Actualités of Monday, 10 August 2026

Source: www.camerounweb.com

Révélations de Jeune Afrique sur le rôle d’Éto’o et de Chantal Biya dans la guerre entre Baboke et Ngoh Ngoh

La rivalité a été accentuée par la proximité de Baboke avec Chantal Biya et Samuel Eto’o La rivalité a été accentuée par la proximité de Baboke avec Chantal Biya et Samuel Eto’o

Selon plusieurs sources citées par Jeune Afrique, Oswald Baboke et Ferdinand Ngoh Ngoh sont opposés autour de deux dossiers sensibles : le trafic présumé d’or et l’affaire des faux décrets, chacun des camps cherchant à protéger son responsable et à incriminer l’autre. La rivalité a été accentuée par la proximité de Baboke avec Chantal Biya et Samuel Eto’o, ainsi que par la perspective de sa nomination éventuelle à la vice-présidence, une fonction qui intéresserait également Ngoh Ngoh.

Entre Oswald Baboke et Ferdinand Ngoh Ngoh, le conflit que la présidence veut cacher

Longtemps au-dessus de la mêlée, Oswald Baboke se retrouve au cœur d’un affrontement avec le tout-puissant secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh. Faux décrets, trafic d’or, course à la vice-présidence : récit d’une guerre qui embrase le palais.
Par Yves Plumey Bobo

Ce 31 juillet, l’ambiance se veut chaleureuse. Une cérémonie de remise de décorations est organisée au palais d’Etoudi, à Yaoundé, en l’honneur de plusieurs collaborateurs du secrétariat général de la présidence du Cameroun. Costumes sombres à la coupe impeccable, sourires appuyés, gestes complices : Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général, et Oswald Baboke, le directeur adjoint du cabinet civil de Paul Biya, avancent côte à côte, du même pas. Le premier baisse la tête en riant. Le second, visiblement détendu, semble apprécier une plaisanterie.

Pourtant, quelques jours plus tôt, ils se livraient un âpre combat, en coulisse. Au centre de leur bataille, deux scandales : celui du trafic d’or et celui des faux décrets. Dans ces dossiers, qui, sur ordre du chef de l’État, font toujours l’objet d’investigations, le directeur adjoint du cabinet civil fait, dans les médias, figure de suspect. Il a été entendu à plusieurs reprises par les enquêteurs. Quant au secrétaire général de la présidence, il est, comme souvent, cité comme l’un des cerveaux présumés de certains réseaux supposément impliqués.

Depuis de longues semaines, chaque camp tente de sauver son leader en rejetant la faute sur l’autre. Et ce, à grands renforts de correspondances et de rapports adressés à Paul Biya, qui séjourne à Genève depuis le 7 juin. Une source à Etoudi l’assure : la scène du 31 juillet n’est donc qu’une « mise en scène », une injonction venue de Suisse. Ngoh Ngoh et Baboke, dont l’affrontement a rendu l’atmosphère du palais irrespirable, ont été contraints de se plier au jeu.

Samuel Eto’o entre en scène

Comment en est-on arrivé là ? Ces dernières années, Oswald Baboke avait réussi une performance rare à Etoudi : traverser les guerres de clans sans donner l’impression d’y prendre part. Certes très proche de la première dame, Chantal Biya, il cultivait l’image d’un homme au-dessus de la mêlée. Ce pasteur semblait cheminer paisiblement entre l’église qu’il a créée et le palais présidentiel, cultivant ses réseaux, se gardant de se fâcher avec quiconque. « C’est quelqu’un de bien », répétaient ses proches et même certains de ses adversaires.

« Quelqu’un de bien » dont Ferdinand Ngoh Ngoh avait commencé, cependant, à se méfier. Depuis plusieurs années, le secrétaire général soupçonne en effet Baboke de transmettre des informations confidentielles du palais à des relais extérieurs – des accusations que l’intéressé a toujours rejetées. Puis, l’implication de Samuel Eto’o est venue agrandir le fossé : le président de la Fédération camerounaise de football, qui est un ami de Baboke, s’est éloigné de Ngoh Ngoh à mesure que croissait sa rivalité avec un proche de ce dernier, Narcisse Mouelle Kombi, le ministre des Sports.

