Actualités of Thursday, 30 July 2026

Source: www.camerounweb.com

Crime passionnel : Quand le terrible Emile Bamkoui abattait froidement l’amant de sa femme

Il a été condamné en première instance à 18 mois de prison pour meurtre Il a été condamné en première instance à 18 mois de prison pour meurtre

En novembre 2008, Emile Joël Bamkoui, alors chef de la gendarmerie de Douala, abat l'inspecteur de police Hervé Michel Mapouro Njifon, surpris avec son épouse. Condamné en première instance à 18 mois de prison pour meurtre, sa peine est finalement réduite à cinq jours en appel, ce qui lui permet de poursuivre une brillante carrière jusqu'à la tête de la Sécurité militaire (Semil).

Dans la nuit du 13 au 14 novembre 2008, le chef d'escadron Emile Joël Bamkoui, patron de la gendarmerie de Douala, abat de douze coups de feu l'inspecteur de police Hervé Michel Mapouro Njifon, l'amant de son épouse. Reconnu coupable de meurtre, condamné à dix-huit mois de prison, il ressortira libre après cinq jours et poursuivra une carrière fulgurante jusqu'à la tête de la redoutée Sécurité militaire. Chronique d'un crime passionnel qui a marqué les esprits.

Emile Joël Bamkoui , né le 2 avril 1965 à Bafia, sorti de l'EMIA en 1992 s’est forgé une réputation à la gâchette facile. Commandant d'unités de lutte contre le grand banditisme à Douala puis à Bafoussam dans les années 2000, il traîne, dans la presse camerounaise de l'époque, le surnom de « Terminator » et l'image d'un officier qui préférait exécuter les présumés bandits que de les déférer devant un juge.

Dès 2002, l'affaire Barthélemy Kengne un neveu du promoteur de Congelcam retrouvé mort au fond d'une cellule de gendarmerie à Bafoussam alors que Bamkoui en dirigeait le commandement avait déjà entaché son parcours.

C'est cet homme, alors chef d'escadron du camp des officiers de gendarmerie de Mboppi et commandant du groupement territorial du Wouri, qui se retrouve au cœur du drame de novembre 2008.

La nuit tragique

Il est tard, cette nuit du jeudi 13 au vendredi 14 novembre 2008. Bamkoui surprend son épouse et son amant en plein ébats dans le lit conjugal ; son sang ne fait qu’un tour ; il ouvre le feu douze fois en direction de Hervé Michel Mapouro Njifon, inspecteur de police de 33 ans en service au commissariat spécial de l'aéroport international de Douala. Le corps criblé de balles du jeune policier arrive à l'hôpital Laquintinie aux environs de 2h du matin. Il y succombe.

Deux anomalies, relevées dès l'origine par la presse, entourent ce transport. D'une part, entre le camp de Mboppi où le drame se serait produit vers 22 h et Laquintinie, le trajet ne dépasse pas 30 minutes ; or la victime n'arrive à l'hôpital qu'à 2 h . D'autre part, la femme qui l'y dépose se présente sous un faux nom, « Geneviève Koula », se disant ménagère chez le commandant Bamkoui. Selon plusieurs récits, il s'agissait en réalité de l'épouse du terrible Bamkoui.

L'homme qui a tiré, lui, n'ira pas à l'hôpital public. Blessé à l'arcade sourcilière, il dira avoir été agressé par sa victime. Bamkoui se fait d'abord soigner à domicile par son domestique, puis dans une clinique privée de Douala. Le même domestique s'emploiera, dans la foulée, à nettoyer la maison de fond en comble.

Les trois protagonistes n'étaient pas des inconnus les uns pour les autres. L'épouse du gendarme, Danielle Bamkoui née Mvoune à Ekoron, gardienne de la paix principale, travaillait au même commissariat de l'aéroport que la victime. Fille d'un commissaire de police décédé, mariée à Bamkoui depuis plusieurs années, mère de plusieurs enfants, elle connaissait Mapouro depuis plusieurs années.

Mapouro était bel et bien l'amant de Mme Bamkoui, dans une liaison qui durait depuis 2 ans, entretenue jusque, parfois, au domicile conjugal.

