Actualités of Tuesday, 1 September 2026

Source: www.camerounweb.com

Changement de Cerlin Belinga : Que cherche-t-on à nous faire oublier ?

Martinez Zogo ne doit pas devenir un vieux souvenir judiciaire Martinez Zogo ne doit pas devenir un vieux souvenir judiciaire

L’on s’interroge sur le remplacement, le 31 août 2026, de Cerlin Belinga comme Commissaire du Gouvernement près le Tribunal militaire de Yaoundé, alors que le procès de l’affaire Martinez Zogo est toujours en cours. Les changements successifs des juges d’instruction soulèvent des interrogations sur la conduite et la durée de la procédure.

Au Cameroun, il y a des dossiers qui commencent à donner le tournis. L’affaire Martinez Zogo en fait clairement partie. Le 31 août 2026, alors que le procès est toujours en cours, le lieutenant-colonel Cerlin Belinga, Commissaire du Gouvernement près le Tribunal militaire de Yaoundé, est relevé de ses fonctions et affecté au Tribunal militaire de Maroua comme vice-président et juge d’instruction. À Yaoundé, il est remplacé par le lieutenant-colonel André Éric Atemengue Omgba. Voilà encore un changement.

Et dans une affaire aussi sensible, on ne peut pas simplement regarder passer la décision et dire : « c’est le mouvement normal des hommes en tenue ». Pourquoi maintenant ?

UNE CHRONOLOGIE QUI INTERPELLE

Il faut remettre les choses dans leur ordre. Le 17 janvier 2023, Martinez Zogo est enlevé. Cinq jours plus tard, le 22 janvier 2023, son corps est retrouvé à Ebogo 3, près de Soa. Une information judiciaire est alors ouverte. Et là commence déjà le fameux « bal des juges ».

Le premier juge d’instruction, Prosper Oyono Ebessa, est dessaisi le 24 avril 2023. Il est remplacé par le lieutenant-colonel Florent Aimé Sikati II Kamwo. La décision intervient notamment sur demande du Commissaire du Gouvernement Cerlin Belinga, le tribunal évoquant la stagnation de l’instruction.

Puis, le 18 décembre 2023, Sikati II est à son tour dessaisi. Il est remplacé par le lieutenant-colonel Pierrot Narcisse Nzie, devenu ainsi le troisième juge d’instruction chargé du dossier. Ce changement intervient après la controverse liée à une ordonnance de remise en liberté de Jean-Pierre Amougou Belinga et de Léopold Maxime Eko Eko.

Trois juges d’instruction pour une seule affaire. Et ce n’est pas terminé. Le 29 février 2024, le juge Pierrot Narcisse Nzie clôture l’information judiciaire et renvoie 17 inculpés devant le Tribunal militaire de Yaoundé. Le 25 mars 2024, le procès s’ouvre officiellement. Et depuis, les audiences se poursuivent avec des débats de procédure, des demandes, des contestations, des auditions de témoins et l’examen de différents éléments du dossier. Nous sommes maintenant le 31 août 2026. Plus de trois ans après l’assassinat de Martinez Zogo. Et voilà qu’au beau milieu du procès, le Commissaire du Gouvernement change à son tour. Le Commissaire du Gouvernement n’est pas quelqu’un qu’on remplace comme on change une ampoule. Dans ce procès militaire, il représente le ministère public et porte l’accusation. Cerlin Belinga était donc devenu un acteur central de cette procédure. Encore récemment, il était présent aux audiences et intervenait dans les débats du procès.

En août 2026, l’affaire se poursuivait notamment avec l’audition de témoins. Et puis, 31 août : changement. Cerlin Belinga quitte Yaoundé. André Éric Atemengue Omgba arrive. On peut évidemment nous dire qu’il s’agit d’une mutation administrative.

ALORS, QUE CACHE CE NOUVEAU MOUVEMENT ?

Pourquoi changer encore un acteur important de la procédure alors que le procès est en cours ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi en pleine phase d’auditions ? Qu’est-ce que ce changement apporte concrètement à la manifestation de la vérité ? Le nouveau Commissaire du Gouvernement devra-t-il reprendre certains éléments du dossier ? Que deviennent les réquisitions déjà développées par son prédécesseur ?

Et surtout : Qui assumera la responsabilité de cette succession de changements ?

Un premier juge d’instruction. Puis un deuxième. Puis un troisième. Une information judiciaire finalement clôturée. 17 accusés renvoyés devant le tribunal. Des années de procédure. Des incidents et débats procéduraux. Des expertises contestées. Des demandes de liberté. Des renvois. Et maintenant, le changement du Commissaire du Gouvernement en pleine phase de jugement.
PENDANT CE TEMPS, MARTINEZ ZOGO ATTEND TOUJOURS SA JUSTICE

Avant les politiques. Avant les avocats. Avant les magistrats. Avant les querelles. Avant les stratégies. Il y avait un homme. Martinez Zogo. Un journaliste. Un citoyen. Un père. Un homme qui exerçait son métier en parlant à ses compatriotes. Qui a tué Martinez Zogo ? Qui a commandité son assassinat ? La justice devra répondre à ces questions dans le respect du droit, avec des preuves et des responsabilités clairement établies. Car avec le temps, le danger est là. Les témoins peuvent disparaître. Les souvenirs peuvent s’effacer. Les preuves peuvent se dégrader. Les versions peuvent changer. Et les responsabilités peuvent finir par se perdre dans les méandres de la procédure.

Martinez Zogo ne doit pas devenir un vieux souvenir judiciaire. Au Cameroun, nous avons suffisamment connu les affaires qui commencent avec beaucoup de bruit et finissent dans le silence.

QUAND EST-CE QUE MARTINEZ ZOGO REPOSERA ENFIN EN PAIX DANS CE PAYS ?

Il ne reposera pas en paix simplement parce qu’un procès aura été organisé. Il reposera en paix lorsque la vérité aura été établie, les responsabilités clairement déterminées et la justice rendue, dans le respect du droit.

Charles Armel MBATCHOU