Actualités of Thursday, 30 July 2026

Source: www.camerounweb.com

Assassinant de Martinez Zogo: le rôle de Ferdinand Ngoh Ngoh enfin dévoilé

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« Martinez Zogo n'était pas un opposant. Il en était proche. » C'est le point de départ de l'analyse de John Lawson, qui déplace la question centrale de l'affaire : un homme du dedans, un informateur du pouvoir, qui a été laissé seul face à ses prédateurs. Les expertises judiciaires ont établi qu'il transmettait des documents confidentiels à des relais liés au secrétaire général de la présidence. Les dossiers qu'il exploitait à l'antenne – lignes 94 et 65, Covid-Gate, chantier d'Olembé – ne se volent pas : on les donne. Dans les jours précédant son enlèvement, il a multiplié les appels vers ces relais pour signaler qu'il se savait suivi et menacé. Il n'a obtenu rien. Le soir du 17 janvier, il a tenté de se réfugier à la gendarmerie de Nkol-Nkondi. Il a été enlevé devant le portail. « Un homme qui court vers un poste de gendarmerie n'a personne autour de lui. » Lawson ne désigne aucun commanditaire ni n'impute aucune responsabilité pénale. Il parle d'une coresponsabilité morale, celle qui pèse sur ceux qui savaient et n'ont rien fait. « On n'a pas besoin d'avoir ordonné une mort pour porter une part de ce qui s'est passé. Il suffit d'avoir armé un homme, de l'avoir laissé s'exposer, d'avoir été prévenu du danger qu'il courait, et de n'avoir pas décroché. »





