Plusieurs Camerounais critiquent la gestion de la Direction des Assurances du Cameroun, accusant sa responsable, Antoni Marie Jubilaire Aboui Mendoua, d'humilier les dirigeants des compagnies d'assurance et de bloquer des dossiers stratégiques, notamment la digitalisation des attestations d'assurance automobile et l'assurance des conteneurs. Il lui est aussi reproché un manque de compétences techniques, une gouvernance fondée sur l'intimidation et une protection liée à son statut d'épouse d'un haut responsable militaire.
Dix patrons d’assurance humiliés, des dossiers stratégiques bloqués, une administration qui confond régulation et commandement militaire. Enquête sur un fief où l’incompétence se pare des galons de la Marine.
Ils sont dix. Dix patrons de compagnies d’assurance, des hommes et des femmes qui pèsent des milliards de FCFA dans l’économie camerounaise. Dix capitaines d’industrie qui ont attendu deux mois, multiplié les relances, pour obtenir une simple audience avec leur tutelle technique au Ministère des Finances.
Lorsque la rencontre a enfin eu lieu, elle ne ressemblait à rien de ce qu’ils avaient imaginé. Pas de salle de conférence, pas d’échanges professionnels. Mais une mise en scène soigneusement orchestrée pour rappeler à ces « puissants » qui commande vraiment.
Neuf étages à pied. L’ascenseur en panne. Une salle exiguë digne d’un cachot. Des chaises délabrées. Pendant ce temps, ces dirigeants proposaient de financer eux-mêmes une salle conviviale en centre-ville. Refus catégorique de la Directrice des Assurances. Il fallait que l’humiliation ait lieu ici, dans ses murs.
Bienvenue dans le quotidien de Madame Antoni Marie Jubilaire Aboui, épouse Mendoua, Directrice des Assurances au Cameroun.
LE FIEF D’UNE GÉNÉRALE
Qui est cette femme qui traite les plus grands patrons du secteur comme des écoliers en punition ? Née Antoni Marie Jubilaire Aboui, elle est surtout connue pour être l’épouse du Vice-Amiral Jean Mendoua, Chef d’état-major de la Marine nationale.
Un mariage qui n’est pas un détail biographique. Dans le fonctionnement du système camerounais, c’est un sésame, un bouclier, un permis de gouverner sans rendre de comptes. Protégée par l’uniforme, Mme Mendoua agit comme si les codes de la Marine s’appliquaient à son cabinet : obéissance sans faille, intimidation, mépris des civils.
Les acteurs du secteur sont formels : « Elle ne maîtrise rien des assurances. Ni les produits, ni les mécanismes financiers, ni les enjeux de la régulation. » Mais peu importe. L’autorité qu’on lui a confiée ne repose pas sur ses compétences, mais sur la crainte qu’inspire son nom.
LES DOSSIERS SACRIFIÉS SUR L’AUTEL DE L’EGO
Pendant que Mme Mendoua installe son fief, le secteur de l’assurance s’asphyxie.
Deux dossiers majeurs, bloqués depuis des mois, illustrent le coût de cette gouvernance par l’intimidation :
1. La digitalisation des attestations d’assurance automobile
Un projet simple, efficace, qui ferait gagner du temps aux usagers, réduirait la fraude aux fausses attestations et fluidifierait les contrôles routiers. Mais ce progrès, c’est un affront à son autorité. Si les attestations sont digitalisées, elle perd le contrôle, elle perd la main. Alors on bloque. On temporise. On renvoie les DG à plus tard.
2. L’assurance des containers
Le port de Douala, poumon économique du Cameroun, attend. Les logisticiens, les transitaires, les importateurs attendent. Mais l’assurance des containers, c’est un dossier technique qui échappe à Mme Mendoua. Alors il dort dans un tiroir, comme les autres.
Le message est clair : Tant que ce n’est pas elle qui décide, rien ne bouge. Pas par conviction, pas par analyse, mais par ego.
UN CLIMAT DE TERREUR QUOTIDIEN
Ce n’est pas une affaire d’un jour. Les témoignages affluent, concordants, accablants.
Les collaborateurs du Ministère des Finances subissent au quotidien des injures, des humiliations, une condescendance qui n’a d’égale que l’absence totale de compétences techniques.
Les intermédiaires du marché des assurances, les courtiers, les agents généraux, sont traités comme des importuns. Les DG, hier encore considérés comme des partenaires, sont aujourd’hui reçus comme des plaideurs.
« Ce n’est plus une direction des assurances, c’est un commando », souffle un acteur du secteur. « Elle confond la régulation d’un marché financier avec les opérations de répression militaire qu’elle voit depuis son salon. »
LE COÛT D’UNE INCOMPÉTENCE PROTÉGÉE
Le Cameroun paie cher le maintien à ce poste d’une personne dont le seul mérite semble être d’avoir épousé un haut grade.
Le secteur des assurances, c’est des milliards de FCFA de primes collectées, des milliers d’emplois directs et indirects, une contribution essentielle au financement de l’économie. Mais comment un secteur peut-il se développer quand sa tutelle est bloquée, incompétente et méprisante ?
Ce que les DG ont vécu l’autre jour, ce n’est pas une maladresse administrative. C’est un message.
Un message adressé à tout le secteur : _vous êtes ici chez moi. Vous montez les escaliers comme des soldats. Vous vous asseyez sur des chaises cassées. Et vous attendez que je vous accorde ma grâce._
À QUI PROFITE CE SYSTÈME ?
La question qui dérange, celle qu’il faudra poser au Ministre des Finances et au plus haut sommet de l’État :
Pourquoi Madame Mendoua est-elle encore à ce poste ?
Pourquoi le Président de la République, qui parle sans cesse de modernisation, de lutte contre la fraude, d’émergence, laisse-t-il une femme incompétente et humiliante bloquer des dossiers stratégiques ?
Pourquoi une épouse de général est-elle intouchable quand des milliers de Camerounais attendent des services numériques, des procédures fluides, une administration qui respecte ceux qui créent de la richesse ?
LA FIN DE L’IMPUNITÉ ?
Les dix DG qui ont vécu cette humiliation ne sont pas des anonymes. Ils sont les piliers d’un secteur qui rapporte gros à l’État. Leur colère, froide, méthodique, pourrait bien être le début de la fin de ce fief.
Car si le système protège Mme Mendoua, il a oublié une chose : les patrons d’assurance savent évaluer les risques.
Et le plus grand risque pour elle, aujourd’hui, c’est que leur silence se brise.
Boris Bertolt









