Le départ du commissaire du gouvernement Cerlin Belinga du Tribunal militaire de Yaoundé continue de susciter des réactions vives. Sur ce sujet, Moussa Njoya et le chroniqueur judiciaire Christophe Bobiokono défendent deux lectures radicalement opposées. Pour Njoya, ce limogeage confirme une volonté d'étouffer l'affaire. Pour Bobiokono, la mutation d'un magistrat est une pratique normale et Cerlin Belinga porte une part de responsabilité dans l'enlisement du procès. Le débat a dérapé, devenant personnel et virulent.
Info en continu… AFFAIRE MARTINEZ ZOGO : RÉSUMÉ DE L’AFFRONTEMENT BRUTAL ENTRE MOUSSA NJOYA ET CHRISTOPHE BOBIOKONO APRÈS LE LIMOGEAGE DU COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT, BELINGA CERLIN
L’évolution du procès relatif à l’assassinat du journaliste Martinez Zogo provoque une nouvelle controverse publique. Au cœur des échanges : le départ du lieutenant-colonel Cerlin Belinga de ses fonctions de Commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire de Yaoundé et, surtout, les conséquences de ce changement sur la manifestation de la vérité. Sur ce sujet, Moussa Njoya et le chroniqueur judiciaire Christophe Bobiokono défendent deux lectures radicalement opposées.
Pour Moussa Njoya, les changements successifs intervenus au sein de la justice militaire depuis l’ouverture du dossier traduisent une volonté d’empêcher l’exploration de certaines pistes. Il souligne qu’en trois ans, l’affaire a connu deux directeurs de la justice militaire, trois juges d’instruction et deux Commissaires du gouvernement. Selon lui, les magistrats qui tentent d’élargir les investigations au-delà du scénario initial finissent par être écartés.
Njoya situe notamment le tournant dans les récentes audiences consacrées aux témoignages des experts Bell Bitdjocka et Oloumou, puis à l’audition du colonel Otoulou. Il affirme que ces débats ont fait apparaître des éléments et des incohérences susceptibles de justifier l’exploration d’autres pistes. Il évoque en particulier l’hypothèse controversée d’un « second commando » qui a pu intervenir dans la mort de Martinez Zogo et le déplacement de son corps. Pour Njoya, le départ de Cerlin Belinga, intervenu alors que ces questions étaient débattues devant le tribunal, nourrit nécessairement les interrogations.
Christophe Bobiokono rejette totalement cette analyse. Selon lui, la mutation d’un magistrat du parquet ne constitue pas en elle-même une anomalie judiciaire. Il rappelle que des magistrats du ministère public peuvent être déplacés sans attendre la réunion du Conseil supérieur de la magistrature et cite plusieurs précédents dans la justice camerounaise.
Plus fondamentalement, Bobiokono considère que Cerlin Belinga porte une part de responsabilité dans ce qu’il décrit comme l’enlisement du procès. À ses yeux, le rôle du Commissaire du gouvernement était d’exercer l’accusation contre les 17 personnes actuellement poursuivies, et non d’entretenir publiquement des hypothèses qui ne seraient pas étayées par une procédure distincte. Il estime que si de nouveaux éléments mettaient en cause d’autres personnes, ceux-ci devraient donner lieu aux actes judiciaires appropriés. Il conteste également la thèse du « second commando », qu’il considère comme une diversion.
La réponse de Moussa Njoya est particulièrement offensive. Celui-ci reproche à Bobiokono de déplacer le débat. Il précise que son interrogation ne porte pas seulement sur la mobilité des magistrats du parquet, mais également sur celle des magistrats militaires du siège et des juges d’instruction ayant successivement travaillé sur le dossier.
Njoya insiste surtout sur un point : Cerlin Belinga n’a pas simplement été déplacé d’un parquet à un autre, mais sera passé du parquet au siège comme vice-président et juge d’instruction. Il demande dès lors à son contradicteur de produire un exemple comparable dans une juridiction civile hors réunion du Conseil supérieur de la magistrature.
Les deux hommes s’opposent également sur les conséquences juridiques de la découverte éventuelle de nouveaux protagonistes. Bobiokono soutient que de nouvelles personnes mises en cause ne rejoindraient pas automatiquement les 17 accusés actuellement jugés, sauf hypothèse notamment d’une jonction de procédures. Njoya réplique qu’au cours d’une procédure, de nouveaux éléments peuvent modifier le statut de certains protagonistes et conduire à de nouvelles poursuites.
Derrière cette bataille juridique apparaît surtout une bataille sur le récit de l’affaire Martinez Zogo. Moussa Njoya accuse certains journalistes, avocats, influenceurs et leaders d’opinion de chercher à imposer une version unique du dossier et de discréditer toute piste alternative. Bobiokono, à l’inverse, accuse Njoya de transformer des hypothèses et des soupçons en scénario judiciaire sans fondement suffisamment établi.
Les échanges ont désormais largement quitté le terrain strictement juridique pour devenir personnels, les deux protagonistes s’accusant mutuellement d’ignorance, de manipulation ou de proximité avec certains acteurs du dossier. Njoya affirme toutefois accepter le principe d’un débat public proposé par Bobiokono.
Au-delà de cette confrontation, une question demeure : les changements successifs à la tête des organes judiciaires chargés de cette affaire relèvent-ils du fonctionnement normal de la justice militaire ou risquent-ils d’affecter la continuité de la recherche de la vérité ?
Ainsi va la République









