Actualités of Friday, 31 July 2026

Source: www.camerounweb.com

Guerre Ngoh Ngoh - Général Tchemo : Un face-à-face symptomatique d’une fin de règne

Ce bras de fer entre le treillis et la toge révèle un vide de pouvoir alarmant au sommet de l'État Ce bras de fer entre le treillis et la toge révèle un vide de pouvoir alarmant au sommet de l'État

Le refus du général Hector Marie Tchemo d'accepter publiquement sa mise à la retraite révèle une profonde crise institutionnelle au sommet de l'État camerounais. Cette situation pourrait fragiliser davantage les institutions et compliquer une éventuelle transition politique, en particulier dans un contexte marqué par la récente réintroduction du poste de vice-président.

GÉNÉRAL HECTOR MARIE TCHEMO | "NOUS PAS BOUGER SI NOUS PAS VOIR LE PLÉZIDENT"

L’insoumission publique du Général de division Hector Marie Tchemo face à sa mise à la retraite lève le voile sur une crise institutionnelle majeure. Plus qu'un simple incident disciplinaire, ce bras de fer entre le treillis et la toge révèle un vide de pouvoir alarmant au sommet de l'État camerounais.

UN FACE-À-FACE SYMPTOMATIQUE D’UNE FIN DE RÈGNE

L’opinion publique a assisté avec stupéfaction à la passe d’armes entre le pouvoir politico-exécutif et le Général de division Hector Marie Tchemo, contestant ouvertement la décision de l'admettre à la retraite (2e section).

Cette crise ouverte trouve sa source dans les déclarations initiales du haut gradé, qui interrogeait publiquement l'absence prolongée du chef de l'État.

En refusant de réduire cet affrontement à de simples tensions régionales ou à des grilles de lecture tribalistes, l'analyse de la situation impose de regarder la réalité en face : l'architecture vacillante du pouvoir camerounais.

Le Général Tchemo n'est pas un soldat ordinaire. C’est un Saint-Cyrien de la promotion « Corse et Provence » (1964), ancien patron de la FOMAC et numéro deux de l'armée.

Il cumule plus de soixante ans de service actif. C’est un homme de l’appareil, un initié des arcanes du régime.

Lorsque la discipline rigide de la « grande muette » cède la place à une contestation frontale de l’autorité civile, l'incident dépasse le cadre de la gestion des carrières. Il s'agit d'un signal politique d'une clarté glaçante envoyé aux troupes et à l’opposition.

QUAND L’INDISCIPLINE MILITAIRE INTERROGE LA LÉGITIMITÉ CIVILE

Dans la grammaire militaire, le refus d’obéissance s'apparente à une trahison ; en science politique, la défiance ouverte face à l’autorité suprême flirte avec le coup d’État. Cette rébellion pose une question fondamentale : les hauts gradés disposent-ils d'informations confirmant l'incapacité définitive du président Paul Biya, âgé de 93 ans et absent du territoire national depuis plus de cinquante jours ?
L’histoire politique moderne enseigne que les séditions de généraux ne sont jamais neutres. Qu'il s'agisse du putsch d'Alger en 1958 qui renversa la IVe République française, ou de celui de 1961 qui fractura l'armée, ces mouvements transforment durablement les nations.
Sur le continent africain, les exemples historiques des prises de pouvoir par Boumédiène en Algérie (1965), Mobutu au Congo (1965) ou Eyadéma au Togo (1967) rappellent une constante : dès lors que l’armée s’interroge publiquement sur la légitimité du pouvoir civil, c'est que ce dernier a déjà commencé à s'effondrer.

LE PILOTAGE AUTOMATIQUE ET LE SPECTRE DU VIDE INSTITUTIONNEL

Le silence persistant d’Étoudi face à cette insubordination valide implicitement la thèse d'un vide institutionnel. La métaphore du « pilotage automatique », initialement évoquée par une sénatrice, prend ici tout son sens. Un avion ne passe en mode automatique que lorsque le pilote a quitté les commandes.

En l’absence de manifestation d'autorité du chef de l'État, l'inertie bureaucratique ne suffit plus à maintenir l'illusion du contrôle.
Cette crise de légitimité percute de plein fouet l'actualité institutionnelle.

La révision constitutionnelle du 14 avril 2026 a réintroduit la fonction de vice-président. Or, si une nomination à ce poste stratégique devait survenir par décret depuis l'étranger, son manque de légitimité territoriale serait immédiatement contesté par les factions de l'armée et de l'appareil d'État, ouvrant la voie à une transition hors de contrôle.

VERS UN ATTERRISSAGE FORCÉ ?

Le Cameroun se trouve aujourd'hui dans une zone de très fortes turbulences, et l'attitude du Général Tchemo démontre que le système ne tient plus que par ses structures périphériques, alors que le centre du pouvoir est frappé de paralysie.

La question n'est plus de savoir si l'armée rentrera dans le rang — mais comment les institutions civiles parviendront-elles à organiser une transition pacifique en l’excluant du jeu exécutif dans le processus!

Si le pouvoir politique ne reprend pas rapidement les commandes de l'appareil d'État, le scénario d'un atterrissage forcé deviendra alors la seule alternative, au risque de voir le destin collectif du pays basculer à cause des fissures née des multiples violations des frontières carteliennes que Paul Biya a su préserver en 43 ans — et qui sont aujourd’hui ignorées par ses rustres héritiers ou ses illustres collaborateurs les plus illégitimes dans leurs décisions au sommet d’un État quasiment privatisé par le népotisme!

Loïc Kodjay