Derrière la cérémonie solennelle de rapatriement de six crânes de chefs camerounais organisée le 16 juillet à Fribourg se cache une histoire scientifique glaçante, que révèle une enquête de Jeune Afrique : ces restes humains n'ont pas seulement été des trophées de guerre coloniale, ils ont directement alimenté les recherches d'un des pères fondateurs de l'eugénisme allemand, dont les théories ont ensuite nourri l'idéologie nazie.
Selon Jeune Afrique, le transport de ces restes humains vers l'Europe a été assuré, entre 1906 et 1916, par un certain Klaus Albert Haberer — soit une organisation méthodique et prolongée de la collecte de dépouilles humaines camerounaises vers l'Allemagne, bien après les exécutions elles-mêmes, suggérant un véritable système de prélèvement scientifique plutôt qu'un phénomène isolé.
Eugen Fischer, la cheville ouvrière d'un système d'exploitation scientifique du corps colonisé
L'élément le plus glaçant documenté par Jeune Afrique concerne l'identité du principal bénéficiaire scientifique de ces restes : Eugen Fischer, médecin, eugéniste et anthropologue ayant enseigné à l'université de Fribourg, avant d'être promu par Adolf Hitler recteur de l'université de Berlin. L'enquête précise qu'il eut pour assistant à ce poste nul autre que Josef Mengele, le tristement célèbre médecin des camps nazis. Jeune Afrique rappelle que c'est Fischer lui-même qui avait suggéré que les fonctionnaires coloniaux « soutiennent » la recherche scientifique pour mieux comprendre les populations colonisées — une formule qui masquait, dans les faits, l'exploitation scientifique de corps de résistants exécutés sans procès.
Ce que cette généalogie scientifique, mise en lumière par Jeune Afrique, révèle, c'est l'existence d'un fil directement traçable entre la violence coloniale exercée contre les résistants camerounais au début du XXe siècle et les théories raciales qui allaient, quelques décennies plus tard, servir de justification scientifique à l'un des pires crimes de l'histoire humaine. Une continuité qui donne une dimension supplémentaire, et particulièrement dérangeante, au processus de restitution aujourd'hui engagé par l'Allemagne.









