Un juge d'instruction civil arrêtant un maire proche du pouvoir. Un autre magistrat perquisitionnant le domicile de ce même édile. Un commissaire du gouvernement écarté en pleine audience. En l'espace de deux ans, ce sont trois figures judiciaires clés du procès de l'assassinat de Martinez Zogo qui ont été évincées de ce dossier, presque systématiquement après avoir posé un acte sensible touchant à des personnalités influentes. Un schéma qui alimente, dans l'opinion camerounaise, la conviction que ce dossier « remonte » bien au-delà des simples exécutants jugés au tribunal militaire de Yaoundé.
Le premier juge d'instruction chargé du dossier, Florent Sikati II Kamwo, avait ordonné l'arrestation de Martin Stéphane Savom, maire de Bibey, présenté comme proche de plusieurs personnalités influentes du pouvoir, dont le secrétaire général de la présidence Ferdinand Ngoh Ngoh. Peu après cette arrestation, Sikati Kamwo a été écarté de la procédure, officiellement pour des raisons administratives, par un décret présidentiel publié le 13 décembre 2023. Un timing qui, déjà à l'époque, avait interrogé une partie de la presse camerounaise sur la possibilité d'instruire sereinement un dossier impliquant des proches du pouvoir sans s'exposer à une mutation.
Son successeur, le lieutenant-colonel Pierrot Narcisse Nzié, a poursuivi les investigations avec la même détermination, allant jusqu'à ordonner une perquisition au domicile de Martin Savom avant de le faire inculper et placer en détention provisoire pour complicité de torture. Si Ndzié Pierrot Narcisse est resté en fonction suffisamment longtemps pour clore l'information judiciaire et renvoyer dix-sept accusés devant le tribunal, la succession rapide de magistrats sur ce dossier a nourri, selon plusieurs médias camerounais, la même interrogation : peut-on instruire en toute indépendance un dossier judiciaire lorsque chaque acte posé contre des personnalités puissantes semble suivi d'une mutation ou d'une mise à l'écart ?
Cerlin Belinga, le commissaire du gouvernement limogé en pleine audience
Plus récemment, c'est le commissaire du gouvernement Cerlin Belinga qui a fait les frais d'une mutation surprise vers Maroua, annoncée en pleine audience du procès, comme documenté par plusieurs organes de presse. Son remplacement est intervenu à un moment clé de la procédure, celui de l'audition des témoins du ministère public, et après qu'il eut lui-même mis à mal la crédibilité de certains témoignages à charge, notamment celui du colonel Otoulou, principal enquêteur du dossier.
Misse Njone, seul rescapé d'une vague d'évictions
Selon les informations qui circulent autour de ce dossier, le président du tribunal militaire de Yaoundé, Misse Njone, aurait quant à lui échappé de justesse à un limogeage similaire — une information qui, si elle se confirme, achèverait de dresser le tableau d'un dossier où la stabilité des acteurs judiciaires semble directement corrélée à la docilité de leurs décisions à l'égard des personnalités les plus influentes citées dans l'enquête.
Ce faisceau d'éviction reste, à ce jour, un ensemble d'indices convergents plutôt qu'une preuve juridique de commandement direct depuis la présidence de la République. Aucun élément matériel rendu public ne permet, à l'heure actuelle, d'établir formellement l'origine exacte des décisions ayant conduit à ces différentes mutations, qui relèvent en droit camerounais de la seule prérogative présidentielle en matière de nomination des magistrats militaires. Mais la répétition de ce schéma, sur un dossier d'une telle sensibilité politique, continue d'alimenter une conviction largement partagée dans l'opinion publique et au sein même du barreau : celle d'une affaire dont les véritables limites n'ont, à ce stade, jamais été pleinement révélées au grand jour.