Oswald Baboke semble avoir fait les frais de la rupture entre l’ancien Lion indomptable et le secrétaire général de la présidence. Il aurait d’abord été écarté par Ferdinand Ngoh Ngoh de l’organisation de la dernière cérémonie de vœux à Paul Biya, au début de 2026, alors que cette mission relevait habituellement de ses attributions. Une campagne aurait ensuite été menée contre lui auprès de Chantal Biya. Sa principale protectrice l’aurait un temps tenu à distance, avant de lui rendre sa confiance.

Chantal Biya à l’origine de la rupture ?

Tout aurait peut-être pu rentrer dans l’ordre. Mais, en avril 2026, Paul Biya décide de réinstaurer le poste de vice-président de la République. Résultat : la guerre des clans devient paroxystique. Selon plusieurs sources, Chantal Biya aurait envisagé de confier le poste à Oswald Baboke. Oubliant peut-être un peu vite que Ferdinand Ngoh Ngoh convoitait la fonction, dont il avait d’ailleurs prôné la réinstauration.

Pour un proche du directeur adjoint du cabinet civil, contacté par Jeune Afrique, aucun doute : c’est ce choix de la Première dame qui a déclenché la guerre entre les deux hommes. Et celle-ci a éclaté au grand jour dès les premiers scandales : le trafic d’or présumé et l’affaire des faux décrets présentés à la CRTV, la télévision nationale. Alors que le poste de vice-président est toujours vacant, tout occasion est bonne pour porter des coups à son rival, au risque de s’attirer les remontrances d’un chef de l’État qui séjourne à des milliers de kilomètres du champ de bataille.

Des rapports de services de renseignements, lesquels sont réputés favorables au secrétaire général de la présidence, affirment que le nom qui figure sur le faux décret de nomination d’un vice-président, présenté à CRTV mais qui n’a pas été diffusé, était celui d’Oswald Baboke. De plus, Johann Sitchom, interpellé après avoir tenté de faire lire les documents à la CRTV, aurait fréquenté, avec sa mère, la Chapelle de la Gloire du Christ, l’église de Baboke. Devenu suspect dans les enquêtes en cours, ce dernier crie au complot politique.

Deux camps, deux récits

Pour les fidèles d’Oswald Baboke, l’heure est à la défense. Selon eux, le faux décret serait un montage, commandé par un Ferdinand Ngoh Ngoh résolu à avoir la peau de son rival. Le secrétaire général de la présidence aurait activé son réseau de « lanceurs d’alerte » et de communicants, et soutenu en sous-main certains organes de presse pour déstabiliser le directeur adjoint du cabinet civil. Quant aux publications consacrées au patrimoine supposé de ce dernier, elles feraient également partie d’une campagne de dénigrement savamment orchestrée.

Puis, le camp Baboke passe à l’attaque. S’il faut chercher les responsables d’un trafic d’or, mieux vaudrait interroger, disent-ils, les réseaux qui contrôlent les principaux points de sortie du territoire, c’est-à-dire les ports et les aéroports. Manière de désigner certains éléments du Bataillon d’intervention rapide – le BIR, que supervise le secrétariat général de la présidence –, et d’orienter les soupçons vers des entreprises et des hommes d’affaires, notamment israéliens, réputés liés à Ferdinand Ngoh Ngoh.

Accusations contre accusations. Les enquêteurs du Secrétariat d’État à la Défense – dont le patron, Galax Yves Landry Etoga, est un proche de Ngoh Ngoh – et de la Direction de la sécurité présidentielle, chargés par Paul Biya de faire la lumière sur les affaires de l’or camerounais et des faux décrets, naviguent en eaux très troubles. Si la consigne passée à la fin de juillet depuis Genève a pour le moment fonctionné, posant un couvercle sur la marmite d’Etoudi, celle-ci n’en menace pas moins à tout moment de déborder de nouveau.

Jeune Afrique