Actualités of Wednesday, 19 August 2026

Source: L'Indépendant n°1056

Nécrologie : cette anecdote liée à Gérard Ondo Ndong qui est difficile à oublier

Un grand homme Un grand homme

Emmanuel Gérard Ondo Ndong s’est éteint le 15 août 2026 à Assandjick, par Ambam, sur cette terre natale qui l’avait vu naître et à laquelle il retourne. Il y a, dans cette circonstance, quelque chose de profondément Ekang : l’homme retourne à la terre, mais son nom demeure dans la communauté des vivants et des ancêtres.

Serviteur de l’État, il fut aussi une autorité traditionnelle. Cette double vocation n’était pas chez lui une contradiction. Elle disait au contraire une certaine conception de l’État africain : l’État moderne ne devrait jamais être condamné à ignorer la profondeur historique des sociétés qui l’ont précédé.

Emmanuel Gérard Ondo Ndong appartenait à cette génération d’hommes qui savaient que l’autorité ne se résume ni à un décret, ni à un uniforme, ni à une fonction. Elle se conquiert par la responsabilité, la parole tenue, le respect des autres et cette capacité rare à faire tenir ensemble la mémoire des ancêtres et les exigences de la République. Je l'ai expérimenté à plus d'une reprise quand il m'a été donné de visiter son village.

Chez les Ekang, la tradition n’est pas un musée. Elle est une conversation permanente entre les morts, les vivants et ceux qui viendront après nous. C’est pourquoi la disparition d’un chef, d’un notable, prend une dimension qui dépasse l’individu.

Entre l’Afrique des ancêtres et la République des citoyens, Emmanuel Gérard Ondo Ndong aura ainsi occupé une place singulière. Celle d’un homme qui savait que l’autorité traditionnelle n’est digne de ce nom que lorsqu’elle protège la dignité humaine, et que l’État n’est véritablement républicain que lorsqu’il demeure au service du peuple.

Son départ nous oblige donc à dépasser les formules convenues du deuil. Nous ne disons pas seulement : « RIP au grand homme ». Nous disons : merci pour le service rendu à son semblable, merci pour la mémoire gardée, merci pour cette part de la grande maison Ekang dont vous étiez devenu l’un des gardiens.

À Assandjick, la terre qui vous a vu naître vous accueille désormais. Que les anciens vous reconnaissent. Que les vivants se souviennent. Et que les générations futures comprennent qu’un homme d’État ne meurt jamais tout à fait lorsqu’il laisse derrière lui une idée du devoir, une mémoire et une communauté capable de prononcer son nom avec respect.

À S.M. Emmanuel Gérard Ondo Ndong, serviteur de l’État et autorité traditionnelle, nous adressons notre hommage. Que la terre de nos ancêtres vous soit légère.