La dette flottante de l’État du Cameroun, longtemps reléguée dans les angles morts des finances publiques, est progressivement sortie de l’ombre. Auditée et validée à hauteur de 752,1 milliards de francs CFA, cette montagne de créances accumulées auprès des entreprises, fournisseurs et prestataires de l’administration publique, fait désormais l’objet d’un vaste programme d’apurement engagé depuis janvier 2024.
À mi-parcours, les chiffres donnent une image contrastée de l’opération. D’après les données officielles, 463,3 milliards de francs CFA ont déjà été réglés, soit près de 62 % de l’encours total. Dans le détail, 232,9 milliards ont été payés en 2024 et 230,4 milliards en 2025.
Le gouvernement prévoit de solder le reliquat d’ici à 2027. Dans un contexte marqué par les contraintes budgétaires, les dépenses sécuritaires croissantes et la pression du service de la dette, mobiliser plus de 460 milliards de francs CFA en deux ans témoigne d’une volonté manifeste d’assainissement.
Pour de nombreuses entreprises, notamment les PME dépendantes de la commande publique, ces paiements représentent une bouffée d’oxygène longtemps attendue. Au sein de l’opinion, l’on estime que derrière les statistiques flatteuses, plusieurs interrogations d’être posées : comment une telle dette a-t-elle pu s’accumuler ? Pourquoi les mécanismes de contrôle budgétaire n’ont-ils pas permis d’éviter cette situation ? Et surtout, quelles garanties existent pour empêcher la reconstitution d’un nouveau stock d’arriérés après 2027 ?
« L’apurement de la dette flottante est une nécessité économique car les arriérés de paiement étranglent la trésorerie des entreprises, réduisent leur capacité d’investissement et fragilisent l’emploi », soutient l’économiste camerounais Dieudonné Essomba. D’après lui, le règlement des créances agit comme un levier indirect de relance économique en réinjectant des liquidités dans le tissu productif national.
Invitant toutefois à la prudence, d’autres experts rappellent que le véritable indicateur de réussite ne réside pas seulement dans le montant payé, mais dans la capacité de l’État à prévenir la formation de nouvelles dettes hors échéance. En d’autres mots, l’assainissement durable passe autant par la discipline budgétaire que par le paiement des arriérés hérités du passé. La question est d’autant plus sensible que la dette flottante constitue souvent une dette « invisible ».
Contrairement aux emprunts contractés sur les marchés financiers ou auprès des bailleurs internationaux, elle ne fait pas systématiquement la une des rapports sur l’endettement public. Pourtant, ses conséquences sont bien réelles : entreprises en difficulté, marchés publics ralentis, fournisseurs réticents à travailler avec l’administration et renchérissement du coût des prestations.
À deux ans de l’échéance fixée pour l’apurement complet, beaucoup pensent le pays de Paul Biya joue donc une partie importante de sa crédibilité financière. Les paiements déjà effectués montrent que le chantier avance. Sauf que dans le même temps, certains observateurs redoutent que cette opération ne soit qu’un simple règlement d’une ardoise héritée du passé. Pour eux, elle doit être le point de départ d’une réforme plus profonde de la gestion des finances publiques.









