Le départ en exil d'Issa Tchiroma Bakary vers la Gambie a laissé un vide considérable dans le paysage politique du Grand Nord camerounais. Une enquête de Jeune Afrique consacrée au ministre de l'Économie Alamine Ousmane Mey éclaire les enjeux de cette vacance de leadership, dans une région qui a massivement exprimé, lors de la dernière présidentielle, sa volonté de voir l'un des siens accéder de nouveau au sommet de l'État.
Selon Jeune Afrique, le soutien massif apporté par les régions septentrionales à Issa Tchiroma Bakary lors de la présidentielle d'octobre dernier — au terme de laquelle il n'aurait été devancé que de trois points par Paul Biya, selon des chiffres officiels contestés — traduisait clairement une aspiration profonde : celle de voir se concrétiser une alternance entre le Nord et le Sud, quatre décennies après la démission d'Ahmadou Ahidjo. Une revendication historique que l'enquête présente comme toujours vivace dans les trois régions du septentrion.
Jeune Afrique souligne que le départ du leader du Front pour le salut national du Cameroun laisse désormais l'ancien Grand Nord à la recherche d'une figure capable de fédérer ses trois régions dans la perspective des batailles politiques à venir, électorales ou non. Une position stratégique que l'enquête estime devoir être comblée, sans qu'aucun candidat évident ne se soit pour l'instant imposé.
Ce que révèle enfin cette enquête de Jeune Afrique, c'est qu'Alamine Ousmane Mey pourrait logiquement prétendre à ce rôle fédérateur, fort de son ancrage territorial et de sa stature nationale. Mais l'enquête pose une condition claire : il lui faudrait pour cela abandonner la discrétion méthodique qui a caractérisé l'ensemble de sa carrière politique — un changement de posture qui, pour cet homme habitué à se tenir « au-dessus de la mêlée », constituerait une véritable rupture stratégique.









