAT/DOT/DA du 26 avril 1983 et de l’acte de succession du 14 novembre 2020.
Au cœur de l’affaire demeure donc une question : comment la succession de la chefferie de Mvam-Eko a-t-elle été conduite et sur quels documents, règles coutumières et critères l’administration s’est-elle fondée pour retenir Cyrille Sylvain Elomo le 2 septembre 2026 ?









