Dans une lettre ouverte adressée à la ministre camerounaise de la Promotion de la Femme et de la Famille, Kemgue Lacoste propose de renforcer la prévention des violences familiales et des féminicides. Il préconise un programme national associant les ministères de la Santé, de la Justice, de l’Éducation et de la Sécurité, ainsi que les professionnels de santé, travailleurs sociaux et leaders communautaires. L’objectif est de prévenir les violences dès l’enfance, promouvoir le respect et le consentement et favoriser des relations familiales plus équilibrées.
LETTRE OUVERTE AU MINISTRE DE LA PROMOTION DE LA FEMME ET DE LA FAMILLE…
« Objet : Pour une nouvelle approche de la prévention des violences familiales au Cameroun : protéger les femmes, accompagner les hommes et préparer les générations futures.
Madame la Ministre,
La situation actuelle des violences faites aux femmes et des féminicides dans notre pays nous oblige à nous arrêter un instant.
Des femmes sont agressées, violentées et parfois tuées par des hommes avec lesquels elles ont partagé leur vie ou parfois une personne avec laquelle elles ont entretenu une relation.
Face à cela, il faut agir : Il faut protéger les femmes, il faut mieux prévenir les violences, il faut renforcer les mécanismes d'alerte et de prise en charge, il faut poursuivre et sanctionner les auteurs.
Mais je pense qu'une autre question doit également être posée : Que faisons-nous pour empêcher les hommes de devenir des bourreaux ? Parce qu'une fois qu'une femme est morte, il est déjà trop tard.
Une sanction peut punir celui qui a commis le crime mais ne peut pas ramener la victime à la vie. C'est pourquoi je pense que notre réponse doit également commencer avant le passage à l'acte.
Nous devons aussi parler des hommes : beaucoup d’hommes arrivent à l’âge adulte avec des blessures qu’ils portent depuis l’enfance. L'adolescence et la jeunesse passée au sein de violences conjugales, d'abandons ou d'une éducation prônant la domination masculine absolue et la soumission des femmes crée un conditionnement psychologique profond. Malgré le serment conscient de ne jamais reproduire ces traumatismes, certains individus devenus adultes peuvent reproduire parfois inconsciemment ce cycle de violence. Ce phénomène tragique démontre ainsi la force invisible de l'héritage familial sur la volonté humaine.
Malgré leurs promesses d'enfance, certains hommes reproduisent à l'âge adulte les comportements blessants de leur propre père. La réussite matérielle et un statut social élevé ne guérissent pas automatiquement les fragilités ou les traumatismes intérieurs. Sous les titres et les costumes professionnels, subsistent souvent des hommes profondément marqués par leurs émotions et leurs frustrations passées.
Pour protéger efficacement les femmes, l'État ne doit pas abandonner ces hommes mais plutôt leur offrir un accompagnement ciblé. Sans jamais excuser ni justifier les actes criminels qui relèvent de la justice, il est indispensable d'agir sur les comportements en amont pour prévenir la violence avant qu'elle ne devienne irréversible.
Il est urgent de mettre l'accent sur l'éducation des hommes et des garçons en créant des espaces d'écoute pour leur apprendre à gérer leurs émotions sans honte. Exprimer ses sentiments et demander de l'aide ne relève pas de la faiblesse, mais constitue une véritable preuve de maîtrise de soi.
Pour façonner positivement le Cameroun de demain, la prévention doit débuter dès l'enfance en brisant les stéréotypes basés sur la domination physique et le contrôle des femmes. Il faut enseigner aux jeunes garçons qu'un homme peut être fort, traverser des ruptures ou exprimer des désaccords sans jamais recourir à la violence.
Finalement, l'identité masculine ne doit plus être synonyme de possession ou de supériorité sur l'épouse et l'enfant, mais doit reposer sur le respect d'autrui et le contrôle de soi.
La famille est la base de notre développement humain, et ses difficultés impactent directement toute la société. Les violences familiales peuvent être liées à plusieurs facteurs, parmi lesquels certaines addictions et consommations de substances, sans que celles-ci puissent à elles seules expliquer ou justifier les violences... ce qui nécessite une action ciblée de la part du ministère de la Santé.
Face à ces enjeux majeurs une seule administration ne peut pas agir efficacement de manière isolée. Une collaboration globale entre les ministères de la Santé, de la Justice, de l'Éducation et de la Sécurité est donc indispensable.
Une règle ou une interdiction perd toute son efficacité si elle n'est pas appliquée concrètement sur le terrain. De la même manière, les affaires médiatisées ne représentent qu'une infime minorité des souffrances réelles. La majorité des violences reste invisible, étouffée dans le silence des secrets de famille. Il est donc impossible de construire des solutions globales en se basant uniquement sur les cas publics. La réponse doit privilégier la prévention, l'écoute et l'accompagnement direct des foyers soutenus par une justice ferme en cas de crime.
Madame la Ministre, je vous propose de renforcer au niveau national un véritable programme de prévention et d'éducation familiale pour tous. Ce projet doit apprendre aux jeunes hommes à gérer leurs émotions, tout en sensibilisant les parents aux modèles qu'ils transmettent et aux notions de respect et de consentement. L'objectif est aussi d'améliorer la détection précoce des violences en milieu scolaire et familial, grâce à une collaboration étroite avec les professionnels de santé, les travailleurs sociaux et les leaders communautaires. Pour dépasser le stade des simples campagnes de communication, nous devons impérativement suivre et évaluer l'impact réel de ces actions sur le terrain. Bien que la stratégie nationale contre les VBG prévoie déjà des mesures, tout l'enjeu est de faire vivre ces orientations dans le quotidien des Camerounais. C'est ainsi que nous réussirons à protéger les femmes, accompagner les hommes et préparer l'avenir des enfants.
Madame la Ministre, je ne vous adresse pas cette correspondance pour accuser, mais pour dépasser les simples réactions d'indignation après chaque drame. Le décès d’une femme doit nous révolter, tout comme la violence d'un homme et les mauvaises références d’un garçon doivent nous interroger. Nous ne pouvons plus attendre qu’un jeune devienne violent pour nous demander où nous avons échoué.
Puisque la famille est la première école de la vie, son équilibre conditionne la force de nos citoyens, de nos institutions et de notre nation.
Certes, l'État doit agir, la justice doit sanctionner et les femmes doivent être protégées. Cependant, nous devons impérativement mettre l'accent sur la prévention, l'éducation et la transformation des comportements. La meilleure des luttes consiste à empêcher la violence avant même qu'elle ne commence. Pour transformer durablement notre pays, protégeons les femmes, n'abandonnons pas les hommes et préparons nos garçons.
KEMGUE Lacoste,
Jeune citoyen camerounais engagé sur les questions de gouvernance publique
Candidat déclaré aux élections municipales de 2026»









