Au-delà du sort individuel des 36 migrants ayant saisi la justice camerounaise, c'est tout un système d'accords migratoires entre les États-Unis et plusieurs pays africains qui mérite d'être interrogé. Un article de Jeune Afrique, s'appuyant sur une enquête de l'AFP, met en lumière les leviers financiers et diplomatiques utilisés par Washington pour convaincre des pays tiers d'accueillir des personnes expulsées de son territoire.
Selon Jeune Afrique, le Cameroun fait partie d'un groupe désormais assez large de pays africains ayant accepté d'accueillir des personnes expulsées des États-Unis, aux côtés de la Centrafrique, de la Guinée équatoriale, du Ghana, du Rwanda, du Soudan du Sud, de l'Eswatini, de la RDC et de la Sierra Leone. Une géographie qui, selon l'article, dessine les contours d'une nouvelle politique migratoire américaine consistant à transférer vers des pays tiers des personnes que Washington ne peut légalement renvoyer directement dans leur pays d'origine.
Des millions de dollars et la menace des visas
L'élément le plus significatif rapporté par Jeune Afrique, à partir de l'enquête de l'AFP, concerne les moyens de pression utilisés par l'administration américaine pour obtenir la coopération de ces pays tiers : des accords chiffrés en millions de dollars auraient été proposés, assortis, en creux, de la menace de restrictions de visas pour les pays qui refuseraient de coopérer. Un double levier, financier et diplomatique, qui interroge sur le degré réel de libre choix dont disposent des pays africains sollicités dans le cadre de ces accords.
Ce que cet article de Jeune Afrique met en évidence, c'est que ce dispositif migratoire américain, en s'appuyant sur des incitations financières et des pressions diplomatiques à l'égard de pays tiers, ne fait bien souvent que déplacer géographiquement une situation de vide juridique — comme l'illustre le cas des 36 migrants aujourd'hui contraints de saisir la justice camerounaise pour obtenir un statut que ni les États-Unis ni, jusqu'à présent, le Cameroun ne leur ont clairement garanti.









