Homme d'affaires avant d'être un homme politique déclaré, Franck Biya s'appuie sur un premier cercle économique constitué de longue date, dont les contours viennent d'être détaillés par une enquête de Jeune Afrique. Un réseau qui mêle amitiés d'enfance, montages d'entreprises communes et positions stratégiques dans des secteurs sensibles de l'économie camerounaise.
Jeune Afrique retrace la trajectoire de Christian Mataga, filleul de Paul Biya, dont le père — Philippe Mataga, ancien directeur du cabinet civil — aurait souhaité que leurs fils grandissent ensemble. Diplômé de la Sorbonne et d'HEC Paris, Mataga dirige depuis 2007 la Société commerciale industrielle et forestière (Scifo), une entreprise d'exploitation du bois tropical cofondée, selon l'enquête, avec Franck Biya lui-même et Michèle Azar, proche de Chantal Biya — signe que les cercles économiques des deux branches de la famille présidentielle ne sont pas totalement étanches.
Autre pilier identifié par Jeune Afrique : Serge Akounou, qui a suivi Franck Biya jusqu'aux États-Unis pour ses études, passé ensuite par Standard Chartered et Citibank au Cameroun avant de rejoindre le fils du président à Johannesburg. Il siégerait aujourd'hui au Shareholders Council du cabinet McKinsey — une ascension internationale que l'enquête relie directement à sa proximité avec Franck Biya, même si leur relation traverserait une zone de turbulences.
L'enquête de Jeune Afrique met en avant un profil moins connu du grand public : Ghislain Nguewo, homme d'affaires issu d'un milieu modeste, décrit comme capable de mener des « missions délicates » et devenu, selon le magazine, l'un des partenaires économiques les plus importants de Franck Biya.
Jeune Afrique cite également Thomas Owona Assoumou, directeur général des Aéroports du Cameroun, dont la position à la tête d'un secteur aussi stratégique que l'aérien en ferait un relais économique de poids pour les intérêts du premier cercle.
Une économie de réseau plus qu'une économie d'État
Ce que révèle cette cartographie économique, telle que documentée par Jeune Afrique, c'est la manière dont les intérêts privés de Franck Biya se sont progressivement imbriqués avec des positions publiques stratégiques — banque, transport aérien, exploitation forestière — dessinant les contours d'un pouvoir économique parallèle qui pourrait peser lourd dans la bataille de succession en cours.









