Actualités of Friday, 21 August 2026

Source: www.camerounweb.com

Paul Biya est de retour : maintenant, l'essentiel commence

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Après plus de soixante-dix jours d'absence, Paul Biya a retrouvé Yaoundé, en fin d'après-midi du jeudi 20 août 2026. Accueilli par un peuple en liesse et la quasi-totalité des hautes personnalités du pays, le chef de l'État regagne le palais présidentiel, mettant fin à une longue séquence durant laquelle son absence aura occupé une place disproportionnée dans l'espace public. Mais ce retour, s'il rassure sur la continuité des institutions, ne doit pas être une simple parenthèse festive. L'essentiel commence maintenant : clarification institutionnelle avec la nomination d'un vice-président, formation d'un gouvernement renouvelé et performant, réponses économiques et sociales, et gouvernance plus proche des préoccupations quotidiennes. « Paul Biya est de retour. Tant mieux. Mais le véritable rendez-vous commence maintenant. »








Par Parfait Ayissi



Après plus de soixante-dix jours d'absence du territoire national, Paul Biya a retrouvé Yaoundé, en fin d'après-midi du jeudi 20 août 2026. Le président de la République et son épouse ont été accueillis à leur descente à l'aéroport international de Yaoundé-Nsimalen par un peuple en liesse. La quasi-totalité des hautes personnalités étaient présentes, notamment venues de la présidence de la République, du gouvernement et du Parlement. Après un temps d'arrêt dans le pavillon d'honneur, Paul Biya a regagné le palais présidentiel, non sans avoir apprécié la foule bigarrée rassemblée sur le tarmac ainsi que les populations massées tout le long de l'itinéraire qui l'a conduit à Etoudi. Une communion d'autant plus vive que tout le monde attendait « L'homme Lion » pour le voir « en chair et en os ». C'est en tout cas un Paul Biya dégageant une énergie renouvelée que les Camerounais ont retrouvé en fin d'après-midi hier.

Annoncé depuis plusieurs jours, le retour du chef de l'État est donc désormais effectif. Outre les retrouvailles chaleureuses avec ses concitoyens, il met un terme à une longue séquence durant laquelle l'absence présidentielle aura occupé une place disproportionnée dans l'espace public camerounais. Parti le 7 juin pour ce qui avait été présenté comme un séjour privé en Europe, le président de la République aura finalement passé plus de deux mois à Genève.

Les rumeurs tues

Il faut d'abord se réjouir de ce retour. Non pas parce qu'un président de la République serait au-dessus des interrogations légitimes de ses concitoyens, mais parce que la stabilité d'un État commande que ses institutions fonctionnent dans la clarté et la sérénité.

Car, pendant ces longues semaines, le Cameroun aura vécu une véritable bataille de l'information. Et, disons-le franchement, certaines limites ont été dangereusement franchies.

Mort annoncée, hospitalisation supposée, coma inventé, évacuation médicale supputée, incapacité à gouverner imaginée, succession déjà organisée : les réseaux sociaux ont produit leur lot quotidien de scénarios, parfois grotesques, souvent anxiogènes. Des publications sournoises de fameux influenceurs camerounais en mal de followers basés à l'étranger, d'acteurs politiques désœuvrés, ainsi que celles de couards qui opèrent sous de faux profils ont malheureusement été relayées à grande vitesse sur les réseaux sociaux.

Certains médias, pour des questions de visibilité ou des raisons inavouées, ont transformé des informations invérifiées en certitudes. En juillet dernier, le gouvernement avait d'ailleurs dénoncé des rumeurs « fantaisistes » concernant l'état de santé du président.

Le phénomène n'est pas nouveau. En 2024, la mort du président avait été annoncée sur les réseaux sociaux avant d'être démentie. Deux décennies plus tôt, alors que les Camerounais entraient véritablement dans la révolution des télécommunications, cette rumeur avait fait son chemin, avant d'être tue par le retour triomphal de Paul Biya qui avait alors « donné rendez-vous dans une vingtaine d'années » à ses calomniateurs.

