Le contraste entre les procédures judiciaires à Londres et à Yaoundé dans l’affaire Glencore est devenu réel. À Londres, deux anciens dirigeants du groupe ont plaidé non coupable devant la justice britannique pour des accusations de corruption, tandis que leur procès est prévu en 2027. Au Cameroun, malgré la condamnation de Glencore en 2022 et une plainte déposée par la SNH en 2023 devant le Tribunal criminel spécial, l’enquête semble toujours au point mort.
Le contraste devient de plus en plus saisissant entre Londres et Yaoundé dans l’affaire Glencore. Jeudi 10 septembre 2026, deux anciens hauts responsables du géant suisse du négoce des matières premières ont formellement plaidé non coupable devant la Southwark Crown Court de Londres dans une procédure portant notamment sur des faits présumés de corruption au Cameroun. Pendant ce temps, au Cameroun, aucune avancée judiciaire publique comparable n’est signalée dans la procédure engagée devant le Tribunal criminel spécial (TCS).
Alex Beard, 59 ans, ancien patron de la branche pétrole de Glencore, a plaidé non coupable de deux chefs de conspiration en vue d’effectuer des paiements corruptifs. Selon l’accusation britannique, l’un des volets concerne le Cameroun entre 2007 et 2014. À ses côtés, Andrew Gibson, 66 ans, ancien responsable des opérations pétrolières de Glencore, a également rejeté quatre accusations de conspiration liées au Nigeria, au Cameroun et à la Côte d’Ivoire. Il nie par ailleurs une accusation de conspiration visant à falsifier des documents à des fins comptables.
Le procès des six anciens employés de Glencore poursuivis dans cette affaire doit s’ouvrir le 4 octobre 2027. Quatre autres prévenus — Martin Wakefield, David Perez, Paul Hopkirk et Ramon Labiaga — avaient déjà plaidé non coupable.
GLENCORE A DÉJÀ RECONNU DES FAITS DE CORRUPTION
Cette nouvelle procédure contre des personnes physiques intervient après la condamnation de Glencore Energy UK. En 2022, la filiale britannique avait plaidé coupable à sept chefs d’accusation liés à des faits de corruption en Afrique. Elle avait finalement été condamnée à payer environ 280 millions de livres sterling en amendes, confiscations et frais. Le Serious Fraud Office britannique avait établi que plus de 25 millions de dollars de pots-de-vin avaient été versés pour obtenir un accès préférentiel au pétrole dans plusieurs pays africains.
Le Cameroun apparaît explicitement dans les constatations de la justice britannique. Les conclusions du jugement de 2022 indiquent notamment que des pots-de-vin avaient été versés à des responsables de la SONARA afin que Glencore puisse vendre du pétrole brut dans des conditions avantageuses. Le tribunal avait relevé des retraits d’espèces particulièrement importants, dont 225 000 euros en mars 2012, suivis d’autres retraits dépassant régulièrement 200 000 euros.
Les procédures judiciaires internationales ont fait état d’environ 7 milliards de FCFA (11 millions de dollars) de pots-de-vin liés au Cameroun et à des responsables de la SNH ou d’autres acteurs du secteur pétrolier.
MAIS QUI A REÇU L’ARGENT AU CAMEROUN ?
C’est précisément la question qui demeure sans réponse publique au Cameroun.
La Société nationale des hydrocarbures (SNH) avait pourtant déposé, le 6 novembre 2023, une plainte devant le Tribunal criminel spécial afin que soient identifiés les éventuels complices camerounais. En octobre 2024, la SNH reconnaissait elle-même être toujours « en attente de l’ouverture des auditions » au TCS.
Deux ans auparavant, elle avait déjà indiqué espérer que les procédures britanniques permettraient d’accélérer l’enquête camerounaise.
Or, près de trois ans après le dépôt de cette plainte, aucun nom de bénéficiaire camerounais n’a été officiellement rendu public par la justice camerounaise, aucune audience publique du TCS consacrée à ce dossier n’est signalée et aucun développement procédural public ne permet, à ce stade, d’établir un nouveau lien entre la comparution du 10 septembre à Londres et la procédure camerounaise. Les informations publiques disponibles en 2025 faisaient déjà état d’une enquête locale qui piétinait.
Londres avance donc vers un procès où six anciens responsables de Glencore devront répondre individuellement des accusations portées contre eux — accusations qu’ils contestent et sur lesquelles la justice devra trancher. À Yaoundé, une question beaucoup plus simple demeure entière : si de l’argent a effectivement été versé pour corrompre des responsables au Cameroun, qui l’a reçu ?
Quatre ans après la condamnation de Glencore et près de trois ans après la plainte de la SNH devant le TCS, les bénéficiaires camerounais présumés restent publiquement sans visage.
Boris Bertolt