AFFAIRE ZOGO : CE QUE LE POUVOIR SAVAIT, ET CE QU'IL N'A PAS FAIT
Il faut poser une distinction avant d'entrer dans ce texte, car tout en dépend.
Nous ne parlons pas ici de responsabilité pénale. Elle appartient au tribunal militaire de Yaoundé, elle se prouve par des pièces, elle se plaide, et dix-sept personnes en répondent depuis trois ans. Nous parlons d'autre chose, qui n'annule pas la première et ne la remplace pas. Une responsabilité morale, celle qui pèse sur ceux qui savaient et n'ont rien fait.
Elle ne conduit devant aucune juridiction. Elle n'en est pas moins réelle.
📌 Martinez Zogo n'était pas un opposant
C'est le point que trois années de récits ont fini par effacer, et il change tout.
Martinez Zogo n'était pas un journaliste tenu à distance du pouvoir. Il en était proche. Les expertises judiciaires versées au procès ont établi qu'il transmettait des documents confidentiels, des notes d'information et des alertes à des relais liés au secrétaire général de la présidence. Un témoin a déclaré à la barre qu'il était considéré comme un informateur du secrétaire général et du directeur adjoint du cabinet civil.
Il n'était pas devant le système. Il était dedans.
Cela ne diminue rien de son courage et ne retire rien à l'horreur de sa mort. Cela déplace la question. Un homme du dehors qui attaque le pouvoir s'expose et le sait. Un homme du dedans qui attaque un camp pour le compte d'un autre dépend de ceux qui l'utilisent.
📌 Les dossiers ne se volent pas
Il faut s'arrêter sur un détail que personne ne relève.
Les documents que Martinez Zogo exploitait à l'antenne étaient confidentiels. Les lignes 94 et 65, le Covid-Gate, le chantier d'Olembé. Ce ne sont pas des dossiers que l'on trouve dans une salle de rédaction. Ils sortent d'une administration, d'un ministère, d'un service, et quelqu'un les en a sortis.
Un journaliste ne vole pas des documents d'État. On lui en donne. Et celui qui donne choisit ce qu'il donne, contre qui, et à quel moment.
C'est la définition d'un instrument. Ce n'est pas une insulte à la mémoire de l'homme, c'est la description d'une situation dans laquelle on l'avait placé et dans laquelle il avait consenti à entrer.
Il y a plus, et cette séquence dit à elle seule ce qu'est devenu l'appareil d'État camerounais. En janvier 2020, Martinez Zogo a été condamné à trois mois de prison pour diffamation, à la suite de ses dénonciations à l'antenne sur les activités financières de Jean-Pierre Amougou Belinga. Trois ans plus tard, il exploitait sur cette même antenne des documents confidentiels visant les mêmes circuits, les lignes budgétaires 94, 65 et 57, le Covid-Gate, le chantier d'Olembé. Puis il a signalé qu'il se savait suivi, et rien n'a bougé.
Le même État l'a donc puni pour ce qu'il disait, lui a ensuite fourni les moyens de le redire, et ne l'a pas protégé lorsqu'il a eu peur. Trois moments, trois attitudes, un seul appareil. Ce n'est pas une institution, c'est une succession de camps qui se servent des mêmes leviers en sens contraire.
📌 Ce que le pouvoir savait
Il ne s'agit pas ici de déduire d'un organigramme que le secrétaire général de la présidence ne pouvait pas ignorer. Cette formule ne prouve rien, parce que rien ne peut jamais la contredire.
Il s'agit de bien moins et de bien pire. Les éléments sont dans le dossier judiciaire.
L'exploitation des téléphones a établi que Martinez Zogo transmettait des documents à des relais de la présidence. Elle a établi qu'il concentrait ses enquêtes sur Amougou Belinga, qu'il tenait publiquement pour responsable de sa condamnation de janvier 2020. Elle a établi que des personnalités publiques lui adressaient des messages pour qu'il cesse sa campagne. Elle a établi, enfin, que dans les jours précédant son enlèvement, il a multiplié les appels vers ces relais pour signaler qu'il se savait suivi et menacé.
Le pouvoir savait donc ce qu'il préparait, contre qui, à quel rythme, qu'on lui demandait d'arrêter, et qu'il avait peur. Il le savait parce que Zogo le lui disait lui-même.
Ce ne sont pas des inférences. Ce sont des éléments versés à une expertise et débattus en audience publique.
Une réserve s'impose et nous la posons nous-mêmes. Cette expertise a été sérieusement ébranlée les 13 et 14 juillet. Son auteur, le docteur Jean-Pierre Ouloumou, a abandonné devant le tribunal la thèse d'un second commando qu'il avait soutenue la veille, n'a pas produit les éléments numériques impliquant Martin Savom, et a reconnu que son enquête n'était pas achevée faute de temps et de moyens. Ce qu'elle établit doit donc être manié avec précaution. Sur l'existence du canal d'information, en revanche, elle n'a pas été contredite.
📌 Ce qui n'a pas été fait
Un homme signale à ses relais au sommet de l'État qu'il se sait suivi. Il le fait plusieurs jours durant. Il n'obtient rien.
Le soir du 17 janvier 2023, il quitte son lieu de travail, il est pris en chasse, il tente de se réfugier dans la brigade de gendarmerie de Nkol-Nkondi, et il est enlevé devant le portail. Un homme qui court vers un poste de gendarmerie n'a personne autour de lui.
Un service de renseignement disposant de ces alertes a les moyens d'y répondre en quelques heures. Une escorte, une mise à l'abri, un appel à une brigade. Rien de tout cela n'a eu lieu.
Voilà la coresponsabilité morale, et elle n'a pas besoin d'être davantage que cela pour être accablante. On n'a pas besoin d'avoir ordonné une mort pour porter une part de ce qui s'est passé. Il suffit d'avoir armé un homme, de l'avoir laissé s'exposer, d'avoir été prévenu du danger qu'il courait, et de n'avoir pas décroché.
📌 Ce que nous ne disons pas
Nous ne disons pas que cette absence de réaction était concertée. Nous ne décrivons aucun plan, aucune séquence préméditée où l'on aurait laissé faire pour voir. Ce serait un récit, et nous n'en avons pas les pièces.
L'explication la plus économique est aussi la plus banale dans l'histoire des services. Un informateur qui appelle au secours cesse d'être un actif et devient une charge. On ne le fait pas tuer. On ne répond plus.
Nous ne disons pas non plus qu'une protection lui a été retirée. Nous n'en avons aucune source. Nous constatons qu'il n'y avait personne autour de lui le soir du 17 janvier.
Nous ne désignons enfin aucun commanditaire. Un mobile n'est pas une preuve, et dans une affaire comme celle-ci les mobiles se comptent par dizaines.
📌 Ce que nous en retenons
Le procès qui reprend les 3 et 4 août ne jugera pas cela. Il ne peut pas. Une juridiction connaît des faits qui lui sont soumis, pas des renoncements.
Mais un pays a le droit de savoir ce qui s'est joué autour de la mort d'un de ses journalistes. Martinez Zogo est mort en attaquant un camp du sérail avec des dossiers qu'un autre camp lui avait probablement fournis, après avoir prévenu ses relais qu'il se savait traqué.
Ceux qu'il attaquait avaient un mobile. Ceux qu'il servait avaient une raison de ne pas décrocher.
C'est cela, un État où l'information est une arme. Elle ne protège pas ceux qui la portent. Elle les use, puis elle les laisse.
Ferdinand Ngoh Ngoh n'est ni accusé, ni inculpé, ni cité dans la procédure en cours devant le tribunal militaire de Yaoundé. Ce texte n'impute à quiconque une responsabilité pénale et ne désigne aucun commanditaire. Les éléments d'expertise cités ont été présentés en audience publique et contestés par la défense les 13 et 14 juillet 2026. Les personnes nommément citées disposent d'un droit de réponse dans ces colonnes.
Méthode. Les faits établis sont rapportés à l'indicatif. Les informations de presse sont attribuées à leur source. Les hypothèses d'analyse sont signalées comme des hypothèses.
John Lawson – Décryptage politique Cameroun