Nouvelle passe d'armes ce lundi au Tribunal militaire de Yaoundé. Le colonel Justin Danwe a révélé un élément de chronologie que le colonel Jean-Pierre Otoulou dit ignorer : l'ordre de l'opération contre Martinez Zogo lui aurait été donné avant sa rencontre avec Jean-Pierre Amougou Belinga, le 29 décembre 2022. Une précision qui pourrait redessiner la compréhension des responsabilités dans l'assassinat du journaliste.
L'audience de ce lundi 14 septembre 2026 a été marquée par un échange d'une rare densité entre deux figures centrales du dossier Martinez Zogo. Face au colonel Jean-Pierre Otoulou, principal enquêteur de l'affaire, le colonel Justin Danwe, ancien directeur des opérations de la DGRE et principal accusé, a posé une question dont la portée pourrait être déterminante pour la suite des débats.
« Est-ce que vous reconnaissez que je vous ai dit que j'étais chez Monsieur Amougou Belinga le 29 décembre 2022 ? » a demandé Danwe. Le colonel Otoulou a acquiescé : « Oui, vous me l'avez dit. » Puis Danwe a enchaîné : « Savez-vous qu'avant de le rencontrer, j'avais déjà reçu l'ordre de l'opération contre Martinez Zogo ? » La réponse de l'enquêteur est tombée, laconique : « Je ne sais pas. »
Ce simple échange met la chronologie au centre des débats. Danwe affirme que l'ordre de l'opération lui avait déjà été donné avant sa rencontre avec Amougou Belinga. Si cette affirmation était confirmée, elle fragiliserait considérablement la thèse selon laquelle l'homme d'affaires serait le commanditaire de l'opération. Elle orienterait au contraire les soupçons vers une chaîne de commandement interne à la DGRE, voire au-delà.
La rencontre du 29 décembre 2022 entre Justin Danwe et Jean-Pierre Amougou Belinga est un point névralgique du dossier. Selon plusieurs sources, Danwe aurait été reçu par le patron du groupe L'Anecdote à son domicile, quelques semaines avant l'enlèvement de Martinez Zogo. Cette rencontre avait été révélée par des messages et appels retrouvés dans le téléphone de Danwe par l'expert judiciaire Georges Bell Bitjoka, lors de son témoignage du 1er juin 2026 .
L'enjeu de ce face-à-face avec Otoulou est donc double : il s'agit pour Danwe de démontrer que l'ordre de l'opération ne provenait pas d'Amougou Belinga, mais de sa propre hiérarchie au sein de la DGRE. Une thèse qu'il défend depuis le début de la procédure, et que son avocat Maître Bougny avait déjà esquissée en janvier 2026 en soutenant qu'« il est impossible que Justin Danwe ait pu, avec des fonds officiels, financer seul cette opération » .
L'audition du commissaire divisionnaire Ellong James, ancien directeur des opérations de la DGRE, en janvier 2026, avait déjà mis en lumière cette question du commandement. Selon lui, Justin Danwe « n'avait pas le pouvoir de lancer une telle action contre Martinez Zogo », et « seul le directeur général de la DGRE en a l'autorité » . Cette déposition orientait donc la responsabilité vers Maxime Eko Eko, l'ancien patron de la DGRE.
Mais la défense de Danwe conteste cette lecture, évoquant un conflit d'intérêts entre Ellong et Danwe, le premier n'ayant pas souhaité le second comme successeur .
Cette nouvelle joute verbale s'inscrit dans une série d'auditions difficiles pour le colonel Otoulou. Depuis sa déposition du 14 juillet 2026, l'officier fait face à une défense qui conteste méthodiquement la solidité de son enquête. Les audiences des 31 août et 1er septembre avaient déjà été marquées par des échanges tendus, la défense d'Eko Eko interrogeant l'absence de preuves autres que les déclarations fluctuantes de Danwe .
Le colonel Otoulou a reconnu, lors de ces audiences, que son raisonnement s'appuyait sur des « indices » et une « conviction personnelle », une approche que la défense juge insuffisante dans un procès pour assassinat .
La question posée par Danwe ce lundi n'est pas anodine. Si l'ordre de l'opération a été donné avant la rencontre avec Amougou Belinga, cela signifie que la décision d'enlever Martinez Zogo a été prise en amont, dans un cercle qui n'implique pas nécessairement l'homme d'affaires. Cette chronologie pourrait conforter la thèse d'une opération pilotée depuis les services de renseignement, avec une seconde chaîne de commandement qui se serait activée après la perte de contrôle de Danwe.









