Actualités of Saturday, 1 August 2026

Source: www.camerounweb.com

Guerre de succession : Une trêve de façade avant la véritable guerre entre Ngoh Ngoh et Baboke

Cette démonstration d'unité produit l'effet inverse chez les analystes politiques Cette démonstration d'unité produit l'effet inverse chez les analystes politiques

L'apparition publique de Ferdinand Ngoh Ngoh et d'Oswald Baboke vise à afficher une unité de façade pour démentir les rumeurs de divisions au sein de leur camp politique, dans un contexte marqué par plusieurs controverses récentes. Cette démonstration traduit plutôt l'intensification des rivalités liées à la succession de Paul Biya et révèle la fragilité des équilibres au sommet de l'État.

LE SURSAUT DE LA NANGASPHÈRE : OU L’URGENCE D’UNE SOLIDARITÉ DE FORME SUR DES BRAISES ARDENTES D’UNE PÉRIODE CRÉPUSCULAIRE

L'image mise en scène de Ferdinand Ngoh Ngoh (Secrétaire Général de la Présidence) et d'Oswald Baboke (Directeur Adjoint du Cabinet Civil), s'affichant unis pour faire taire les rumeurs de fracture interne, est un événement hautement symbolique.

Cette tentative de rassurer l'opinion intervient alors que le camp des fidèles de la Première Dame (souvent qualifié de « clan Nanga ») traverse de fortes secousses. Entre la convocation d'Oswald Baboke devant le Tribunal Criminel Spécial (TCS) fin juin, l'affaire du faux décret présidentiel et la mise à la retraite forcée du Général Tchemo, les lignes de fracture étaient devenues trop visibles.

UNE TRÊVE DE FAÇADE DANS LA GUERRE DES CLANS

Loin de stabiliser le processus de transition, cette démonstration d'unité produit l'effet inverse chez les analystes politiques.

En politique, le besoin de prouver publiquement que "tout va bien" valide généralement l'existence d'une fracture majeure. Cet affichage démontre que la guerre de succession pour le poste nouvellement créé de Vice-Président ou pour l'après-Biya a atteint un point de non-retour.

Ferdinand Ngoh Ngoh et Oswald Baboke sont perçus comme deux des principaux prétendants au pouvoir au sein de la même faction. Ce geste "main dans la main" est analysé comme une trêve de façade dictée par l'urgence, visant à protéger leur camp commun face aux autres factions du sérail (notamment le clan qui s'appuie sur le Ministère de la Défense ou sur Franck Biya).

Le fait que la stabilité de l'État dépende de la mise en scène de l'entente entre deux hauts fonctionnaires – alors que le Président Paul Biya est à l'étranger depuis près de deux mois – souligne la fragilité de la transition. Elle montre que le pouvoir réel est fragmenté en baronnies rivales.

L’ÉTAT D’ESPRIT ACTUEL DES CAMEROUNAIS EST ENTRE CYNISME, ANXIÉTÉ ET LASSITUDE

Pour la population camerounaise, témoin de ces manœuvres au sommet de l'État, les sentiments oscillent entre la défiance et l'inquiétude sécuritaire.

Les Camerounais ne sont pas dupes. Cet affichage est largement accueilli sur les réseaux sociaux avec ironie et scepticisme. Les révélations récentes sur les fortunes et les domaines pharaoniques attribués aux deux hommes (comme le palais de Baboke à Dimako ou les propriétés de Ngoh Ngoh) ont installé un sentiment de déconnexion totale entre une élite ultra-riche qui se dispute le pouvoir et un peuple qui subit la crise économique.

L'imbrication des rivalités civiles avec le commandement militaire (l'affaire Tchemo) suscite une réelle angoisse. L'opinion publique craint que les tensions au sein de la « Nangasphère » ne finissent par fracturer l'armée ou les forces de sécurité (comme le BIR), ce qui ouvrirait la voie à un scénario de transition violente.

L'état d'esprit général est marqué par la lassitude d'une transition qui n'en finit pas de se dessiner dans l'ombre. Les Camerounais perçoivent ces événements comme les convulsions d'un système à bout de souffle, où les acteurs du sérail s'efforcent de sauver les apparences pour maintenir leur contrôle sur l'appareil d'État.

En somme, ce geste public n'a pas éteint l'incendie des rumeurs ; il a simplement déplacé la focale sur l'extrême fragilité des alliances au sommet.
Pour le citoyen camerounais, le message est clair : la transition n'est plus une perspective lointaine, elle se joue activement aujourd'hui à travers des rapports de force à peine voilés.

Loïc Kodjay