Une onde de choc parcourt la profession d'avocat au Cameroun. Le Président de l'Assemblée Générale de l'Ordre, Me Gbaka Ernest Acho, a officiellement dénoncé deux résolutions du Conseil de l'Ordre qu'il juge « illégales » et « inconstitutionnelles ». Dans un communiqué cinglant, il exige leur retrait sous quinze jours, faute de quoi une action en justice sera engagée .
Selon une information révélée par nos confrères de CamerounWeb, la polémique porte sur deux textes : la résolution n°003 du 6 mai 2026, relative à la situation des avocats stagiaires titulaires de licences professionnelles, et la résolution n°005 du 18 août 2026, qui crée une mutuelle avec des cotisations obligatoires.
Le cœur du problème réside dans la compétence respective des organes de l'Ordre. Dans sa saisine, Me Gbaka Ernest Acho souligne que le Conseil de l'Ordre « statue dans les matières où il a compétence », rappelant que ces compétences « ne sont ni interchangeables, ni extensibles au gré des délibérations » .
Sur la question des stagiaires, la résolution n°003 permettrait au Conseil de déclarer a posteriori des avocats stagiaires « en état de violation des règles de la profession », alors même qu'ils auraient régulièrement suivi leur stage et prêté serment. Le président de l'Assemblée Générale s'interroge : « sur quel fondement des personnes admises au stage, ayant prêté serment et étant régulièrement inscrites sur la liste de stage peuvent-elles être déclarées a posteriori « en état de violation des règles de la profession » par une simple résolution du Conseil de l'Ordre ? ».
La résolution accorde trois années supplémentaires aux stagiaires concernés pour régulariser leur situation, ce qui porterait potentiellement la durée du stage à cinq ans, alors que la loi n°90/059 du 19 décembre 1990 encadre strictement cette durée à quatre ans.
La résolution n°005 est tout aussi controversée. Le Conseil de l'Ordre a institué une contribution annuelle de 100.000 FCFA pour les avocats et 50.000 FCFA pour les stagiaires, afin de financer une mutuelle .
Mais Me Gbaka Ernest Acho est formel : c'est l'Assemblée Générale, et elle seule, qui a le pouvoir de fixer les cotisations en vertu de l'article 48(1) de la loi. Il dénonce une « taxe obligatoire » imposée unilatéralement, sans aucun contrôle sur la gestion des fonds :
« Sur quelle base ces sommes seront-elles encaissées ? Dans quel budget apparaîtront-elles ? Dans quel compte seront-elles déposées ? Qui en assurera la gestion ? »
Le président de l'Assemblée Générale affirme que le principe d'une mutuelle, évoqué lors de l'Assemblée Générale du 30 janvier 2026, n'est pas en cause. C'est bien le mécanisme, imposé sans débat ni vote de l'Assemblée Générale, qui pose problème .
Me Gbaka Ernest Acho a officiellement demandé au Bâtonnier et au Conseil de l'Ordre de retirer ces deux résolutions. Un délai de 15 jours leur est accordé. À défaut, une « constitution de plusieurs Avocats » saisira la juridiction compétente pour contester la légalité des résolutions .
L'affaire promet de faire grand bruit dans le monde judiciaire camerounais. Elle met en lumière les tensions entre les différents organes du Barreau et ravive les débats sur la gouvernance de l'Ordre des Avocats.









