50 jours d'absence présidentielle, un secrétaire général de la présidence qui gère les affaires courantes, un fils qui multiplie les déplacements européens, une première dame qui voyage de Genève à New York : Jeune Afrique révèle comment le vide créé par l'absence de Paul Biya redistribue discrètement les cartes du pouvoir camerounais.
Quand le chef est absent, les lieutenants s'activent. C'est une loi universelle du pouvoir, et le Cameroun de juillet 2026 n'y fait pas exception. Cinquante jours après le départ de Paul Biya pour la Suisse — le séjour le plus long qu'il ait jamais passé à l'étranger, selon les révélations de Jeune Afrique — une répartition informelle mais lisible des responsabilités s'est mise en place, qui dit autant sur l'équilibre des forces au sein du régime camerounais que sur l'état de santé du président.
À Yaoundé, c'est Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence de la République, qui tient les rênes des affaires courantes. Jeune Afrique révèle qu'il suit en particulier deux dossiers d'une sensibilité politique extrême : l'enquête sur le trafic illicite d'or camerounais — dans laquelle son propre nom apparaît comme acteur clé dans l'attribution de marchés sécuritaires liés aux réseaux israéliens — et l'affaire du faux décret de nomination d'un vice-président, qui avait secoué les institutions camerounaises le 12 juin alors que Paul Biya venait de quitter le pays.
La concentration de ces deux dossiers entre les mains de Ngoh Ngoh, dans un contexte d'absence présidentielle prolongée, n'est pas anodine. Elle confirme que le secrétaire général de la présidence est, en ce moment précis, l'homme le plus puissant du Cameroun en termes d'exercice quotidien du pouvoir réel. Une position qu'il occupe déjà de facto depuis de nombreuses années — mais que l'absence de Paul Biya rend désormais visible et officieuse à la fois.
Franck Biya entre Genève et l'Europe : la campagne silencieuse
L'autre figure dont les mouvements retiennent l'attention est Franck Biya, fils du président. Selon les informations révélées par Jeune Afrique, il se rend régulièrement à Genève pour voir son père — « entre autres déplacements en Europe ». Cette formule sibylline mérite attention. Quels sont ces autres déplacements ? Avec qui Franck Biya s'entretient-il lors de ses voyages européens ? Quels réseaux consolide-t-il, quelles alliances tisse-t-il dans un moment où la question de la succession de son père n'a jamais été aussi prégnante ?
Une récente enquête de Jeune Afrique avait documenté la montée en puissance de Franck Biya, soutenu par des barons influents de la région du Sud, et l'opposition que lui manifeste Chantal Biya — qui préférerait voir son propre fils, Franck Hertz, occuper la vice-présidence non encore attribuée. Cinquante jours d'absence paternelle constituent une fenêtre d'opportunité pour tous les prétendants — et les déplacements européens de Franck Biya s'inscrivent vraisemblablement dans cette logique de positionnement pré-successoral.
Chantal Biya de Genève à New York : la première dame en mouvement
Pendant que son mari reste en Suisse dans des conditions que la présidence refuse de préciser, Chantal Biya, elle, voyage. Jeune Afrique révèle qu'après un bref passage à Paris, elle s'est envolée pour les États-Unis où elle a assisté le 19 juillet à la finale de la Coupe du monde — Argentine contre Espagne — au MetLife Stadium. Une sortie internationale très visible, dans l'un des événements sportifs les plus médiatisés de l'année, qui tranche avec le silence total entourant l'état de santé de son époux.
Cette visibilité choisie de la première dame, à des milliers de kilomètres de Genève, à un moment où son mari est absent du Cameroun depuis cinquante jours, envoie un signal ambigu : soit la situation médicale de Paul Biya est suffisamment stable pour qu'elle puisse s'éloigner sans inquiétude. Soit elle a choisi de maintenir une présence internationale qui lui permet de tisser ses propres réseaux dans la perspective d'un après-Biya qu'elle prépare activement.
Au milieu de ces mouvements, Samuel Mvondo Ayolo — directeur du cabinet civil, ancien ambassadeur à Paris, interlocuteur officiel de la présidence avec les médias — joue le rôle ingrat de porte-voix d'une institution qui ne peut pas tout dire. Contacté par Jeune Afrique, il a assuré que Paul Biya « travaille actuellement sur plusieurs dossiers », qu'il a reçu des audiences — dont celle du colonel Evina Ndo, numéro deux de la sécurité présidentielle — et que des rapports confidentiels de la DGRE lui ont été transmis.
Ce tableau d'un président actif, informé, en contact avec ses collaborateurs, est cohérent avec la narration officielle. Il l'est moins avec le report inexpliqué d'un retour qui semblait imminent — les préparatifs avaient été engagés, les équipes prêtes, et le départ a été annulé au dernier moment, sans explication.
Ce que Jeune Afrique documente à travers la reconstitution minutieuse de ces cinquante jours, c'est moins l'état de santé de Paul Biya — que personne ne peut vérifier indépendamment — que la redistribution silencieuse du pouvoir que son absence prolongée a enclenchée. Ngoh Ngoh gouverne. Franck Biya se positionne. Chantal Biya voyage et s'affiche. Et à Yaoundé, une population et une classe politique entières attendent — un retour, une nomination de vice-président, un signe quelconque que la transition, quelle qu'en soit la forme, est organisée.
Le président camerounais a signé des décrets le 22 juillet depuis Genève. Il a peut-être déjeuné à Évian. Il est, assure sa présidence, en très bonne santé. Mais cinquante jours de silence ne se comblent pas avec des assurances verbales. Et la question que toute la politique camerounaise retient, sans oser la formuler trop fort, reste entière : quand rentre-t-il — et dans quel état ?









