Actualités of Thursday, 23 July 2026

Source: www.camerounweb.com

SNH : Paul Biya nomme depuis Genève un nouveau membre au conseil d'administration — un signal dans la bataille de succession

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Le décret n°2026/255 du 22 juillet 2026 nomme M. Sabikanda Guy Emmanuel au conseil d'administration de la Société Nationale des Hydrocarbures. Une nomination présidentielle directe, signée à distance, qui intervient dans le contexte d'une guerre de clans autour du contrôle du premier contributeur au budget de l'État camerounais.


Quand le président signe depuis Genève une nomination au conseil d'administration de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH), il ne s'agit pas d'un acte administratif ordinaire. La SNH est le premier contributeur au budget de l'État camerounais, le gestionnaire de l'intégralité du pétrole brut exporté par le pays, et le théâtre d'une bataille de clans d'une intensité rarement égalée depuis des mois. Chaque nomination dans cette institution est scrutée, décortiquée et interprétée comme un signal sur l'équilibre des forces au sommet du pouvoir.

Le décret n°2026/255, signé le 22 juillet 2026, nomme Monsieur Sabikanda Guy Emmanuel membre du conseil d'administration de la SNH, en qualité de personnalité désignée par le Président de la République. Une désignation directe — pas une proposition d'un ministre, pas une nomination sur liste — qui engage la responsabilité personnelle du chef de l'État et dit quelque chose de ses intentions dans la recomposition en cours au sein de cette institution stratégique.

La SNH au cœur de la guerre de succession

Pour comprendre pourquoi cette nomination, en apparence technique, est politiquement significative, il faut rappeler le contexte que plusieurs médias ont récemment documenté. La SNH est depuis plusieurs mois au centre d'un affrontement entre plusieurs clans : d'un côté, la première dame Chantal Biya, qui entend y placer son fils Franck Hertz ; de l'autre, Nathalie Moudiki, qui assure l'intérim de direction depuis l'indisponibilité de son époux Adolphe Moudiki, patron de la SNH depuis plus de trente ans ; en arrière-plan, Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence et président du conseil d'administration de la SNH, qui joue sa propre partition.

Dans ce contexte, chaque nomination au conseil d'administration de la SNH modifie l'équilibre des forces en son sein. L'introduction de M. Sabikanda Guy Emmanuel — en qualité de personnalité désignée directement par le président, formulation qui le distingue des administrateurs nommés sur proposition d'autres instances — est un acte de gouvernance de la SNH que le chef de l'État, malgré quarante-cinq jours d'absence du territoire, a choisi de garder dans sa main.



Ce que révèle ce décret, en creux, c'est la nature de l'exercice du pouvoir présidentiel depuis Genève. Paul Biya ne signe pas seulement des accords de financement avec l'IDA ou la Deutsche Bank — actes importants mais dont la mise en œuvre est déléguée aux ministres compétents. Il signe aussi des nominations dans les institutions les plus stratégiques du pays, maintenant ainsi un contrôle direct sur les équilibres de pouvoir qui conditionnent l'après-Biya.

Alors que le débat public se focalise sur la question de la vacance du pouvoir — soulevée par l'opposition et repoussée par le RDPC à coups de notes philosophiques — ces décrets racontent une autre histoire : celle d'un président qui, de son exil médical genevois, continue de placer ses pions sur l'échiquier camerounais avec une précision qui dément toute idée de somnolence ou d'abandon.

Quarante-cinq jours sans apparition publique. Zéro déclaration personnelle filmée. Mais des décrets, des nominations, des engagements financiers. Le Sphinx, comme l'appellent certains observateurs, n'a peut-être pas dit son dernier mot. La question qui demeure, pour les Camerounais comme pour leurs institutions, est de savoir si gouverner par décrets interposés depuis l'étranger constitue un exercice plein et entier de la souveraineté présidentielle — ou son simulacre administratif.