Pour plusieurs observateurs de la scène politique camerounaise, les accusations visant Ferdinand Ngoh Ngoh dans l'affaire Martinez Zogo ne reposent pas sur des preuves matérielles et sont davantage le produit de rivalités politiques internes. Il aurait été irrationnel, pour un haut responsable disposant d'importants leviers institutionnels, de recourir à un mode opératoire aussi exposé. Les activités de Martinez Zogo ciblaient principalement d'autres personnalités, ce qui réduit l'existence d'un mobile direct.
L'implication de Ferdinand Ngoh Ngoh, Secrétaire Général de la Présidence de la République (SGPR), dans l'assassinat du journaliste Martinez Zogo se heurte à des réalités factuelles et stratégiques. L'analyse de la rationalité politique, de la cartographie des clans à Yaoundé, du profil des accusateurs et de la trajectoire méritocratique du SGPR permet de questionner le narratif de sa culpabilité.
DISPROPORTION DES MOYENS ÉTATIQUES ET IRRATIONALITÉ OPÉRATIONNELLE
La thèse d'un crime d'État commandité par le SGPR se confronte à une contradiction majeure entre l’étendue de ses pouvoirs et la précarité du mode opératoire exécuté.
L’appareil institutionnel privilégié à la force brute : En tant qu'administrateur principal de l'État par délégation permanente de signature, le SGPR exerce une autorité quasi-présidentielle sur les administrations officielles et la police nationale. Pour neutraliser un animateur de radio, le recours aux voies légales, administratives ou judiciaires (via la gendarmerie nationale ou le Secrétariat d'État à la Défense) aurait constitué une option standard, à l'instar de la procédure appliquée à Georges Gilbert Baongla.
Incohérence logistique : La culture opérationnelle du SGPR, adossée à une expertise sécuritaire éprouvée et une proximité historique avec des conseillers israéliens, présume une recherche d’efficacité et de discrétion absolue. La maladresse de l’opération réelle — impliquant des agents de la DGRE sous l'autorité de Justin Danwe et la sanctuarisation du crime au sein de l'Immeuble Ekang — indique une action menée par des réseaux hors de son contrôle direct.
Absence de mobile politique : Les chroniques de Martinez Zogo ciblaient de manière quasi exclusive l'homme d'affaires Jean-Pierre Amougou Belinga et le ministre Louis Paul Motaze. Ces révélations contribuaient à affaiblir les réseaux rivaux du SGPR. Dès lors, l'élimination physique du journaliste ne servait aucun de ses intérêts stratégiques immédiats.
CARTOGRAPHIE DE LA GUERRE DES CLANS AU SEIN DE LA PRÉSIDENCE
L'assassinat de Martinez Zogo s'inscrit au cœur des tensions liées à la transition politique et à la succession au sommet de l'État.
Le bloc Motaze-Esso-Belinga : Un axe d'influence identifié relie l'homme d'affaires Jean-Pierre Amougou Belinga au ministre des Finances (Louis Paul Motaze) et au ministre de la Justice (Laurent Esso).
Le rôle pivot de la direction du Cabinet Civil : Le Directeur du Cabinet Civil, Samuel Mvondo Ayolo, apparaît comme le relais opérationnel de ce bloc au sein du palais présidentiel, consolidé par des liens de proximité avec Franck Biya (ce dernier étant le neveu direct de Louis Paul Motaze).
Redéfinition des priorités stratégiques : Au-delà des conjectures d'ordre privé, la logique de conservation du pouvoir à Yaoundé impose de hiérarchiser les rivalités. Dans l'écosystème présidentiel, l'influence de Samuel Eto'o représente un enjeu de neutralisation politique bien plus critique pour le SGPR que l'activité d'un animateur de radio locale qui ne s’attaque pas à lui.
ÉVALUATION DE LA CRÉDIBILITÉ ET DE L’OBJECTIVITÉ DES ACCUSATEURS
Les charges médiatiques portées contre le SGPR nécessitent l'examen du profil et des motivations des acteurs de cette offensive de communication, notamment le journaliste Morgan Palmer et le capitaine Donald Effoudou.
Le passif financier personnel : L'analyse des relations passées révèle l'existence d'un contentieux financier direct. Morgan Palmer aurait détourné plusieurs dizaines de millions de francs CFA issus d'une dotation officieuse confiée par le SGPR à destination d'un homme politique. Ce détournement et la rupture de confiance qui en a découlé éclairent l'animosité actuelle du diffuseur.
Instrumentalisation politique et repli identitaire : La démarche éditoriale adoptée s'apparente davantage à un positionnement de réseau (marqué par un réflexe de solidarité communautaire ou "Bassaïsme") qu'à un traitement journalistique déontologique. Ce vecteur médiatique semble servir les intérêts de Samuel Eto'o et de l'adjoint au Cabinet Civil, Oswald Baboké.
Le grief de la vengeance personnelle : Les allégations imputant au SGPR la responsabilité de l'éviction et de l'exil du capitaine Donald Effoudou fragilisent l'objectivité du témoignage de ce dernier. Son intervention s'apparente davantage à une logique de représailles personnelles qu'à une contribution factuelle à la manifestation de la vérité.
LA LÉGITIMITÉ MÉRITOCRATIQUE DE FERDINAND NGOH NGOH
Le narratif populaire attribuant la longévité politique de Ferdinand Ngoh Ngoh à ses seuls liens d'affinité avec la Première Dame, Chantal Biya, est contredit par les faits administratifs.
Antériorité administrative objective : Les registres de la fonction publique démontrent qu'avant le mariage de Chantal Vigouroux avec le Président Paul Biya en avril 1994, Ferdinand Ngoh Ngoh — fils de policier et frère de sous-préfet — était déjà un cadre de l'État.
Diplômé de l'IRIC et titulaire d'un doctorat en diplomatie, il occupait alors la fonction stratégique de Chef de service des ONG au ministère des Affaires Étrangères.
Compétence technocratique et expérience onusienne : Sa trajectoire s'est consolidée par un rôle pivot de douze années au sein de la Mission diplomatique du Cameroun auprès de l'ONU à New York, sous la direction de Martin Belinga Eboutou. Cette collaboration exigeante, requérant rigueur technique, discrétion et maîtrise des dossiers multilatéraux, a fondé la confiance directe que lui accorde le Chef de l'État. À l'époque de cette ascension technocratique, ses détracteurs actuels, à l'instar d'Oswald Baboké, achevaient encore leur parcours universitaire.
MON REGARD FROID
L'analyse transversale des dynamiques internes (luttes de factions, contentieux financiers et secrets d'appareil) démontre que Ferdinand Ngoh Ngoh constitue la cible d'une stratégie d'incrimination orchestrée par ses rivaux politiques.
En l'état actuel, les déclarations publiques du capitaine Donald Effoudou et de Morgan Palmer demeurent dépourvues de charges probantes capables de lier matériellement le SGPR à l'assassinat de Martinez Zogo.
La fragilité apparente de l'exécutif, accentuée par des considérations liées à l'âge du Chef de l'État et aux positionnements visibles de son entourage à l'international, impose une vigilance stricte face aux manœuvres de désinformation et de diversion médiatique.
Loïc Kodjay









