« Le diplôme, dans nos contrées, s'est mué en imposture consacrée. » C'est le constat sans appel de Varain Engolo, qui dénonce la faillite des intellectuels camerounais, ces « Protagoras de notre temps » qui vendent du vent habillé de rhétorique. Il fustige ces docteurs, agrégés et mandarins qui, ivres de leur propre voix, ne servent à peu près à rien : aucune industrie fondée, aucune découverte à leur nom, aucun pont ou hôpital construit par leur science. Leur royaume se réduit aux plateaux de télévision, où ils déversent un pédantisme abject, confondant le verbiage avec la pensée. L'auteur oppose à cette « aristocratie de la parole creuse » le GRIT – cet alliage de passion et de persévérance – dont Samuel Eto'o est l'illustration vivante : un homme sans titre universitaire qui a hissé le nom du Cameroun sur les pelouses les plus prestigieuses. « Cessez de vénérer le parchemin. Vénérez l'œuvre. »
L'IMPOSTURE DES DIPLÔMES : QUAND LE PARCHEMIN REMPLACE L'ŒUVRE.
Par Varain Engolo
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S'il est un pays qui incarne jusqu'à la caricature la faillite des intellectuels et l'inanité de leurs parchemins, c'est bien le Cameroun.
Dans l'Athènes du Ve siècle avant notre ère, un homme du nom de Protagoras d'Abdère parcourait la Grèce en monnayant fort cher son enseignement. Premier sophiste à ériger la stipendiation en principe, il exigeait de ses disciples des sommes considérables pour leur apprendre à défendre une thèse et son contraire dans une égale virtuosité, à rendre le discours faible plus convaincant que le puissant.
On l'admirait, le couvrait d'or, se pressait sous les portiques pour l'entendre.
De cette gloire tapageuse, il n'est pourtant rien resté de tangible : aucun temple dont les colonnes défieraient les siècles, nulle route ouvrant un pays au commerce, pas le moindre remède arraché à la maladie ni une quelconque cité nourrie par son génie. Il a vendu du vent habillé de rhétorique, et la postérité, cette juge impitoyable, n'a retenu de lui qu'une formule sur l'homme mesure de toute chose, gravant en revanche dans le marbre les noms des bâtisseurs, des stratèges et des inventeurs qui firent véritablement la grandeur d'Athènes.
Nos intellectuels camerounais sont les Protagoras de notre temps.
Hormis l'exhibition de leurs titres, brandis comme on montrerait un attribut viril dans un concours où seule compterait la dimension, ces docteurs, agrégés, mandarins auréolés de grades ronflants ne servent à peu près à rien.
Qu'ont-ils fait progresser ?
Quelle industrie ont-ils fondée ?
Quelle découverte porte leur nom ?
Quel pont, quelle usine, quel hôpital doit son existence à leur science ?
Leur royaume se réduit aux plateaux de télévision, où ils déversent un pédantisme abject, ivres de leur propre voix, confondant le verbiage avec la pensée.
Il faut nommer le ressort psychique qui les gouverne : l'intellectualisation.
La psychanalyse a identifié ce processus de défense par lequel un individu se réfugie, dans l'abstraction pour fuir, la confrontation avec le monde concret et l'exigence d'agir.
Le clerc camerounais en est le prototype parfait.
Devant une nation qui réclame des infrastructures et des remèdes palpables, il répond par des colloques et des concepts.
Il théorise le sous-développement sans jamais le combattre, il disserte sur la misère depuis le confort d'un fauteuil climatisé. Son érudition ne sert pas le monde, elle le tient à distance, comme un rempart dressé contre l'obligation d'y intervenir.
Le diplôme, dans nos contrées, s'est mué en imposture consacrée. Il ne certifie plus une compétence, il présume une aptitude.
Il fabrique une aristocratie de la parole creuse, une caste de rhéteurs stériles convaincus que le savoir livresque les affranchit de toute contribution concrète au destin national.
Il est temps d'énoncer cette évidence que nos élites académiques redoutent : le parchemin est un blason périmé, une présomption d'intelligence que trop peu de ses détenteurs honorent par des actes.
Ce dont le Cameroun a désespérément besoin, ce ne sont pas de nouveaux lettrés experts dans l'art de disserter sur l'inaction. Ce sont des hommes et des femmes dotés de ce que la psychologue américaine Angela Duckworth a nommé le GRIT.
Duckworth, dans ses recherches à l'Université de Pennsylvanie, a dévoilé ce que nos sociétés obnubilées par les grades se refusent, à entendre : le talent et le quotient intellectuel ne garantissent pas le succès véritable.
Ce qui l'annonce, c'est le GRIT, cet alliage de la passion et de la persévérance au service d'un but lointain. Elle a suivi des cadets de West Point, des finalistes de concours nationaux, des entrepreneurs, et partout le même verdict s'imposait : les esprits les plus brillants ne sont pas les plus performants. Les vainqueurs sont les plus opiniâtres, ceux qui étreignent leur objectif jour après jour, traversant les échecs et les revers dans une ténacité qu'aucun cursus ne délivre.
Cette vertu ne s'acquiert pas sous les lambris d'un amphithéâtre. Elle se forge dans l'arène, là où l'on chute et se redresse, où l'idée affronte le concret et doit plier ou triompher.
Samuel Eto'o en offre l'illustration vivante.
Cet homme n'a peut-être aligné aucun titre universitaire, mais il a marié la passion dévorante à une volonté inébranlable, et il a davantage servi l'image du Cameroun que la cohorte entière de nos beaux parleurs de plateau. Sorti d'un terrain vague de New Bell, il a gravi les cimes du football planétaire par sa seule obstination, hissant le nom de la patrie sur les pelouses les plus prestigieuses, galvanisant des millions de jeunes, dans son pays.
Un seul être habité par cette flamme accomplit plus que mille érudits paralysés, par leur propre savoir.
Que l'on saisisse bien ma pensée.
La connaissance n'est pas l'adversaire.
Le savoir authentique, celui qui enfante l'action et métamorphose le monde, garde une valeur inestimable. Ce que je fustige, c'est son ersatz : le diplôme brandi comme une finalité, le grade exhibé en trophée vain, le savoir transformé en parade narcissique par des êtres qui n'ont jamais engendré autre chose que des phrases.
Le Cameroun ne se relèvera pas, par la grâce de ceux qui ratiocinent sur tout sans avoir jamais rien édifié. Il renaîtra grâce à la volonté de ceux qui portent en eux la rage tranquille des bâtisseurs, cette passion soudée à l'endurance, ce GRIT qui sépare l'homme d'action du disserteur.
Cessez de vénérer le parchemin.
Vénérez l'œuvre......ugh j'ai dit !
APPRENEZ OU PÉRISSEZ !
Varain Engolo : THE GOAT !









