Actualités of Monday, 14 September 2026

Source: www.camerounweb.com

Avion de Paul Biya : Guerre ouverte entre le Cameroun et le Qatar au tour de 368 millions

Les 660 000 dollars camerounais se retrouvent ainsi prisonniers de cette gigantesque procédure Les 660 000 dollars camerounais se retrouvent ainsi prisonniers de cette gigantesque procédure

Environ huit ans après le transfert de 660 000 dollars, soit près de 368 millions FCFA, destinés à la réparation d’un hélicoptère présidentiel, le Cameroun tente de récupérer ces fonds bloqués au Qatar.

L’histoire commence par une opération qui, sur le papier, paraît presque banale : réparer un appareil destiné aux déplacements du président de la République. Elle se termine, huit ans plus tard, devant une juridiction financière au Qatar, avec 660 000 dollars — environ 368 millions de FCFA — toujours au cœur d’une bataille judiciaire.

Les documents judiciaires Qatar Financial Centre Civil and Commercial Court racontent l’histoire d’un contrat portant sur la réparation d’un hélicoptère destiné au président du Cameroun.

En janvier 2018, selon la requête déposée par la République du Cameroun, l’État transfère 660 000 dollars à Horizon Crescent Wealth LLC (HCW). Cette somme devait solder l’opération et permettre l’achèvement des travaux réalisés par une filiale de HCW. Mais quelques semaines seulement après le virement, tout bascule.

Le 22 février 2018, le régulateur financier qatari ouvre une enquête sur HCW. Les comptes de la société à Qatar National Bank sont gelés sur fond de soupçons de blanchiment d’argent. La justice qatarie établira plus tard que HCW n’avait notamment pas correctement séparé les fonds de ses différents clients et ses propres avoirs. Des sanctions réglementaires suivront, puis la société sera placée en liquidation en décembre 2023.

Les 660 000 dollars camerounais se retrouvent ainsi prisonniers de cette gigantesque procédure financière.

Et c’est ici que l’histoire devient embarrassante pour Yaoundé.
Le 21 janvier 2025, la République du Cameroun se présente officiellement devant la justice qatarie pour récupérer son argent. Elle ne se considère pas comme un simple créancier de HCW : elle revendique un droit de propriété sur les 660 000 dollars, autrement dit elle soutient que ces fonds lui appartiennent et doivent lui être restitués plutôt que confondus avec les actifs ordinaires de la société en liquidation.

Mais le tribunal bloque la demande pour une raison inattendue : la procuration présentée pour représenter l’État camerounais n’est pas jugée suffisante.

Le document du 17 janvier 2025 donne mandat à Jean Orso pour représenter le Cameroun. Or cette procuration repose elle-même sur une précédente procuration du 5 septembre 2018, accordée à un autre avocat genevois dans le cadre d’un contentieux contre une filiale de HCW. Pour la Cour, lorsqu’un État agit en justice, ses conseils doivent disposer d’un mandat clair émanant d’une autorité officiellement habilitée à engager cet État. Conclusion sans ambiguïté : la demande camerounaise ne sera pas acceptée sans autorisation appropriée.

Pendant ce temps, le dossier HCW s’est considérablement aggravé. En février 2025, une juridiction pénale qatarie a reconnu des dirigeants de la société coupables d’infractions liées au blanchiment, notamment pour des défaillances dans la vérification de l’origine des fonds et la séparation des avoirs des clients. Cette décision a été confirmée en appel en avril 2025.

L’affaire résonne forcément avec une histoire beaucoup plus ancienne au Cameroun : celle de l’Albatros. Au début des années 2000, 31 millions de dollars avaient été mobilisés pour l’acquisition d’un Boeing Business Jet destiné à la présidence. L’avion ne sera jamais livré dans les conditions initialement prévues et le dossier conduira à des procès retentissants et à l’emprisonnement de plusieurs anciens hauts responsables de l’État.

Les deux affaires sont juridiquement distinctes et ne doivent pas être confondues. Mais, plus de vingt ans après le scandale de l’Albatros, cette nouvelle bataille internationale autour d’un appareil présidentiel pose une question familière : comment 660 000 dollars d’argent public destinés à une opération aéronautique présidentielle ont-ils pu rester immobilisés à l’étranger depuis 2018, au point que l’État doive aujourd’hui se battre devant la justice qatarie pour en revendiquer la propriété ?

La procédure de liquidation de HCW a continué jusqu’en 2026. Dans sa décision d’appel du 12 février 2026, la justice qatarie a encore statué sur la répartition de plusieurs fonds gelés et ordonné au liquidateur de poursuivre le processus. Le dossier camerounais n’y est toutefois pas expressément tranché.

Boris Bertolt