Le 23 janvier 2009, le juge d'instruction n°2 du tribunal militaire de Yaoundé, le lieutenant-colonel magistrat Hiehies Jonas, clôt l'information et renvoie Bamkoui devant le tribunal militaire sous l'inculpation de meurtre. Dans son ordonnance, le magistrat acte ce qui est certain la mort de Mapouro et l'identité de son auteur.

Bamkoui choisit une stratégie payante : il plaide coupable et invoque la légitime défense.
Sa version : rentré tard d'une patrouille nocturne au cours de laquelle ses hommes et lui auraient neutralisé trois bandits, il aurait surpris Mapouro dans le lit conjugal ; l'inspecteur, pris de panique, l'aurait frappé au front avec une bouteille de whisky avant qu'il ne fasse feu. Ses avocats bâtissent toute leur défense sur ce flagrant délit d'adultère. Un crime passionnel.

En face, la famille de la victime mène un autre combat : démontrer que le crime fut prémédité et maquillé. Leur thèse est celle d'un guet-apens. Bamkoui cocufié depuis 2 ans, aurait attiré Mapouro sous un faux prétexte transmis par un cousin de la victime, le gendarme Mathurin Ngouh ; une histoire d'argent pour acheter des alcools détaxés à la boutique de l'aéroport où travaillaient Mapouro et Mme Bamkoui. Les whisky auraient été déposés au domicile du couple, où le policier devait venir les récupérer. Un piège, selon la partie civile ; une simple course dont Mapouro aurait pu repartir librement, selon le tribunal. Seulement arrivé sur les lieux, Mapouro ne put s’empêcher de « prendre un léger coup », dans le lit conjugal de son amante.

Les avocats de la famille de Mapouro réclamaient la requalification des faits : non plus « meurtre », mais « assassinat » ; homicide avec préméditation, passible de la peine capitale. Le tribunal rejette la demande, estimant la préméditation non établie.

Le commissaire du gouvernement avait pourtant requis la prison à perpétuité. Le 5 mai 2009, le tribunal militaire de Yaoundé déclare Bamkoui, 44 ans, coupable de meurtre ; avec circonstances atténuantes et le condamne à 18 mois d'emprisonnement ferme, mandat d'incarcération à l'appui. Le natif de Bafia prend le chemin de la prison militaire de Yaoundé, et les observateurs prédisent la fin d'une carrière.

Ils se trompent. Le 17 septembre 2009, la chambre militaire de la Cour d'appel du Centre, statuant en matière criminelle, casse le jugement pour violation de la loi. Tout en maintenant la culpabilité pour meurtre, elle accorde à Bamkoui des excuses atténuantes et impute une part de la mort à la négligence du corps médical. Résultat : la peine de 18 mois est ramenée à 5 jours d'emprisonnement ferme. Bamkoui, est de fait libre.

Loin de briser sa trajectoire, l'affaire ne la ralentit pas. Nommé chef de la Division de la Sécurité militaire (Semil) au ministère de la Défense le 17 février 2016, promu colonel le 1er janvier 2018, Emile Joël Bamkoui devient l'un des hommes les plus redoutés de l'appareil sécuritaire camerounais ; enseignant associé au Centre de recherche stratégie-défense de l'université de Yaoundé II, et même auteur d'un ouvrage sur la corruption en Afrique subsaharienne.
Le 7 juin 2022, un décret présidentiel (n°2022/206) portant mise à la retraite pour limite d'âge fait figurer son nom parmi une trentaine d'officiers. Bamkoui atteint l'âge de la retraite le 3 avril 2023. Il est toutefois versé dans la réserve mobilisable pour trois ans, jusqu'au 3 avril 2026, continuant à percevoir sa solde.

Depuis sa retraite, on lui prête l’intention de revenir aux affaires comme général et patron de la DGRE, le renseignement extérieur.

Au fil du temps, plusieurs observateurs avertis réfutent la thèse du crime passionnel et évoque plutôt la raison d'État. Ceux-là évoquent notamment un assassinat pour étouffer dossier très compromettant que je n'evoquerai pas ici parce que tout le monde souhaite voir ses enfants grandir. Moi aussi.

La famille de Mapouro n'a jamais réussi à faire son deuil et attend impatiemment le changement de régime pour re-ouvrir ce dossier. Ils se disent muselés.

Comment expliquer que pour une affaire de meurtre on est subitement passé de la prison à perpétuité à 5 jours de prison ?

La terre est sale ! Si è ne mvit ! Ngo bagdeu !

Arol KETCH