Mais cette fois, la durée exceptionnelle de l'absence présidentielle a offert – malheureusement – un terreau particulièrement fertile aux spéculations. Il faut donc le dire avec fermeté : une rumeur n'est pas une information parce qu'elle est abondamment partagée. Et l'état de santé d'un chef d'État ne saurait devenir un feuilleton alimenté par des captures d'écran, des « sources proches du palais » ou des vidéos sorties de leur contexte.

Cependant, cette mise au point vaut dans les deux sens. Combattre les fausses nouvelles ne signifie pas demander aux Camerounais de renoncer à leurs interrogations. Le silence prolongé des instances dirigeantes crée mécaniquement un vide informationnel. Et dans ce vide, la rumeur prospère. La meilleure réponse à l'intoxication informationnelle demeure donc la transparence institutionnelle.

Urgences, urgences, urgences…

Le retour du président doit donc précisément être l'occasion d'ouvrir une nouvelle séquence. Car Paul Biya ne rentre pas dans un Cameroun en attente de cérémonial. Il retrouve un pays confronté à des urgences considérables. Le pouvoir a devant lui des décisions qui ne peuvent éternellement être différées.

La première est institutionnelle. La réforme constitutionnelle promulguée le 14 avril 2026 a réintroduit la fonction de vice-président de la République. Or, à ce jour, aucune nomination n'a été officiellement annoncée. Cette question est devenue trop importante pour demeurer dans le registre des supputations. Une fois encore, certains adeptes de la manipulation ont avancé des affirmations les plus inimaginables sur des personnalités ou de potentielles désignations à ce poste.

Monsieur le Président, il faut maintenant sortir cette question de la rumeur et la ramener dans le champ de la décision républicaine. Le pays attend également un gouvernement capable de répondre aux défis de la séquence politique en cours. Après l'élection présidentielle et la prestation de serment en 2025, après les remaniements partiels, l'heure est à une équipe gouvernementale qui ne soit pas seulement un assemblage de fidélités, mais une équipe de travail, d'action et de résultats.

Questions économiques et sociales

L'économie réclame elle aussi des réponses. Le coût de la vie pèse sur les ménages. Le chômage et le sous-emploi continuent de nourrir les frustrations de la jeunesse, laquelle a reçu des promesses fermes du président de la République. Les infrastructures énergétiques, routières et numériques demeurent des chantiers essentiels. Le secteur privé attend un environnement plus lisible, tandis que l'État doit améliorer l'efficacité de la dépense publique et accélérer la transformation locale des ressources.

La question sociale ne saurait davantage être reléguée au second plan. Éducation, santé, emploi, pouvoir d'achat, protection sociale : derrière les statistiques et les programmes, il y a des Camerounais qui attendent des résultats concrets.

Lion's spirit

Le président retrouve également un pays qui vient de vibrer autour des Lionnes Indomptables, championnes d'Afrique. Leur sacre à la CAN Maroc 2026 a montré, une fois encore, cette formidable capacité du Cameroun à se rassembler lorsqu'il existe une cause commune. Que cette victoire soit donc plus qu'une parenthèse festive : qu'elle inspire une politique plus ambitieuse en faveur de la jeunesse, de la femme, du sport et de l'excellence.

Enfin, le retour du chef de l'État doit être celui du retour à la normalité institutionnelle. Le Cameroun n'a pas besoin d'un président transformé en apparition rare, dont chaque déplacement devient un événement national et dont chaque absence nourrit une guerre des interprétations. Il a besoin d'institutions fortes, prévisibles et suffisamment transparentes pour que le fonctionnement de l'État ne dépende pas de la circulation d'une rumeur sur WhatsApp ou Facebook.

Paul Biya est de retour. Tant mieux. Mais le véritable rendez-vous commence maintenant. Au-delà des applaudissements, des cortèges et des images officielles, le peuple attend des actes. Une clarification institutionnelle. Une équipe gouvernementale renouvelée et performante. Des réponses économiques. Des mesures sociales. Une gouvernance plus proche des préoccupations quotidiennes.