Actualités of Thursday, 23 July 2026

Source: www.camerounweb.com

Bonne nouvelle : 21,6 milliards FCFA de l'IDA pour les filets sociaux — Paul Biya signe depuis Genève, le débat sur son retour continue

Paul Biya Paul Biya

Le décret n°2026/258 du 22 juillet 2026 autorise la signature d'un accord de crédit avec l'Association Internationale de Développement pour financer le Projet Filets Sociaux Adaptatifs et Inclusion Économique. Un acte présidentiel signé à distance, dans un contexte où la question de l'exercice effectif du pouvoir divise l'opinion camerounaise.

Yaoundé — Le décret est daté du 22 juillet 2026. Il porte le numéro 2026/258. Il est signé : Paul Biya, Président de la République. Et il engage le Cameroun dans un accord de crédit de 33 millions d'euros — soit 38,6 millions de dollars américains, ou environ 21,6 milliards de francs CFA — avec l'Association Internationale de Développement (IDA), bras financier de la Banque mondiale, pour le financement du Projet Filets Sociaux Adaptatifs et Inclusion Économique, dit PFS-AIE.

Un acte de gouvernance concret, aux retombées potentiellement significatives pour les populations les plus vulnérables du Cameroun. Et un acte signé, selon toute vraisemblance, depuis Genève — où le chef de l'État séjourne depuis le 7 juin 2026, soit quarante-cinq jours au moment de la signature, sans avoir regagné le sol camerounais.

Un projet social aux enjeux réels

Sur le fond, le PFS-AIE s'inscrit dans la continuité des engagements du Cameroun en matière de protection sociale. Les filets sociaux adaptatifs — transferts monétaires conditionnels, programmes d'inclusion économique pour les ménages vulnérables — constituent un levier reconnu par les institutions internationales pour réduire la pauvreté et renforcer la résilience des populations face aux chocs économiques. Le financement de l'IDA, à hauteur de 21,6 milliards de FCFA, vient abonder un dispositif dont le Cameroun a un besoin réel, dans un contexte où le taux de pauvreté national atteint 35,7 % selon l'Institut national de la statistique.

L'habilitation donnée au Ministre de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du Territoire à signer l'accord avec l'IDA — avec faculté de délégation — suit une procédure standard. Le décret est régulier dans sa forme, conforme aux visas constitutionnels et législatifs requis.

La signature à distance : legal, mais symboliquement chargé

Ce qui retient l'attention, au-delà du contenu technique du décret, c'est son contexte de production. Quarante-cinq jours après avoir quitté le Cameroun pour ce qui avait été présenté comme un « court séjour privé en Europe », Paul Biya continue de signer des actes présidentiels. Ses défenseurs — dont le ministre Famé Ndongo, qui avait publié une note officielle le 21 juillet pour dénoncer les « fantasmes » de ceux qui parlent de vacance du pouvoir — y voient la preuve que le chef de l'État est « au travail, où qu'il se trouve ».

Ses détracteurs, eux, posent une question que ce décret ne suffit pas à clore : signer des actes administratifs depuis l'étranger, aussi réguliers soient-ils sur le plan formel, équivaut-il à gouverner ? La continuité de la signature n'est pas la continuité de la présence. Et la présence, dans un pays sans vice-président désigné, reste une question institutionnelle ouverte que ni les décrets ni les notes philosophiques ne peuvent refermer.

Les 21,6 milliards de l'IDA iront, si tout se passe bien, aux Camerounais les plus pauvres. C'est une bonne nouvelle. Mais elle ne répond pas à la question que quarante-cinq jours d'absence ont rendue incontournable.