Actualités of Friday, 31 July 2026

Source: www.camerounweb.com

Martinez Zogo, Pat Diamant, trafic d'armes : comment l'affaire Effoudou agrège tous les scandales du régime Biya en un seul dossier explosif

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En visant Ferdinand Ngoh Ngoh, le capitaine Effoudou ne formule pas des accusations isolées. Il relie entre eux des dossiers qui semblaient distincts : l'assassinat du journaliste Martinez Zogo, le réseau du jet-setteur Pat Diamant, et un trafic d'armes présumé. Jeune Afrique révèle comment une seule désertion militaire met en lumière les connexions souterraines d'un régime sous pression.


Il arrive parfois qu'une seule affaire serve de révélateur — non pas parce qu'elle crée quelque chose de nouveau, mais parce qu'elle illumine des connexions qui existaient sans avoir été rendues visibles. L'affaire du capitaine Romuald Effoudou est de celles-là. En prenant la parole depuis son exil européen dans un podcast diffusé le 25 juillet 2026, cet ancien chef du bureau de renseignement de l'état-major présidentiel camerounais n'a pas seulement lancé des accusations contre Ferdinand Ngoh Ngoh. Il a tracé des lignes entre des dossiers que l'opinion publique camerounaise avait jusqu'ici traités séparément — et ces lignes, que Jeune Afrique documente avec une précision documentaire remarquable, dessinent un tableau d'ensemble particulièrement sombre.



Le premier dossier que le capitaine Effoudou relie à Ferdinand Ngoh Ngoh est le plus grave sur le plan humain et le plus symbolique sur le plan politique : l'assassinat du journaliste Martinez Zogo, tué en janvier 2023. Ce meurtre, qui avait provoqué une onde de choc dans la presse camerounaise et une indignation internationale, n'a toujours pas donné lieu à une condamnation des commanditaires présumés — seuls des exécutants ont été mis en cause dans les procédures judiciaires engagées.

Selon les déclarations du capitaine Effoudou rapportées par Jeune Afrique, Ferdinand Ngoh Ngoh serait le commanditaire de cet assassinat — et il existerait une « volonté de ne pas permettre que la lumière soit faite » sur cette affaire. Des accusations que Ngoh Ngoh n'a pas commentées publiquement, et que ses partisans rejettent comme une manœuvre de déstabilisation. Mais qui, prononcées par un ancien officier de renseignement de la présidence, résonnent différemment des accusations ordinaires — car Effoudou avait, par fonction, accès aux informations que d'autres n'ont pas.

Pat Diamant et le réseau de l'argent sale

Le deuxième fil que tisse l'affaire Effoudou concerne Patrice Tchoumamo, alias Pat Diamant — célèbre jet-setteur de la nuit yaoundéenne, arrêté en août 2023 pour des soupçons de blanchiment de fonds et de financement du terrorisme. Cette arrestation avait en son temps révélé l'existence de réseaux mêlant milieu festif, grande bourgeoisie et circuits financiers douteux au cœur de la capitale camerounaise.

Jeune Afrique révèle qu'Effoudou aurait été en contact avec la sœur aînée de Pat Diamant — des échanges découverts lors de la surveillance des mouvements du jet-setteur et de ses proches. Selon la plainte du vice-amiral Joseph Fouda, l'officier aurait réclamé 50 millions de FCFA à Tchoumamo pour que Fouda intercède en sa faveur auprès des autorités. Effoudou conteste cette version. Mais le fait même que son nom soit apparu dans le dossier Pat Diamant illustre l'interpénétration des mondes — sécuritaire, festif et financier — qui caractérise une partie des élites camerounaises proches du pouvoir.

Le trafic d'armes et la tentative de putsch présumée

Le troisième fil — et le plus explosif — est celui que le capitaine Effoudou relie directement à Ferdinand Ngoh Ngoh dans la note confidentielle qu'il aurait adressée à Paul Biya. Selon sa version des faits, révélée par Jeune Afrique, un ex-légionnaire français du nom de Mohamadou Sani — conseiller en sécurité, présenté comme proche d'Atanga Nji et de Ngoh Ngoh — préparait un coup d'État en s'appuyant sur des armes inconnues des forces de défense camerounaises, importées avec l'aval du ministre de l'Administration territoriale.

Cette accusation, si elle était fondée, serait d'une gravité exceptionnelle : elle impliquerait que le ministre chargé de l'ordre public et le secrétaire général de la présidence — les deux hommes les plus puissants de l'administration camerounaise après Paul Biya lui-même — auraient participé ou laissé faire une importation d'armes destinée à un putsch contre le chef de l'État qu'ils servent officiellement. Une accusation d'une telle magnitude ne peut être ni ignorée ni acceptée sans vérification — et c'est précisément son caractère invérifiable, dans le contexte d'opacité totale qui caractérise le fonctionnement du régime camerounais, qui la rend aussi dangereuse politiquement.

Ce que la conjonction de ces dossiers révèle

Ce que Jeune Afrique met en lumière à travers la reconstitution de l'affaire Effoudou, c'est moins la culpabilité ou l'innocence de tel ou tel acteur — que les juridictions compétentes auraient vocation à établir — que la nature d'un système de pouvoir dans lequel les frontières entre sécurité d'État, enrichissement personnel, élimination des adversaires et circulation de l'argent illégal sont structurellement poreuses.

Un officier de renseignement de la présidence en contact avec le réseau d'un jet-setteur poursuivi pour blanchiment. Un secrétaire général de la présidence accusé simultanément de commanditer un assassinat de journaliste, de préparer un putsch et d'entraver des enquêtes judiciaires. Un trafic d'armes présumé approuvé par un ministre de l'Intérieur. Dans n'importe quel État de droit, chacun de ces éléments déclencherait une commission d'enquête parlementaire, des poursuites judiciaires indépendantes et une transparence publique obligatoire.

Au Cameroun, en juillet 2026, pendant que Paul Biya se remet de ses interventions chirurgicales à Genève, ils alimentent un podcast sur les réseaux sociaux — et les accusations restent sans réponse institutionnelle sérieuse.